La stratégie de justice familiale axée sur l'enfant : données de base recueillies auprès de professionnels du droit de la famille

4.0   Sommaire et conclusions

Le présent chapitre présente les conclusions générales tirées de l'Enquête sur la pratique du droit de la famille au Canada, en plus d'un résumé des conclusions découlant des ateliers sur les ententes parentales et la violence familiale. La section récapitulative souligne les aspects positifs et négatifs du régime de droit de la famille au Canada mis en lumière par les avocats, les juges et des professionnels qui ont participé aux ateliers et répondu à l'enquête.

4.1   Sommaire des conclusionstirées de l'enquête et des ateliers

4.1.1   Données sur les répondants à l'enquête

4.1.2   Caractéristiques des dossiers

4.1.3   Services

4.1.4   Critère de l'intérêt supérieur de l'enfant

4.1.5   Représentation de l'enfant

4.1.6   Garde et droits de visite

4.1.7   Lignes directrices sur les pensions alimentaires pour enfants

4.1.8   Pensions alimentaires pour époux

4.1.9   Violence familiale

4.2   Conclusions

La raison d'être du projet consistait à recueillir des données de base sur la pratique du droit de la famille au Canada. Ce projet a été réalisé conformément au Cadre de gestion et de responsabilisation axé sur les résultats (CGRR) régissant la Stratégie de justice familiale axée sur l'enfant, du ministère de la Justice du Canada. Ce projet présente donc des données de base sur la pratique du droit de la famille, de même que les points de vue des avocats et des juges pratiquant le droit de la famille au sujet de diverses questions et préoccupations.

On estime que répéter ce type de projet tous les deux ans permettra d'avoir une bonne idée du succès de la Stratégie de justice familiale axée sur l'enfant. En effet, la réalisation de l'Enquête sur la pratique du droit de la famille au Canada à intervalles réguliers permettra de recueillir des données sur les tendances, grâce auxquelles nous pourrons analyser les changements au fur et à mesure qu'ils se produiront et connaître le point de vue des professionnels sur les questions touchant les politiques et la réforme du droit.

Dans l'ensemble, les données recueillies au moyen de l'enquête et des ateliers font ressortir de nombreux aspects positifs du régime actuel de droit de la famille au Canada. L'un des aspects les plus positifs dégagé par les participants est sans conteste les Lignes directrices fédérales sur les pensions alimentaires pour enfants. Il est clair, à partir des réponses reçues, que les Lignes directrices atteignent leur objectif et qu'elles ont donné lieu à des décisions beaucoup plus équitables relativement aux pensions alimentaires pour enfants que l'ancien système. Ainsi, plus de 90 pour 100 des répondants à l'enquête étaient d'accord ou entièrement d'accord avec l'affirmation selon laquelle les Lignes directrices fédérales sur les pensions alimentaires pour enfants ont permis de mettre en œuvre un meilleur système de détermination des pensions alimentaires pour enfants que celui qui était en place avant 1997.

Les participants ont manifesté une grande satisfaction à l'égard des mécanismes de règlement des cas comparativement au règlement traditionnel des dossiers devant les tribunaux. En fait, les participants ont indiqué que seulement 14 pour 100 de leurs dossiers étaient résolus par un juge à la suite d'une audience ou d'un procès. Les mécanismes les plus efficaces selon les répondants sont la négociation entre les avocats avant le procès et les rencontres de règlement.

Une vaste majorité des avocats qui ont répondu à l'enquête ont indiqué avoir trouvé les ententes parentales très utiles pour leurs clients. Un tiers des avocats ont signalé disposer d'un formulaire qu'ils utilisent pour les guider dans l'établissement des ententes parentales. Les deux tiers restants ont indiqué, dans une proportion de 84 pour 100, qu'ils trouveraient utile d'avoir ce genre de formulaire.

Les participants étaient dans une grande proportion en faveur des changements de terminologie proposés dans les modifications (non adoptées) à la Loi sur le divorce. En effet, pratiquement tous les participants aux ateliers étaient au courant des dispositions figurant dans les modifications récemment proposées, et près de 60 pour 100 ont affirmé que ces dispositions avaient eu un effet sur leur pratique.

