Changements d’attitudes chez les participants aux Programmes d’intervention auprès des partenaires violents (PIPV) : un projet pilote
3. Résultats
3.1 L'analyse factorielle des attitudes des hommes
3. Résultats
Les résultats portent d'abord sur le développement des échelles d'attitudes et de reconnaissance, ensuite sur les différences d'attitudes entre les hommes[4] qui participent volontairement à Changing Ways et ceux aiguillés vers le programme par les services de probation ou les services d'intervention précoce, enfin sur les changements dans les attitudes des hommes d'après l'outil d'évaluation avant et après l'intervention.
3.1 L'analyse factorielle des attitudes des hommes
Comme il a été mentionné, les hommes ont fait l'objet d'une évaluation des attitudes violentes en 78 points portant sur divers types d'attitudes, notamment les attitudes envers la violence, les attitudes envers les femmes et les attitudes envers l'intervention. En premier lieu, les réponses des hommes ont été regroupées conceptuellement et assujetties à une analyse factorielle[5]. Cette forme d'analyse consiste essentiellement en ce qui suit : « Quels points peut-on regrouper comme mesure du même concept sous-jacent? »
Les résultats sont présentés au tableau 1[6]. Quatre facteurs distincts, ou groupements de points, ont été définis selon le contenu, comme suit : 1) les attitudes sexistes envers les femmes; 2) la méfiance ou le manque de réceptivité à l'égard de l'intervention; 3) l'absence de responsabilité personnelle à l'égard du comportement violent et de ses effets et; 4) le blâme attribué à sa partenaire. Le poids attribué à chacun des points relatifs à chaque facteur est indiqué, de même qu'une indication numérique de l'importance de son lien au concept sous-jacent. La valeur numérique varie de 0 à 1 : plus le chiffre est élevé, plus le point est « bon ». Par convention, les points évalués à 0,4 ou plus sont considérés de bons indicateurs d'un appui conceptuel.
Au tableau 2, on présente les points pour une cinquième sous-échelle, « Déni des difficultés conjugales prévisibles ». Les neuf points de l'échelle portent sur la mesure dans laquelle les hommes nient les difficultés conjugales à venir. On s'attendait que les hommes acceptent les points sauf en cas de niveaux de déni très élevés. Ainsi, cette sous-échelle devait fonctionner d'une façon qui ressemble à la désirabilité sociale ou le mensonge, échelles dont on se sert souvent dans les outils d'autoévaluation traditionnels. Pour l'élaboration de cette échelle, on a examiné la fréquence de l'appui pour chaque point. On a jugé qu'un homme était en déni complet s'il avait admis aucune difficulté conjugale, par exemple, en choisissant « fortement en accord » à un énoncé comme « Je ne me suis jamais demandé si les choses iraient mieux si j'avais une autre partenaire. »
. Les points pour cette sous-échelle sont présentés au tableau 2, accompagnés du pourcentage d'hommes qui nient avoir des difficultés dans leur vie de couple.
Tableau 1 : Analyse factorielle des points liés aux attitudes
| Points | Poids |
|---|---|
| 51. Les femmes devraient moins s'inquiéter de leurs droits et prendre leur rôle de conjointe et de mère plus à cœur. | 0,74 |
| 54. Une femme qui ment mérite d'être remise à sa place. | 0,71 |
| 34. Une femme battue l'a probablement cherché. | 0,70 |
| 47. Les femmes sont gentilles jusqu'à ce qu'elles vous mettent le grappin dessus; après elles se montrent sous leur vrai jour. | 0,66 |
| 27. En général, les femmes ne sont pas aussi intelligentes que les hommes. | 0,65 |
| 63. Les organismes gouvernementaux devraient accorder une grande priorité à la violence faite aux femmes, comme problème social. (notation inversée) | 0,64 |
| 25. Certaines femmes gagneraient à être remises à leur place par leur conjoint. | 0,62 |
| 23. Si j'entendais une femme être frappée par son conjoint, j'appellerais la police. (notation inversée) | 0,56 |
| 11. La plupart des femmes n'apprécient pas pleinement ce que les hommes font pour elles. | 0,53 |
| 39. Il n'y a plus de discrimination contre les femmes au Canada. | 0,47 |
| Points | Poids |
|---|---|
| 24. Le seul but du programme est de blâmer les hommes pour leurs problèmes. | 0,83 |
| 16. Les conseillers ici agissent comme s'ils étaient meilleurs que moi. | 0,78 |
| 64. On peut faire confiance aux conseillers ici. (notation inversée) | 0,71 |
