Changements d’attitudes chez les participants aux Programmes d’intervention auprès des partenaires violents (PIPV) : un projet pilote
1. Contexte
- 1.1 Les attitudes comme mécanisme de changement
- 1.2 Le changement d'attitudes envers le comportement violent
- 1.3 Le changement d'attitudes envers les femmes
- 1.4 Le changement d'attitudes envers le traitement
- 1.5 La présente étude
1. Contexte
En 1976, le premier programme d'intervention officiel pour hommes violents a vu le jour à Londres, en Angleterre (Jennings, 1987), en réponse à la demande imprévue d'aide clinique de la part d'hommes violents dont les partenaires avaient trouvé refuge dans une maison d'hébergement pour femmes battues (Pizzy, 1974). Des programmes semblables se sont répandus rapidement en Europe et en Amérique du Nord (Roberts, 1984). À l'heure actuelle en Ontario, il existe environ 42 programmes pour les hommes qui agressent leur partenaire (Centre national d'information sur la violence dans la famille, 2002). La plupart de ces programmes sont exécutés conformément à un ensemble de normes (Dankwort et Austin, 1999), et bon nombre d'entre eux font partie de l'intervention globale du système de justice pénale en matière de violence familiale (Buzawa, Hotaling et Klein, 1998; Murphy, Musser et Maton, 1998). La coordination entre le système de justice pénale et les services communautaires pour les hommes violents en Ontario est facilitée par les 30 services pour l'instruction des causes de violence conjugale et les programmes d'intervention auprès des partenaires violents (PIPV) connexes. Entre autres choses, les services pour l'instruction des causes de violence conjugale visent à ce que les délinquants qui en sont à leur première infraction et qui n'ont pas causé de préjudice corporel grave à leur partenaire plaident coupables et acceptent de participer à un programme d'intervention pour hommes violents d'une durée de 16 semaines avant le prononcé de la peine (services d'intervention précoce). Les récidivistes et les hommes qui ont commis des agressions graves sont d'abord poursuivis, puis soumis à un PIPV comme condition de leur ordonnance de probation (poursuite coordonnée).
Comme la coordination s'est accrue entre le système de justice et les programmes pour hommes violents, on a considérablement remis en question l'efficacité de l'intervention. Un certain nombre d'examens de la documentation à cet égard a été fait récemment (p. ex., Babcock, Green et Robbie, 2004; Scott, 2004). En voici certains des points saillants :
- Environ les deux tiers des hommes ayant participé au programme n'agressent plus leur partenaire physiquement pendant une période relativement longue.
- Le tiers des hommes qui agressent de nouveau leur partenaire le font habituellement dans les trois mois suivant leur admission au programme d'intervention. Ils le font habituellement plusieurs fois.
- Les taux de nouvelles agressions sont plus élevés chez les hommes qui abandonnent le programme d'intervention.
- Dans une étude expérimentale, quand on compare les progrès des hommes qui ont été choisis au hasard pour participer aux programmes d'intervention, on observe que les programmes d'intervention pour hommes violents ont, au mieux, une très faible incidence sur les taux de nouvelles agressions.
La documentation met aussi en évidence la nécessité d'études plus approfondies. Il faudrait d'abord une étude coordonnée sur l'effet sur les systèmes de l'intervention pour les hommes violents. Par exemple, on a besoin de renseignements sur les façons dont les systèmes de justice pénale et juridique traitent les hommes qui semblent ou non faire des progrès grâce à l'intervention. Il faudrait aussi mieux comprendre les mécanismes du changement. C'est important pour deux raisons : améliorer les interventions actuelles en cernant et en ciblant les facteurs criminogènes et définir les limites de la réceptivité des clients qui sont attribuables à un mauvais enclenchement des mécanismes (voir Andrews et coll., 1990 et Howells et Day, 2003 pour une analyse approfondie des principes du risque, des besoins et de la réceptivité qui s'appliquent à l'évaluation des programmes).
Dans la présente étude, on s'attarde aux attitudes qui sont susceptibles d'entraîner des changements chez les hommes qui participent aux programmes d'intervention auprès des partenaires violents. Plus précisément, on énonce l'élaboration d'un nouvel outil conçu pour évaluer les changements d'attitudes chez les hommes qui participent à un programme d'intervention pour hommes violents. De plus, on se penche sur les différences dans les attitudes des hommes avant et après l'intervention qu'ils y aient été aiguillés par les services d'intervention précoce ou les services de poursuite coordonnée d'un tribunal pour l'instruction des causes de violence conjugale ou qu'ils s'y soient portés volontaires.
