Changements d’attitudes chez les participants aux Programmes d’intervention auprès des partenaires violents (PIPV) : un projet pilote
4. Discussion
- 4.1 La responsabilité personnelle à l'égard de la violence et de ses effets
- 4.2 Le déni des difficultés conjugales prévisibles
- 4.3 Le blâme attribué à sa partenaire
- 4.4 Les attitudes sexistes envers les femmes
- 4.5 Le manque de réceptivité à l'intervention
- 4.6 Les attitudes envers l'incident ayant conduit au renvoi
- 4.7 La reconnaissance des comportements violents
- 4.8 La reconnaissance des cognitions violentes
- 4.9 Résumé
4. Discussion
Le présent rapport décrit l'élaboration d'une mesure d'attitudes et donne les résultats d'un examen des attitudes des hommes avant et après avoir participé à un programme d'intervention auprès des partenaires violents. Le nouvel outil d'autoévaluation a permis d'obtenir des scores fiables à l'interne pour cinq types d'attitudes des hommes : 1) l'absence de responsabilité personnelle à l'égard du comportement violent et de ses effets (10 points); 2) le blâme attribué à sa partenaire (10 points); 3) la méfiance ou le manque de réceptivité à l'égard de l'intervention (10 points); 4) les attitudes sexistes envers les femmes (10 points); 5) le déni des difficultés conjugales prévisibles (9 points). De plus, on a créé des mesures pour évaluer l'attitude des hommes envers l'incident qui les a conduit à être renvoyés au programme (16 points), leur reconnaissance des comportements violents (17 points) et leur compréhension des cognitions violentes (13 points). On a comparé les scores des hommes selon différentes sources de renvoi pour juger l'efficacité initiale de ces mesures. Les résultats et leurs répercussions sont analysés pour chaque type d'attitudes. En outre, les comportements d'un petit sous-échantillon de 14 hommes ont été mesurés avant et après l'intervention pour obtenir une indication préliminaire d'un changement potentiel au fil du temps.
4.1 La responsabilité personnelle à l'égard de la violence et de ses effets
Dans la présente évaluation des attitudes des hommes, on s'est d'abord penché sur la responsabilité personnelle. Sur l'échelle finale, dix points internes ont permis de l'évaluer. En voici un exemple : « Mon comportement a mis ma partenaire en colère, mais n'a pas eu d'effets négatifs durables sur elle. » Ces points portent sur les attitudes essentielles à l'atteinte des objectifs des PIPV visant à accroître la responsabilisation des hommes à l'égard de leur comportement violent.
Avant l'intervention, les attitudes des hommes dans l'ensemble traduisaient une absence de responsabilité personnelle. Par exemple, en additionnant les réponses problématiques des hommes, on constate que les hommes soutiennent en moyenne environ trois indicateurs sur dix relativement à l'absence de responsabilité personnelle avant l'intervention. Par ailleurs, seulement 16 % des hommes n'ont signalé aucun indicateur d'attitudes problématiques à l'égard de la responsabilité. Aucune différence importante n'a été observée dans la responsabilité personnelle des hommes ayant été aiguillés vers le programme par les services de probation, les services d'intervention précoce ou sur une base volontaire.
L'analyse fondée sur un petit sous-échantillon laisse entendre que la mesure établie du degré de responsabilité personnelle des hommes était sensible au changement d'attitudes attribuable à l'intervention. Plus précisément, les hommes ayant reçu l'intervention ont assumé une plus grande responsabilité personnelle à l'égard de leur comportement violent. Ce résultat montre bien que les PIPV peuvent réussir à promouvoir la responsabilité des hommes à l'égard de leur comportement violent. D'autres études devraient permettre de déterminer si les changements dans la responsabilité personnelle se traduisent par l'adoption de nouveaux comportements.