| 56. Les conseillers ici m'acceptent comme un être humain. (notation inversée) | 0,62 |
| 28. Les conseillers ici agissent comme si mes problèmes leur tenaient à cœur. (Notation inversée) | 0,55 |
| 52. Si les autres savent que je participe à un programme de traitement, ils me croiront faible. | 0,53 |
| 60. Je crois que mon conseiller ici ne comprend pas ce que j'essaie d'accomplir. | 0,53 |
| 44. Je ne crois pas pouvoir faire confiance à quiconque dans ce programme de traitement de groupe. | 0,50 |
| 72. Si je parle de mes problèmes à d'autres, ils me croiront fou ou instable émotionnellement. | 0,49 |
| 48. Une personne saine d'esprit est une personne qui ne parle pas de ses sentiments ni de ses émotions. | 0,47 |
| Points | Poids |
|---|---|
| 58. Je m'attends à ce que ma partenaire mette longtemps avant de me faire confiance de nouveau.(notation inversée) | 0,77 |
| 42. Mes comportements violents et blessants ont eu des effets durables sur ma partenaire. (notation inversée) | 0,74 |
| 78. Mon comportement a mis ma partenaire en colère, mais n'a pas eu d'effets négatifs durables sur elle. | 0,69 |
| 1. C'est à moi à mettre un terme à ma violence. (notation inversée) | 0,62 |
| 10. Les hommes violents veulent contrôler leur partenaire. (notation inversée) | 0,56 |
| 62. Les gens qui boivent ne doivent pas être tenus responsables de leurs actes. | 0,55 |
| 12. J'aimerais être ailleurs que dans ce groupe en ce moment. | 0,50 |
| 73. Je suis entièrement responsable de mes sentiments et de mes comportements. (notation inversée) | 0,47 |
| 30. Rien ne justifie ma violence. (notation inversée) | 0,46 |
| 76. Mes comportements violents ou blessants ont effrité la confiance de ma partenaire.(notation inversée) | 0,43 |
| Items | Factor Loading |
|---|---|
| 65. J'ai été violent envers ma partenaire uniquement pour me défendre contre des blessures graves. | 0,74 |
| 9. Mon comportement n'est vraiment pas aussi grave que ce que ma partenaire préétend. | 0,65 |
| 2. Ma partenaire exagère les choses négatives que j'ai faites. | 0,63 |
| 6. Ma partenaire revient souvent sur des conflits qui ont déjà été réglés. | 0,56 |
| 37. Ma partenaire est autant à blâmer que moi pour les gestes que je pose durant les conflits. | 0,53 |
| 17. Ma partenaire essaie de manipuler le système pour m'avoir. | 0,52 |
| 41. Ma partenaire doit apprendre à me respecter et à m'écouter. | 0,51 |
| 45. Si j'avais une autre partenaire, je n'agirais pas de manière blessante et contrôlante. | 0,48 |
| 33. Si je ne me défends pas, ma partenaire va prendre le dessus. | 0,42 |
| 5. La plupart du temps quand je me fâche contre ma partenaire, c'est parce qu'elle m'a provoqué. | 0,37 |
| Points | Fréquence d'appui |
|---|---|
| 13. Ça m'ennuie parfois quand ma partenaire me demande une faveur. | 43,2 % |
| 49. J'ai déjà abusé de ma partenaire ou de notre relation au moins une fois. | 42,1 % |
| 50. Je me suis déjà demandé si les choses iraient mieux si j'avais une autre partenaire. | 30,8 % |
| 57. Ça ne m'a jamais ennuyé que ma partenaire exprime des idées très différentes des miennes. (notation inversée) | 26,3 % |
| 14. Je ne me suis jamais attendu que ma partenaire se surpasse pour assurer la satisfaction de mes besoins. (notation inversée) | 23,1 % |
| 26. Je n'ai jamais dit délibérément quelque chose pour blesser ma partenaire. (Notation inversée) | 22,5 % |
| 22. Il m'est déjà arrivé de dire ou de faire des choses sous le coup de la colère à l'endroit de ma partenaire que je regrette. | 10,0 % |
| 69. Je n'ai jamais dit ou fait quelque chose à ma partenaire que je regrette. (notation inversée) | 2,5 % |
| 61. Il n'y a rien que je voudrais changer au sujet de la façon dont je me comporte avec ma partenaire. (notation inversée) | 0 |
3.1.1 La fiabilité des types d'attitudes
Après l'identification de ces cinq sous-échelles, on a examiné les points pour chaque facteur afin d'en étudier la consistance interne au sein de chaque facteur, ou sous-échelle. Par consistance interne, on entend la mesure dans laquelle tous les points d'une échelle portent sur la même dimension sous-jacente. Les points qui ne sont pas liés conceptuellement ou dont la mesure est considérablement fausse, ont tendance à réduire la consistance interne de l'échelle ou la valeur alpha. Par convention, les échelles portant des valeurs alpha de 0,8 ou plus sont considérées bonnes, et des valeurs dans la fourchette de 0,7 sont jugées satisfaisantes.