1.1 Les attitudes comme mécanisme de changement
Depuis longtemps, on souligne dans les études sur l'intervention psychologique l'importance des changements d'attitudes pour modifier le comportement. C'est pourquoi les programmes d'intervention pour les hommes violents visent principalement à changer les attitudes des hommes à l'égard de leur violence et à accroître le respect qu'ils ont envers les femmes. Des études publiées récemment montrent aussi que les changements d'attitudes des hommes envers l'intervention en soi peuvent considérablement contribuer à l'adoption d'un nouveau comportement. Dans la section suivante, on passe brièvement en revue les dernières études sur ces trois aspects du changement d'attitudes.
1.2 Le changement d'attitudes envers le comportement violent
Le déni du comportement problématique, ou de la responsabilité personnelle à l'égard d'un tel comportement, est vraisemblablement une composante fondamentale de nombreux problèmes psychologiques, surtout quand cela suppose des blessures importantes aux autres (p. ex., voir Sykes et Matza, 1957 pour un exposé sur la criminalité et Salter, 1988 pour un exposé sur les délinquants sexuels). Les cliniciens qui travaillent avec les agresseurs et les victimes de violence conjugale reconnaissent clairement l'importance du déni et de la minimisation du comportement violent, d'une part, et de l'attribution du blâme à l'autre, d'autre part. Le cycle du pouvoir et du contrôle de Deluth, qui constitue le fondement pédagogique de nombreux programmes d'intervention et de prévention de la violence conjugale, définit la minimisation, le déni et l'attribution du blâme à l'autre comme des formes de violence. Les principaux objectifs des programmes d'intervention auprès des partenaires violents sont notamment de contrecarrer le déni et la minimisation des hommes, et d'encourager ceux-ci à prendre la responsabilité de leurs actes violents (Dankwort et Austin, 1999).
Malgré l'importance évidente de cet aspect du changement d'attitudes, il y a eu étonnamment peu d'études sur l'importance des attitudes des hommes envers leur comportement violent et leur changement de comportement. Les quelques études sur la question montrent que les hommes qui, au début du programme d'intervention, nient fortement leur problème de violence changent moins que ceux qui ont des attitudes plus positives (Scott et Wolfe, 2003; Taft, Murphy, King, Musser et DeDeyn, 2003). D'anciennes études montrent aussi une forte corrélation entre le déni et la minimisation de la violence dans les relations des jeunes adultes (Scott et Straus, présenté). Ces résultats, combinés à la pratique clinique, révèlent que les changements d'attitudes quant à la responsabilité influent vraisemblablement sur l'adoption de comportements non violents.
1.3 Le changement d'attitudes envers les femmes
Le changement d'attitudes envers les femmes devrait aussi pouvoir changer considérablement le comportement violent des hommes. Selon la théorie féministe, les hommes qui ont des attitudes et des croyances qui se rapprochent le plus du patriarcat sont ceux qui sont les plus susceptibles d'être violents (Mihalic et Elliott, 1997; Saunders, 1984; Stith et Farley, 1993). Les hommes qui valorisent le patriarcat éprouvent un sentiment accru de pouvoir dans leurs relations avec les femmes (p. ex., « Parce que je suis un homme, je peux attendre de ma partenaire qu'elle… ») et moins de scrupules à faire usage de violence (p. ex., « Elle doit mettre le souper sur la table tous les soirs; si elle ne fait pas, j'ai le droit de la punir »). Voilà sur quoi les programmes d'intervention auprès des partenaires violents s'appuient pour changer les attitudes des hommes envers les rôles traditionnels des hommes et des femmes, faisant reconnaître aux hommes leur position privilégiée dans la société et les encourageant à remettre en cause les idées et les structures patriarcales (Dankwort et Austin, 1999).
La théorie féministe est étayée dans une étude sur l'incidence de l'organisation sociale patriarcale sur la violence faite aux femmes. Les analyses culturelles et régionales, y compris en Amérique du Nord, montrent que l'égalité entre les sexes réduit la violence faite aux femmes (Campbell, 1992; Haj-Yahia, 2000; Levinson, 1987; Straus, 1994). On a constaté que la relation entre le changement d'attitudes des hommes envers les femmes et l'adoption de comportements non violents était moins forte (Feder et Forde, 2000; Davis, Taylor et Maxwell, 2000; Petrik, Olson et Subotnik, 1994). Autrement dit, en faisant abstraction du contexte social, les attitudes des hommes ne semblent pas être fortement liées à l'adoption de comportements violents ou non violents. Cependant, compte tenu des fondements théoriques solides, il est tout à fait justifié de continuer à vérifier si les attitudes envers les femmes peuvent être un indicateur de changement du comportement violent.