D'après ces résultats, il est recommandé de faire usage de nouveau de la sous-échelle « Absence de responsabilité personnelle à l'égard de la violence et de ses effets »
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4.2 Le déni des difficultés conjugales prévisibles
Le deuxième concept évalué était le déni des hommes des difficultés conjugales prévisibles. Contrairement aux autres échelles d'attitudes, l'accord ou le désaccord des hommes par rapport à ces points n'importait pas. Les réponses des hommes étaient jugées problématiques seulement si ceux-ci avaient une opinion exagérément positive de leurs relations. Par exemple, pour un point comme « Je me suis déjà demandé si la situation aurait été meilleure si j'avais eu une autre partenaire », une réponse « fortement en désaccord » aurait été codée comme un indicateur de déni des difficultés conjugales prévisibles.
Avant l'intervention, les hommes soutenaient habituellement un certain nombre d'indicateurs de déni. Plus précisément, les hommes appuyaient en moyenne deux indicateurs de déni, 27 % des hommes déclarant aucun déni. On n'a observé aucune différence importante dans le niveau de déni des hommes aiguillés par les services de probation, les services d'intervention précoce ou sur une base volontaire. Par conséquent, pour la plupart des hommes, le changement du niveau de déni est un objectif d'intervention raisonnable.
Comme pour la responsabilité personnelle à l'égard du comportement violent, des changements importants ont été observés dans le déni des hommes au fil de l'intervention pour le petit sous-échantillon d'hommes étudiés, ce qui vient appuyer l'utilité de l'échelle.
D'après les résultats, il est recommandé de reprendre la sous-échelle « Absence de responsabilité personnelle à l'égard de la violence et de ses effets »
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4.3 Le blâme attribué à sa partenaire
Le troisième concept évalué était le fait de blâmer ou non sa partenaire. De nouveau, on a sélectionné dix points internes, notamment le point suivant : « Ma partenaire exagère les choses négatives que j'ai faites », représentatifs de l'échelle. Là encore, l'un des objectifs cruciaux des PIPV est de réduire le blâme que les hommes attribuent à leur partenaire pour le comportement violent.
Avant l'intervention, les scores des hommes à cet égard traduisaient un niveau relativement élevé de blâme. En moyenne, les hommes ont déclaré des attitudes de blâme à l'égard de quatre des dix points évaluant ce type d'attitudes; seulement 13 % des hommes ne blâmait aucunement leur partenaire. Là encore, on n'a observé aucune différence importante dans les attitudes selon la source de renvoi.
Au cours de l'intervention, les hommes avaient tendance à moins blâmer leur partenaire même si cela n'était pas statistiquement significatif. Malgré l'absence de différences dans les attitudes avant et après l'intervention, comme au départ les attitudes posaient problème et que les PIPV visent justement à les changer, on a recommandé que la question soit approfondie.
4.4 Les attitudes sexistes envers les femmes
Le quatrième type d'attitudes visé par les PIPV est les attitudes sexistes des hommes envers les femmes. On a retenu dix points internes pour l'évaluer. Il s'agit notamment des points qui portent sur les attitudes des hommes envers les femmes en général (p. ex., « En général, les femmes ne sont pas aussi intelligentes que les hommes ») et envers des questions relatives aux droits de la femme (p. ex., « Les femmes devraient moins s'inquiéter de leurs droits et prendre leur rôle de conjointe et de mère plus à cœur »).
Même si les rapports cliniques laissent souvent entendre que les hommes violents ont des attitudes sexistes (Dobash et Dobash, 2000), l'examen des réponses des hommes au questionnaire révèle qu'avant l'intervention, les hommes appuyaient peu d'indicateurs d'attitudes sexistes. En fait, plus de 50 % des hommes n'avaient aucune attitude problématique et seulement un homme avait plus de quatre indicateurs d'attitudes sexistes. Par conséquent, du moins sur le questionnaire, les participants aux PIPV semblent ne pas avoir de problème à cet égard.
