Une typologie des crimes motivés par l'appât du gain

2. La typologie

L'hypothèse à vérifier veut que l'on puisse répartir provisoirement les crimes motivés par l'appât du gain en trois catégorie : prédateur, axés sur le marché, commerciaux.

Premièrement, il y a les crimes de type prédateur (crimes contre les personnes) qui engendrent divers phénomènes (se recoupant parfois entre eux), à savoir :

Les crimes contre la personne peuvent aussi être répartis en fonction des entités qu'ils victimisent, à savoir :

Voici quelques exemples de crimes contre les personnes :

Viennent en second lieu les crimes axés sur le marché qui engendrent divers phénomènes (se recoupant parfois entre eux), à savoir :

Les crimes axés sur le marché peuvent aussi être classés selon ce à quoi leur auteur tente d'échapper, à savoir :

Les règlements se répartissent eux-mêmes entre ceux ayant une incidence sur les conditions liées à la vente (prix ou tarif), ceux déterminant à qui les articles sont vendus (p. ex. ordonnance exigée pour certains médicaments) et ceux établissant la quantité totale de produits pouvant être déversée sur le marché sans égard à qui ces produits sont destinés et à quelles conditions (p. ex. quotas de pêche).

Les interdictions peuvent aussi être réparties en des catégories différentes selon qu'elles concernent la contrebande absolue (substances explicitement interdites telles que les drogues à usage récréatif ) ou la contrebande conditionnelle (produits devenant des produits de contrebande en raison de leur mode d'acquisition, tels que des produits volés).

Il existe de nombreux types de crimes axés sur le marché. En voici quelques exemples :

En troisième lieu, nous retrouvons les crimes commerciaux qui engendrent divers phénomènes (se recoupant parfois entre eux) :

Les crimes commerciaux peuvent aussi être répartis entre les catégories suivantes :

Il existe de nombreux types de crimes commerciaux. En voici quelques exemples :

Tableau 1 - Aperçu schématique

aperçu schématique
[Description]

L'une des différences marquées concerne les implications de chaque type d'infraction pour le revenu national et le bien-être économique. Pour comprendre cela, il est essentiel de ne pas perdre de vue la différence fondamentale entre la richesse et le revenu. En termes économiques, la richesse désigne un stock d'éléments d'actif (physiques, financiers et même informationnels) accumulés que l'on mesure à un certain moment. Le revenu, en revanche, est le flux de pouvoir d'achat dont dispose une entité économique (entreprise, travailleur, rentier, etc.) par temps-unité. La différence entre l'un et l'autre se résume au fait, en termes simples, qu'un solde de compte de banque constitue de la richesse tandis que l'intérêt qui s'ajoute à ce solde chaque jour, mois ou année (selon le contrat signé) représente un revenu. Lorsque les flux de revenus augmentent, le produit national brut (PNB) s'accroît. Mais il n'existe pas de lien direct entre la richesse et le PNB. Il est possible, par exemple, de disposer d'une richesse accumulée faramineuse au sein d'une économie défaillante. Cette considération est capitale au regard de ce qui suit.

Ainsi :

Ce simple processus paraît passablement clair en théorie. Mais il requiert certaines modifications et clarifications avant que l'on ne puisse le mettre en application.

Plutôt que de constituer une taxonomie statique d'actes simples, la catégorisation suggérée plus haut vise à englober des processus complexes et interactifs potentiellement assujettis à divers mécanismes de rétroaction. C'est pourquoi son utilisation pourrait engendrer certaines définitions ambiguës, des complications d'ordre opérationnel et des complexités particulières imputables au fait que les crimes surviennent dans un contexte institutionnel. Plus précisément, la décomposition d'un crime en une série d'actions permet de confirmer à quel point la terminologie standard peut être source de confusion.

Clarifications d'ordre définitionnel

Complications d'ordre opérationnel

Complexités d'ordre institutionnel

Vu toutes ces précisions et clarifications, on ne peut s'attendre à ce que les catégories établies soient complètement rigoureuses et déterminantes. Cela étant dit, la présente typologie, qui répartit les crimes motivés par l'appât du gain en des sous-catégories cernant plus exactement leurs caractéristiques essentielles, pourra nous aider à mieux comprendre les conséquences d'ordre économique et peut-être aussi à découvrir des moyens autres que le système judiciaire traditionnel pour traiter ces crimes.

Dans la présente section, nous procéderons à une classification préliminaire de plusieurs des principales infractions motivées par l'appât du gain (soit celles qui, vraisemblablement, concernent davantage le public). À cet égard, il importe de préciser qu'en dépit du fait que de nombreux crimes secondaires sont liés aux infractions principales, notre analyse s'intéresse uniquement à celles-ci et, plus précisément, à l'acquisition illicite de revenus ou de richesse sans égard au recours éventuel à des techniques de blanchiment d'argent visant à les dissimuler, à la corruption visant à les protéger ou à la fraude fiscale pour en augmenter le rendement net. Lorsque cela était possible, nous avons employé dans les tableaux 2 à 4 qui suivent, des termes populaires plutôt que de respecter le strict usage juridique. Tel que clairement révélé par les nombreuses clarifications qui précèdent et les tout aussi nombreuses ambiguïtés qui viennent d'être relevées, les catégories ne sont pas coulées dans le béton.