1.4 Le changement d'attitudes envers le traitement
Enfin, le changement d'attitudes qui pourrait nous permettre de prévoir une réduction des comportements violents est celui des hommes envers l'intervention et les animateurs de groupe. Dans la recherche sur la psychothérapie, on parle d'alliance professionnelle positive, ce qui englobe l'opinion des hommes sur la loyauté et le regard positif de leur thérapeute et les perceptions des hommes de la congruence entre leurs objectifs thérapeutiques et ceux de leur thérapeute. L'importance d'une alliance professionnelle positive entre thérapeutes et clients a été établie dans des études sur diverses populations présentant un vaste éventail de difficultés, notamment l'alcoolisme et les problèmes conjugaux (Bourgeois, Sabourin et Wright, 1990; Connors et coll., 1997). Une récente étude par Taft et Murphy montre aussi que les attitudes des hommes à cet égard peuvent considérablement contribuer à prévoir le succès de l'intervention auprès des partenaires violents à réduire les agressions physiques et psychologiques des hommes (Taft et coll., 2003).
1.5 La présente étude
En résumé, trois types d'attitudes peuvent favoriser l'adoption de comportements non violents chez les hommes - les attitudes envers la violence, les attitudes envers les femmes et les attitudes envers l'intervention. La présente étude visait à élaborer et à mettre à l'essai un outil d'autoévaluation des attitudes à l'égard de ces trois types au moyen d'un petit échantillon d'hommes qui participent à un programme d'intervention auprès des partenaires violents. Les analyses avaient deux objectifs. On voulait d'abord déterminer si on pouvait élaborer un outil fiable pour mesurer les attitudes des hommes. Les attentes étaient les suivantes :
- Hypothèse 1 : Les attitudes envers la violence, l'intervention et les femmes sont liées, mais constituent des aspects distincts sur le plan conceptuel de la représentation des hommes.
- Hypothèse 2 : Les attitudes varieront selon la façon dont les hommes ont été aiguillés. Plus précisément, on s'attendait que les hommes qui participent volontairement au programme aient les attitudes les plus désirables, suivi par les hommes aiguillés par les services d'intervention précoce et les services de poursuite coordonnée.
On voulait aussi étudier les changements d'attitudes des hommes avant et après le programme selon l'outil d'évaluation. Cette analyse avait deux objectifs. Il s'agissait, dans un premier temps, d'examiner les différences possibles dans les changements d'attitudes selon la façon dont les hommes avaient été aiguillés vers le programme (p. ex., services d'intervention précoce, services de poursuite coordonnée ou base volontaire). Il s'agissait, dans un second temps, de déterminer l'utilité de l'outil établi à différencier les hommes qui changent et qui ne changent pas après le traitement. Il semble qu'environ un tiers des hommes qui participent à des programmes d'intervention auprès des partenaires violents agressent de nouveau à maintes reprises leur partenaire. Dans un tel contexte, on aurait besoin de mesures qui différencient les hommes qui ont ou non adopté de meilleurs comportements au fil de l'intervention. Pour étudier la question, on a dû comparer les changements d'attitudes des hommes à d'autres indicateurs de faibles progrès selon les renseignements qui figuraient dans le dossier des hommes, en particulier le jugement du conseiller du succès des hommes. Les attentes étaient les suivantes :
- Hypothèse 3 : Après l'intervention, les hommes montreront d'importants changements d'attitudes envers la violence, les femmes et l'intervention.
- Hypothèse 4 : Les hommes jugés par leur conseiller comme étant à faible risque d'agresser de nouveau leur partenaire à la fin de l'intervention montreront de plus grands changements d'attitudes envers le traitement que les hommes jugés à risque élevé de continuer d'adopter des comportements violents.
On a jugé que l'outil d'évaluation des attitudes avait été une réussite dans la mesure où il a pu percevoir le changement au fil du temps et différencier les hommes qui, d'après d'autres indicateurs, semblent avoir fait le plus et le moins de progrès au cours du traitement.
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