Changements d’attitudes chez les participants aux Programmes d’intervention auprès des partenaires violents (PIPV) : un projet pilote

2. Méthode

2. Méthode

2.1 Les participants

Les participants proviennent de Changing Ways, une organisation non gouvernementale à London, Ontario. Lancé en 1982, Changing Ways est l'un des programmes d'intervention auprès des partenaires violents les mieux établis en Ontario et au Canada. Le programme Changing Ways offre de l'intervention aux clients des services d'intervention précoce, des services de poursuite coordonnée et à ceux qui se portent volontaires.

On a invité tous les hommes qui ont participé au programme Changing Ways entre janvier et mars 2004 à prendre part à la présente étude. Les hommes qui ont exprimé leur intérêt et qui pouvaient suffisamment lire et écrire en anglais ont donné leur consentement par écrit et répondu à toutes les mesures. Au total, on a recueilli des données avant l'intervention auprès de 41 hommes sur les 131 qui ont participé au programme au cours de la période. Cela représente un taux de consentement de 31,1 %, ce qui est considérablement inférieur à ce qui était prévu. Quand on essaie de comprendre les raisons pour lesquelles le taux de consentement est si faible, on s'aperçoit que les difficultés étaient en grande partie attribuables aux différences entre les conseillers contractuels qui effectuaient les évaluations initiales. Seuls trois des huit conseillers invitaient les hommes à participer à l'étude. Les autres conseillers n'en parlaient pas. Le taux de consentement des hommes invités à prendre part à l'étude était d'environ 80 %. Avec un tel taux de consentement, on ne s'inquiète pas plus du biais d'autosélection dans la présente étude que pour la plupart des études effectuées dans le domaine. En outre, d'autres études montrent que le profil démographique des hommes qui ont participé à la présente étude était conforme aux caractéristiques des clients qui participent habituellement au programme Changing Ways.

2.1.1 Les caractéristiques démographiques : âge, origine ethnique, revenu, emploi et état civil

Les hommes avaient entre 19 et 52 ans, l'âge moyen étant de 34,05 ans (ÉT[2] = 9,17). Des hommes pour lesquels on avait des données sur l'origine ethnique (n=28), 86 % (n=24) ont indiqué qu'ils s'identifiaient comme appartenant à un groupe ethnique donné. Cinquante-quatre pour cent de ces hommes (n=13) s'identifient comme Canadiens, 25 % (n=6), comme Autochtones, Latinos, Irlandais, Polonais, Albanais ou Arabes, et 21 % (n=5) s'identifient à plus d'un groupe ethnique. L'emploi chez les hommes variait : 35 % (n=14) travaillaient le jour, 3 %, travaillaient le soir (n=1), 38 % (n = 15) avaient des quarts de travail et 25 % (n=10) ont déclaré être en chômage. Des hommes pour lesquels on avait des données sur le revenu annuel, soulignons que 39 % (n=12) gagnaient moins de 10 000 $, 35 % (n=11) gagnaient entre 10 000 $ et 29 999 $ par année, et 26 % (n=8) gagnaient plus de 30 000 $ par année.

Pour ce qui est de l'état civil des hommes, mentionnons que 46 % (n=19) étaient séparés, 22 % (n=9) étaient mariés, 15 % (n=6) vivaient en union de fait, 7 % (n=3) étaient sur le point de divorcer, 5 % (n=2) fréquentaient quelqu'un et 5 % (n=2) étaient célibataires. En moyenne, la relation actuelle des hommes durait depuis 5,73 ans (étendue = de 3 mois à 20 ans, ÉT = 5,52). En moyenne, les hommes qui étaient séparés de leur partenaire l'étaient depuis 11 mois (étendue = de 4 semaines à 2 ans, ÉT = 8,71). Environ un tiers de ces hommes (n=6) ont indiqué qu'ils avaient l'intention de se réconcilier avec leur partenaire. Des 13 autres hommes, 12 ont indiqué qu'ils ne prévoyaient pas se réconcilier avec leur partenaire, et un homme n'a pas répondu à la question.

2.1.2 Les renseignements sur le renvoi

Soixante-trois pour cent des hommes ont été aiguillés vers le programme Changing Ways par les services de probation (n=26), 17 % par les services d'intervention précoce (n=7), et 20 % s'y sont portés volontaires (n=8). La plupart des hommes en étaient à leur première participation au programme Changing Ways; un cinquième (n=8) des hommes avaient déjà participé au programme.

2.1.3 Les agressions antérieures et la consommation d'alcool

Vingt-quatre pour cent (n=9) des participants ont déclaré avoir déjà eu des comportements violents, le nombre d'agressions variant de 1 à 3 (x =1,33[3], ÉT =0,71).