Les trois quarts des répondants étaient d'avis que les modifications législatives visant à remplacer les termes « garde » et « droit de visite » par « ordonnance parentale » aideraient à établir un processus moins antagoniste.

Si les participants au projet ont fait ressortir plusieurs aspects positifs du régime actuel de droit de la famille au Canada, ils ont également mis en lumière certains points pour lesquels il y a place à l'amélioration. Comme il a été mentionné précédemment, les participants ont pour la plupart recours aux mécanismes extrajudiciaires pour régler les différends relevant du droit de la famille. Toutefois, ils ont signalé des lacunes au chapitre des services de soutien abordables, notamment les visites supervisées, la médiation, les évaluations et l'éducation des parents. Ils ont indiqué que leurs clients étaient pour la plupart mal informés au sujet des services et des questions touchant le droit de la famille lorsqu'ils entreprenaient des procédures, ce qui montre la nécessité d'améliorer l'éducation du public dans le domaine juridique.

Les répondants ont désigné les pensions alimentaires pour époux comme une question problématique dans leur pratique, et les trois quarts d'entre eux ont fait état d'une incohérence dans la manière dont sont traitées les demandes à cet égard. Plus des trois quarts des répondants ont indiqué qu'il pourrait être utile d'établir des lignes directrices non contraignantes pour régir ce sujet, idée à l'étude au ministère de la Justice du Canada. Bien qu'aucune question n'ait été posée au sujet de l'aide juridique en droit de la famille, un certain nombre de répondants ont indiqué que c'était un point important.

Un autre problème soulevé par les participants concerne la violence familiale. Les trois quarts d'entre eux ont indiqué vouloir une loi décrétant que la violence familiale constitue un facteur important dans les dossiers concernant la garde et les droits de visite. Ils ont fait savoir que dans une grande proportion des dossiers où il y a de la violence conjugale ou des mauvais traitements infligés aux enfants, le tribunal abordait rarement la question. La moitié des participants étaient d'avis que les juges devraient connaître davantage les publications en sciences sociales portant sur la violence familiale. Les trois quarts ont en outre admis avoir eux-mêmes besoin d'une formation plus approfondie sur ces questions. Plus de la moitié d'entre eux ont dit qu'aucune séance de formation sur la violence conjugale n'était offerte dans leur région, et les deux tiers ont indiqué qu'aucune séance de formation pertinente sur les mauvais traitements infligés aux enfants n'était offerte dans leur région.

Les opinions des répondants à l'enquête concernant les tribunaux de la famille étaient partagées. À peine plus de la moitié s'accordaient pour dire que les tribunaux de la famille sont utiles, opinion que ne partageaient pas un quart des répondants. Plus de la moitié des répondants qui n'ont pas accès à un tribunal de la famille dans leur région ont déploré ce fait. Les participants à l'enquête et aux ateliers qui ont relevé des problèmes relativement aux tribunaux de la famille ont indiqué que les juges qui présidaient ces tribunaux devraient posséder une expérience en droit de la famille pour que le système soit efficace et efficient, mentionnant au passage leurs préoccupations relatives à la rotation dans ces tribunaux de juges sans réelle expérience.

Malgré des commentaires très positifs au sujet des Lignes directrices fédérales sur les pensions alimentaires pour enfants, les participants ont tout de même mis en lumière certains problèmes. Ainsi, la moitié des répondants à l'enquête ont signalé que la divulgation du revenu constitue souvent, voire presque toujours, un problème. D'autres questions problématiques comprennent la garde partagée, les dépenses spéciales ou extraordinaires, les enfants ayant atteint l'âge de la majorité et les deuxièmes familles.

En somme, ce projet a permis de recueillir une manne d'informations de base sur les caractéristiques des dossiers défendus par les avocats en droit de la famille au Canada, de même qu'un éventail d'opinions de la part de professionnels de la justice sur le régime actuel du droit de la famille. Il a mis en évidence les aspects efficaces du régime de même que ceux pour lesquels il y a place à l'amélioration. Non seulement ces renseignements seront-ils d'une grande utilité pour le ministère de la Justice, notamment dans l'élaboration et la mise en œuvre de sa Stratégie de justice familiale axée sur l'enfant, mais ils seront d'un grand intérêt pour les décideurs et toute autre personne cherchant à mieux comprendre le fonctionnement du régime de justice familiale au Canada.