Les valeurs alpha pour chacune des cinq sous-échelles examinées sont les suivantes : 1) les attitudes sexistes envers les femmes (valeur alpha = 0,86); 2) la méfiance ou le manque de réceptivité à l'égard de l'intervention (valeur alpha = 0,85); 3) l'absence de responsabilité personnelle à l'égard du comportement violent et de ses effets (valeur alpha = 0,83); 4) le blâme attribué à sa partenaire (valeur alpha = 0,79); et 5) le déni des difficultés conjugales prévisibles (valeur alpha = 0,66).
3.1.2 Les corrélations des types d'attitudes
On a examiné les corrélations entre les types d'attitudes pour s'assurer que les facteurs identifiés étaient suffisamment distincts. Une corrélation est la mesure de la liaison entre deux variables. Plus les coefficients sont près de 1, plus la liaison est forte. La valeur positive ou négative de la corrélation indique l'orientation de la liaison à l'étude. Des corrélations positives dénotent des échelles qui varient de façon constante entre elles (p. ex., des notes élevées sur une échelle se rapportent à des notes élevées sur l'autre). En revanche, des corrélations négatives dénotent des échelles qui varient par opposition l'une à l'autre (p. ex., des notes élevées sur une échelle se rapportent à des notes faibles sur l'autre).
Les corrélations des cinq types d'attitudes sont présentées au tableau 3. Soulignons que chaque échelle a été évaluée de sorte que plus les notes sont élevées, plus les attitudes sont négatives. On s'attendait que tous les types d'attitudes soient modérément en corrélation positive. En général, les résultats correspondaient à l'hypothèse. L'examen du tableau révèle que les attitudes sexistes envers les femmes sont fortement en corrélation avec la méfiance à l'égard de l'intervention et modérément en corrélation avec le blâme attribué à sa partenaire. Les attitudes sexistes sont aussi négativement en corrélation avec le déni à des degrés presque importants. Autrement dit, les hommes qui nient avoir des difficultés conjugales adoptent plus souvent des attitudes non sexistes. Le déni des difficultés conjugales prévisibles a aussi été modérément fortement en corrélation avec l'absence de responsabilité personnelle, de sorte que les hommes qui nient fortement avoir des difficultés conjugales se disent aussi peu responsables du comportement violent.
| Type d'attitudes | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 |
|---|---|---|---|---|---|
| 1. Attitudes sexistes envers les femmes | 1,00 | 0,55** | 0,11 | 0,31 | -0,33* |
| 2. Méfiance ou manque de réceptivité à l'égard de l'intervention | 1,00 | 0,04 | 0,20 | -0,23 | |
| 3. Absence de responsabilité personnelle à l'égard du comportement violent | 1,00 | -0,04 | 0,44** | ||
| 4. Blâme attribué à sa partenaire | 1,00 | -0,01 | |||
| 5. Déni des difficultés conjugales prévisibles | 1,00 |
* Les types d'attitudes ont été mis en corrélation au niveau de signification de 0,05.
** Les types d'attitudes ont été mis en corrélation au niveau de signification de 0,01.
[4] Tout au long de la section, on entend par « hommes » les hommes qui participent à l'étude pilote.
[5] On s'est servi de l'analyse des principales composantes pour isoler les facteurs, et les matrices résultantes ont subi une rotation pour maximiser l'écart observé. La solution ayant subi une rotation est présentée.
[6] On a éliminé les points dont le poids était inférieur à 0,4 ou les points qui n'étaient pas fortement ou formellement liés à un facteur. De plus, pour les concepts représentés par plus de dix points, seuls les dix meilleurs étaient retenus. Dans l'ensemble, on a dû éliminer 29 des 78 points initiaux.
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