Le fait que peu d'hommes avaient des attitudes problématiques influe aussi sur les progrès des hommes dans le temps. En particulier, si plus de 50 % des hommes déclarent avoir des attitudes non sexistes avant l'intervention, on ne peut pas s'attendre à des changements positifs de la part de cette tranche de l'échantillon. Les résultats étaient conformes au raisonnement et, dans l'ensemble, aucune différence importante n'a été observée dans les attitudes sexistes des hommes au cours de l'intervention. Dans les deux cas, la majorité des répondants ont déclaré avoir des attitudes non sexistes. Ce résultat n'est pas propre à la présente étude. Un certain nombre d'enquêtes laissent maintenant entendre que, même si le niveau d'inégalité sociale influe sur la violence faite aux femmes, les attitudes des hommes sont relativement de faibles prédicteurs de comportements violents.
D'après ces résultats, il n'est pas recommandé de reprendre la sous-échelle des « attitudes sexistes envers les femmes »
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4.5 Le manque de réceptivité à l'intervention
En dernier lieu, on a évalué les attitudes des hommes envers l'intervention en soi. Les dix points de cette échelle ont servi à évaluer les attitudes des hommes envers l'intervention en général (p. ex., « Le seul but du programme est de blâmer les hommes pour leurs problèmes ») et envers les conseillers (p. ex., « On peut faire confiance aux conseillers ici »). Ce type d'attitudes a été inclus sur la foi d'études laissant entendre que les hommes ayant plus d'attitudes négatives envers l'intervention ont plus tendance à abandonner le programme et à ne pas changer leur comportement violent.
L'examen des attitudes des hommes avant le début du PIPV révèle que, malgré une coercition juridique ou sociale, la plupart des hommes ont entamé le traitement généralement de manière positive. Les hommes avaient en moyenne seulement un ou deux points sur dix indiquant des attitudes négatives envers le traitement et 42 % des hommes n'avaient que des attitudes positives envers le traitement. On n'a observé aucune différence importante liée à la source de renvoi dans les attitudes envers le traitement, ce qui confirme les observations cliniques selon lesquelles la perception des hommes de la coercition et de l'injustice est vraisemblablement considérablement plus importante que les variables mesurées objectivement.
Au cours de l'intervention, les attitudes des hommes envers le traitement ont changé pour le mieux, même si cela n'a pas atteint des niveaux statistiquement significatifs. Encore là, ce résultat peut être attribuable, du moins en partie, aux attitudes généralement positives que les hommes ont même avant de commencer le traitement. Par conséquent, cette échelle peut ne pas être utile comme mesure de l'efficacité des PIPV à promouvoir le changement d'attitudes.
L'évaluation des attitudes des hommes envers le traitement peut toutefois être utile si on en tient compte de concert avec d'autres mesures. Par exemple, on pourrait étudier plus en profondeur le fait que les hommes ayant des attitudes plus négatives abandonnent en plus grand nombre le traitement ou si les avantages attendus des nouvelles interventions sont limités pour les hommes ayant des attitudes négatives envers l'intervention.
4.6 Les attitudes envers l'incident ayant conduit au renvoi
Parce qu'on s'inquiète du fait que les attitudes générales des hommes ne traduisent pas leurs attitudes envers l'incident ayant conduit à leur renvoi à l'intervention, on a aussi posé des questions aux hommes au sujet de leurs attitudes envers l'incident ayant conduit au renvoi. Les résultats indiquent que les attitudes des hommes envers leur responsabilité personnelle et leurs attitudes envers l'incident ayant conduit à leur renvoi au PIPV étaient en général les mêmes. Autrement dit, peu d'indices tendent à nous laisser croire à des attitudes propres à l'incident. C'est pourquoi il est recommandé à l'avenir de se fier à l'évaluation des attitudes générales.