Pour ce qui est de la consommation d'alcool, 38 % (n=15) des hommes ont déclaré qu'ils ne buvaient pas, 30 % (n=12) ont déclaré qu'ils consommaient moins d'un verre par mois, 20 % (n=8) ont déclaré boire un verre par semaine, 10 % (n=4) ont déclaré consommer un verre tous les jours et 3 % (n=1) ont déclaré boire plus d'un verre par jour. Les taux de passé violent et de consommation d'alcool sont plus élevés que pour la population dans son ensemble, ce qui confirme que l'échantillon des hommes aiguillés vers le programme d'intervention auprès des partenaires violents est à risque d'éprouver des difficultés dans diverses sphères de leur vie.

2.1.4 L'évaluation des participants après le programme

Après le programme, on a recueilli des données auprès de 14 des 41 hommes (34 %; 11 hommes renvoyés par les services de probation; trois hommes s'étant portés volontaires). L'évaluation après le programme n'a pas toujours été faite pour diverses raisons. Treize des hommes (31,7 %) n'étaient pas admissibles à l'évaluation après le programme parce qu'ils l'ont abandonné (neuf hommes renvoyés par les services de probation; quatre hommes s'étant portés volontaires). Des 14 autres hommes, huit (19,5 %) n'ont pas pu être repérés (quatre hommes renvoyés par les services d'intervention précoce; trois hommes renvoyés par les services de probation; un s'étant porté volontaire), quatre (9,8 %) avaient des dossiers incomplets parce que leur conseiller n'a pas pu remplir le formulaire de notation (deux hommes renvoyés par les services d'intervention précoce; deux hommes renvoyés par les services de probation, un homme renvoyé par les services d'intervention précoce a refusé de remplir le questionnaire de groupe et un (2,4 %) a été incarcéré et n'a pas pu remplir le questionnaire (renvoyé par les services de probation).

Les caractéristiques démographiques du groupe après l'évaluation (n=14) étaient semblables à celles du groupe initial (n=41). Les hommes avaient entre 19 et 51 ans, dont l'âge moyen est de 35,43 ans (ÉT = 10,75). Des hommes pour qui on avait de l'information sur leur état civil, 31 % (n=4) vivaient en union de fait, 23 % (n=3) étaient mariés, 23 % (n=3) étaient célibataires, 15 % (n=2) étaient divorcés, et 8 % (n=1) étaient séparés. Parmi les hommes qui étaient séparés ou divorcés, aucun n'a indiqué vouloir se réconcilier avec sa partenaire. Vingt et un pour cent (n=3) des hommes ont déclaré avoir une relation avec une nouvelle partenaire.

2.2 Les mesures

Quatre nouvelles mesures ont été utilisées dans la présente étude. En plus de ces mesures, les participants ont consenti à ce qu'on puise de l'information dans leur dossier de programme (voir la lettre de consentement à l'annexe A). Des précisions sur chaque mesure figurent ci-dessous.

2.2.1 Le formulaire de renseignements

Parmi les renseignements tirés des dossiers des hommes, mentionnons les caractéristiques démographiques, le renvoi (p. ex., services d'intervention précoce, services de poursuite coordonnée ou base volontaire), les comportements violents signalés par le participant, le jugement du conseiller à propos du succès des hommes, les déclarations d'ivresse faites par les hommes et le passé de violence des hommes (voir le formulaire de renseignements à l'annexe B).

2.2.2 Les attitudes

Un outil d'autoévaluation des attitudes en 78 points, l'Abuse-Related Attitudes Assessment (ARAA), a été conçu pour la présente étude. Pour faciliter l'élaboration de l'outil, on a examiné un grand nombre de mesures des attitudes que l'on trouve dans la documentation. Pour la présente étude, on a intégré les points jugés pertinents au nouvel outil sous leur forme originale ou modifiée. Soulignons notamment les outils suivants : le Inventory of Beliefs about Wife Beating, de Saunders, Lynch, Grayson et Linz (1987) (trois points); le Ambivalent Sexism Inventory, de Glick et Fiske (1996) (trois points); le Beliefs about Wife Beating, de Haj-Yahia (1998) (deux points); le Attitudes Towards Women Scale (ATWS), de Spence et Helmreich (1978) (trois points); l'échelle des Sex Role Attitudes, de Burt (1980) (trois points); et l'échelle des Attitudes Towards Correctional Programming (ACT), de Baxter (année) (quatre points). Le nouvel outil découle aussi de questions soulevées par les études de C.A. Caesar (1996) (trois points); Swim, Aikin, Hall et Hunter (1995) (quatre points); R. Serin (1988) (un point); Budman et coll. (1987) (trois points); Ward (1984) (deux points); et l'évaluation et l'amélioration de l'échelle des conflits de l'intragroupe de Jehn faites par A.W. Pearson (2002) (deux points). Quarante-cinq points originaux ou modifiés ont aussi été inclus pour s'assurer que le nouvel outil englobe tous les volets des attitudes.

