Garde des enfants, droits de visite et pension alimentaire : Résultats tirés de l'Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes
III - PARENTS SÉPARÉS : LES ENFANTS CANADIENS ISSUS D'UN FOYER BRISÉ ET LA LOI (suite)
Tendances concernant les contacts entre les parents non gardiens et leurs enfants, selon l'âge de l'enfant au moment de la séparation et la durée écoulée depuis
L'âge de l'enfant au moment de la séparation influence-t-il la fréquence des contacts maintenus avec son père? Oui. D'autres études ont montré que les pères cultivent plus facilement des liens avec les enfants plus âgés qu'avec les jeunes enfants. Aucun enfant ayant participé au premier cycle de l'ELNEJ n'a encore douze ans; néanmoins, on peut noter une différence quant à la fréquence des contacts suivant l'âge de l'enfant.
Comme l'illustre le tableau 9, la proportion d'enfants ayant entre six et onze ans qui vivent à temps plein ou à temps partiel chez leur père est deux fois et demie supérieure à celle des enfants ayant moins de trois ans (22,5 p. 100 par rapport à 9 p. 100). Les visites hebdomadaires chez le père sont plus fréquentes de la part des enfants plus âgés que des plus jeunes (35,8 p. 100 par rapport à 26,4 p. 100). En outre, la proportion des enfants qui ne voient jamais leur père est deux fois plus élevée chez les enfants ayant moins de trois ans que chez ceux ayant entre six et onze ans (18,3 p. 100 par rapport à 7,7 p. 100).
La fréquence des contacts varie-t-elle selon le temps écoulé depuis le moment de la séparation et, le cas échéant, augmente-t-elle ou diminue-t-elle avec le temps? Les cycles subséquents de l'ELNEJ permettront évidemment de mieux élucider cette question. Pour l'instant, nous pouvons examiner la fréquence des contacts maintenus avec le père au moment de l'enquête en fonction du nombre d'années écoulées depuis le moment de la séparation, ce que présente la figure 13.
Figure 13 : Nature des contacts avec le père au moment de l'enquête, selon le temps écoulé depuis la séparation -- ELNEJ 1994-1995
[ Description ]
Malgré le caractère limitatif des données, la fréquence des rapports entre les pères et leurs enfants semble étroitement liée au temps écoulé depuis la séparation. Comme le montre la figure 13, la propension des enfants à partager leur temps de résidence entre les deux parents a tendance à diminuer au fil du temps. Par exemple, les enfants dont les parents sont séparés depuis moins de deux ans partagent leur temps de résidence dans 9 p. 100 des cas, comparativement à seulement 6 p. 100 des enfants dont les parents sont séparés depuis au moins cinq ans.
De même, les visites deviennent de moins en moins régulières au fil du temps. Cinquante-sept pour cent des enfants dont les parents étaient séparés depuis moins de deux ans au moment de l'enquête visitaient leur père régulièrement (toutes les semaines ou toutes les deux semaines). Ce pourcentage diminue à 31 p. 100 dans le cas des enfants dont les parents étaient séparés depuis au moins cinq ans avant que l'enquête ne soit réalisée. La baisse la plus prononcée concerne les visites hebdomadaires : 41,8 p. 100 des enfants visitent leur père une fois par semaine quand la séparation est récente, par opposition à 12,9 p. 100 lorsque la séparation date d'au moins cinq ans (voir le tableau 10). Par ailleurs, 10,4 p. 100 des enfants ne voient jamais leur père quand la séparation a moins de deux ans, chiffre qui passe à 24,2 p. 100 pour les enfants dont les parents sont séparés depuis au moins cinq ans. La tendance est légèrement plus prononcée en ce qui concerne les unions libres brisées par rapport aux mariages brisés : cinq ans ou plus après la séparation de leurs parents, seulement 12 p. 100 des enfants issus d'une union libre brisée voient leur père une fois par semaine, alors que le tiers (32 p. 100) ne voient jamais leur père. Dans le cas des enfants issus d'un mariage brisé, ces proportions sont respectivement de 13,6 p.100 et 19,4 p. 100.
| Type d'union et temps écoulé depuis la séparation | |||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Toutes unions confondues | Mariage | Union libre | |||||||
| Nature des contacts | < 2 ans | 2-4 ans | 5 ans ou plus | < 2 ans | 2-4 ans | 5 ans ou plus | < 2 ans | 2-4 ans | 5 ans ou plus |
| Enfant vivant chez la mère : | |||||||||
| - ne visite jamais le père | 10,4 | 16,6 | 24,2 | 8,4 | 15,1 | 19,4 | 13,7 | 19,4 | 32,4 |
| - visite le père sporadiquement | 16,3 | 25,2 | 32,2 | 16,4 | 25,5 | 33,4 | 16,3 | 24,6 | 30,1 |
| - visite le père toutes les deux semaines | 14,9 | 19,5 | 17,8 | 13,6 | 17,9 | 18,7 | 17,1 | 22,3 | 16,3 |
| - visite le père une fois par semaine | 41,8 | 21,9 | 12,9 | 39,8 | 23,0 | 13,6 | 44,9 | 19,7 | 11,8 |
| Enfant vivant chez le père : | |||||||||
| - ne visite jamais la mère | 0,4 | 0,5 | 2,6 | 0,2 | 0,7 | 1,1 | 0,7 | 0,3 | 5,0 |
| - visite la mère sporadiquement | 1,2 | 4,3 | 1,9 | 1,7 | 4,5 | 2,3 | 0,4 | 3,9 | 1,3 |
| - visite la mère toutes les deux semaines | 3,1 | 2,6 | 1,1 | 3,4 | 2,4 | 1,4 | 2,5 | 2,8 | 0,5 |
| - visite la mère une fois par semaine | 2,8 | 1,2 | 1,6 | 3,8 | 1,2 | 2,5 | 1,3 | 1,0 | 0,2 |
| Enfant dont la résidence est partagée | 9,0 | 8,3 | 5,5 | 12,6 | 9,6 | 7,5 | 3,1 | 6,0 | 2,3 |
| Total | 100.0 | 100.0 | 100.0 | 100.0 | 100.0 | 100.0 | 100.0 | 100.0 | 100.0 |
| N 1 | 902 | 1020 | 929 | 558 | 661 | 584 | 345 | 359 | 345 |
1. N = Données pondérées ramenées à la taille de l’échantillon initial.
Malheureusement, les données de l'enquête dont nous disposons ne nous permettent pas d'expliquer les raisons de cet état de choses. Au cours des cycles ultérieurs de l'ELNEJ, nous pourrons au moins établir certains liens entre la nature des contacts entre les parents non gardiens et leurs enfants, d'une part, et la vie conjugale des deux parents après la séparation, d'autre part. Idéalement, on devrait poser certaines questions directement aux pères séparés. La méthodologie de l'ELNEJ pourrait être adaptée afin d'examiner davantage les pistes de recherche sur les relations entre les pères et leurs enfants après une rupture.
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