4.7 La reconnaissance des comportements violents
Dans le cadre des PIPV, on veut aussi sensibiliser les hommes aux comportements violents. C'est pourquoi on a examiné la reconnaissance des hommes avant et après le programme. Les résultats ont indiqué que quand on demande aux hommes de juger si certains comportements violents étaient ou non blessants ou contrôlants, les hommes ont pu repérer avec exactitude environ 80 % des comportements violents. Les hommes identifiaient assez bien comme étant blessant le fait d'ignorer sa partenaire ou de s'en éloigner quand elle parle, de tenter de faire sentir sa partenaire folle, de crier ou de jurer en s'adressant à sa partenaire. Les hommes avaient moins tendance à considérer comme blessant ou contrôlant le fait de prendre des décisions financières sans consulter sa partenaire, de surveiller les allées et venues ou les activités de sa partenaire, ou de menacer sa partenaire.
En comparant un petit sous-échantillon d'hommes pour ce qui est de leur reconnaissance des comportements violents avant et après l'intervention, on se rend compte que la reconnaissance des hommes augmente presque de manière significative. Par conséquent, même si au départ les hommes reconnaissaient bien leurs comportements violents, le fait d'avoir participé au programme leur a permis de mieux comprendre la violence qu'ils ont fait subir à leur partenaire.
Ces résultats envoient des messages contradictoires au sujet de l'utilité d'une mesure de la reconnaissance des comportements violents dans les PIPV. Si le but des PIPV est que les hommes puissent identifier avec exactitude toutes, ou pratiquement toutes, les formes de comportements blessants et contrôlants, alors l'évaluation de la reconnaissance est justifiée. Si, en revanche, il s'agit d'amener les hommes à bien reconnaître de manière générale les comportements violents, les résultats laissent entendre que les hommes reconnaissent en général suffisamment les comportements violents au début du programme et que l'évaluation devrait plutôt être axée sur le changement d'attitudes et de comportements des hommes.
4.8 La reconnaissance des cognitions violentes
L'analyse cognitivo-comportementale des comportements violents constitue une composante de la plupart des PIPV. On y enseigne aux hommes à reconnaître les pensées qui sont susceptibles d'entraîner des comportements sains par opposition à des comportements malsains ou violents. Les résultats de la présente étude montrent que, avant de commencer l'intervention, les hommes étaient susceptibles de reconnaître la valeur des cognitions liées à l'efficacité, comme « Je n'ai pas besoin de me défendre, je la vois venir ». Les hommes avaient moins tendance à reconnaître le danger potentiel des pensées persistantes (p. ex., « Je ne peux pas croire que nous en sommes encore là - nous en avons parlé hier »; « Pourquoi ne peut-elle pas laisser tomber ») et des dialogues internes au sujet de l'habilitation (p. ex., « Je n'ai pas à écouter une telle critique »). Dans l'ensemble, les hommes ne parvenaient pas à identifier la valeur potentielle (ou le danger) d'un tiers des cognitions énumérées indépendamment de la source de renvoi.
Au cours de l'intervention, les hommes ne reconnaissaient pas tellement mieux les cognitions saines et malsaines. Cependant, compte tenu du lien théorique entre les changements de cognitions et les changements de comportements, ainsi que du fait que les hommes avaient du mal à reconnaître au départ les cognitions violentes, il faudra approfondir la question. Ainsi, cette mesure est recommandée comme mesure du changement des hommes dans leur reconnaissance au cours de l'intervention.
4.9 Résumé
En résumé, des mesures d'attitudes créées et utilisées aux fins de la présente étude, on en recommande clairement trois pour l'avenir : l'absence de responsabilité personnelle à l'égard de la violence et de ses effets; le blâme attribué à sa partenaire; et le déni des difficultés conjugales prévisibles. Pour l'étude du changement dans la reconnaissance, on recommande la mesure créée des cognitions saines et malsaines. L'échelle de la méfiance ou du manque de réceptivité à l'égard de l'intervention n'est pas recommandée comme indicateur de l'efficacité du programme, mais pourrait servir à examiner les effets modérateurs de l'approche des hommes à l'égard de l'intervention.
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