La mesure des attitudes résultante porte sur trois types d'attitudes. Il s'agit d'abord des attitudes des hommes envers le comportement violent. Les points sur cet aspect visent la responsabilité des hommes envers leur comportement violent (p, ex., « C'est à moi de cesser d'être violent. »), le déni des difficultés conjugales (p. ex., « Ça ne m'a jamais ennuyé que ma partenaire exprime des idées très différentes des miennes. »), le blâme attribué à l'autre (p. ex., « Ma partenaire revient souvent sur des conflits qui ont déjà été réglés. ») et la justification du comportement violent (p. ex., « Les gens qui boivent ne peuvent pas être tenus responsables de leurs actes. »). Le deuxième aspect est l'hostilité des hommes envers les femmes (p. ex., « Les femmes sont sournoises et manipulent les hommes. ») et le sexisme (p. ex., « De nombreuses femmes ont une qualité de pureté que les hommes n'ont pas. »). Enfin, on a inclus des éléments pour évaluer les attitudes des hommes envers l'intervention en général (p. ex., « Je ne crois pas que participer à ce groupe m'apportera quoi que ce soit. ») et envers les conseillers (p. ex., « Je m'attends à ce que les conseillers ici agissent comme s'ils étaient meilleurs que leurs clients. ») (voir le questionnaire final à l'annexe C).

2.2.3 Les attitudes envers l'incident ayant conduit au renvoi

En plus de ce questionnaire général, on a établi des points pour évaluer les attitudes des hommes envers l'incident ayant conduit à leur renvoi au programme Changing Ways. Les hommes ont noté leurs attitudes à l'égard de 16 points portant sur leur vue de l'incident (p. ex., « Croyez-vous être coupable de l'infraction? »; « Ma partenaire a manipulé la situation pour que je sois en conflit avec d'autres. ») (voir le questionnaire final à l'annexe D).

2.2.4 La reconnaissance du comportement violent

On a aussi tenté d'évaluer le changement dans la reconnaissance des hommes auquel on s'attend après leur participation à un programme d'intervention auprès des partenaires violents. L'intervention visait notamment à ce que les hommes puissent définir les comportements violents. Pour le questionnaire, les hommes devaient indiquer à l'égard de 22 comportements s'ils les jugeaient « blessants/contrôlants », « non blessants/non contrôlants » ou si « ça dépend ». Pour les réponses, on cochait vrai ou faux en fonction de l'enseignement type du PIPV (voir le questionnaire final à l'annexe E). Les points du questionnaire proviennent en partie d'un formulaire d'autoévaluation dont on se sert à Changing Ways.

2.2.5 La reconnaissance des dialogues internes violents

Enfin, on a demandé aux hommes d'examiner une série de cognitions communes (p. ex., « Je suis la seule personne qui puisse me mettre en colère ou me calmer. ») et de juger si ces cognitions pouvaient « conduire à l'adoption d'un comportement sain », « conduire à un comportement blessant ou contrôlant » ou « ça dépend ». Les points du questionnaire reprenaient des dimensions visées dans le programme d'intervention Changing Ways. À nouveau, pour les réponses, on devait cocher vrai ou faux selon l'enseignement type du PIPV (voir le questionnaire final à l'annexe F).

2.3 Les limites

Quand on examine les résultats, on doit tenir compte d'un certain nombre de limites à la présente étude. D'abord, les échelles ont été établies en fonction de données recueillies auprès d'un nombre modeste de participants. Ainsi, la consistance interne et la fiabilité sont passablement bonnes. Cependant, on recommande d'effectuer d'autres analyses une fois qu'on aura d'autres données. Ensuite, comme peu de participants ont rempli les évaluations avant et après l'intervention, on ne peut rien conclure au sujet des changements susceptibles ou non de découler de l'intervention. Les analyses du changement avant et après l'intervention visent à juger l'utilité des mesures établies, non à examiner l'efficacité du programme. Enfin, pour toutes les mesures, d'autres études s'imposent pour déterminer si le changement à l'égard d'un aspect des attitudes a entraîné un changement dans le comportement violent.