Changements d’attitudes chez les participants aux Programmes d’intervention auprès des partenaires violents (PIPV) : un projet pilote

3. Résultats (suite)

3. Résultats (suite)

3.5 Le changement d'attitudes au fil du temps

Les analyses ont aussi étudié les changements d'attitudes des hommes avant et après le programme. Elles constituent une composante essentielle de l'élaboration de la mesure pour deux raisons. D'abord, il est crucial d'établir que les concepts à mesurer sont changeables et ne constituent pas des aspects stables de la personnalité. En outre, les mesures doivent pouvoir saisir un nombre suffisant de données dans les concepts pour que les effets de plafonnement et de plancher ne limitent pas indûment l'analyse du changement au fil du temps. Ensuite, il faut absolument déterminer si les mesures saisissent un aspect du changement qui est pertinent au succès des hommes qui participent au programme. Par exemple, il se peut que l'intervention entraîne le changement (p. ex., des points de vue positifs envers les animateurs), mais dans le cas d'une variable qui n'est aucunement liée à l'amélioration du comportement qui est au cœur de l'intervention (p. ex., la violence).

Le changement d'attitudes des hommes avant et après le programme a été examiné de diverses façons dans le présent rapport. D'abord, on a établi s'il y avait eu changement dans les concepts cibles. Ensuite, on a tenté de déceler les différences au fil du temps dans le cas des hommes s'étant portés volontaires et des hommes ayant été aiguillés par les services de probation ou les services d'intervention précoce. Enfin, on a étudié le changement des hommes d'après le jugement d'un conseiller du risque des hommes de continuer d'adopter des comportements violents.

3.6 La sensibilité des mesures du changement d'attitudes au cours de l'intervention

Pour déterminer si les mesures établies étaient sensibles au changement au fil du temps, on a comparé les notes moyennes pour les hommes avant et après le programme (voir la figure 5). Les analyses statistiques (p. ex., les tests t d'échantillons appariés) ont permis de déterminer si les changements dans les notes moyennes au fil du temps étaient importants.

Figure 5. Attitudes des hommes avant et après l'intervention

Figure 5. Attitudes des hommes avant et après l'intervention
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Comme on le voit, les notes moyennes des hommes dans tous les types d'attitudes ont légèrement augmenté au fil du traitement. Plus précisément, après l'intervention, les hommes assumaient une plus grande responsabilité à l'égard du comportement violent, blâmaient moins leur partenaire, étaient plus réceptifs à l'intervention, étaient moins sexistes envers les femmes et niaient moins finir par avoir des difficultés conjugales (encore une fois, pour un faible score de 1). Le changement dans deux de ces types d'attitudes - responsabilité personnelle à l'égard du comportement violent et le déni des difficultés conjugales prévisibles - était statistiquement significatif[9]. Les attitudes des hommes envers les femmes, le blâme attribué à sa partenaire et la réceptivité à l'intervention, en revanche, étaient sensiblement les mêmes avant et après le programme.

On a effectué des analyses semblables pour déterminer si les attitudes des hommes envers l'incident les ayant conduit à être renvoyé à un PIPV avaient considérablement changé. Les hommes ont déclaré avoir des attitudes légèrement négatives au sujet de leur responsabilité à l'égard de l'incident pour lequel ils ont été aiguillés vers le programme après l'intervention (voir la figure 6), même si les scores des hommes au fil du temps n'étaient pas statistiquement significatifs.

Figure 6. Attitudes négatives des hommes envers l'incident ayant conduit à leur renvoi avant et après l'intervention

Figure 6. Attitudes négatives des hommes envers l'incident ayant conduit à leur renvoi avant et après l'intervention
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Enfin, on a fait un examen du changement de la reconnaissance des hommes au fil de l'intervention. Les réponses des hommes au questionnaire après l'intervention ont été notées comme étant bonnes ou mauvaises d'après les critères utilisés avant l'intervention. Comme le montre la figure 7, la reconnaissance des hommes a augmenté au fil de l'intervention. Parmi le sous-échantillon des hommes qui ont reçu le traitement, les hommes n'ont pas réussi à bien identifier 3,62 des 17 comportements contrôlants ou violents qui figuraient sur la liste. Après l'intervention, le taux d'erreur des hommes était ramené à 2,38, une différence qui a presque une signification statistique[10]. Il en est de même pour les cognitions que les hommes ne sont pas parvenus à reconnaître. Avant l'intervention, ce sous-échantillon d'hommes n'avait pas réussi à établir un lien entre en moyenne 3,62 des 14 pensées au comportement sain ou malsain pertinent. Après l'intervention, ce taux d'erreur était ramené à 2,62. Cet écart dans le taux d'erreur n'était pas statistiquement significatif.

Figure 7. Échec des hommes à identifier les comportements contrôlants ou violents et les pensées saines et malsaines

Figure 7. Échec des hommes à identifier les comportements contrôlants ou violents et les pensées saines et malsaines
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3.7 Le changement entre les hommes selon la source de renvoi

Des 14 hommes pour lesquels on a des données, 11 participaient au programme parce qu'ils y avaient été renvoyés par les services de probation, trois y participaient sur une base volontaire et aucun n'y avait été aiguillé par les services d'intervention précoce. Compte tenu du faible nombre d'hommes participant au programme autrement que parce qu'ils y ont été renvoyés par les services de probation, on ne peut pas tirer de conclusion sur l'importance du changement pour les hommes selon les différentes sources de renvoi.

3.8 Le changement chez les hommes pour qui l'intervention a semblé être un succès ou un échec

À la fin de l'intervention, les conseillers des hommes devaient évaluer pour chacun des hommes s'il était probable, très probable ou improbable qu'ils évitent d'agresser leur partenaire dans l'avenir. Le jugement était fondé sur le comportement des hommes durant le programme et les communications avec les partenaires des hommes. Pour les 14 hommes à l'égard desquels on a des données, les conseillers ont jugé qu'il était probable que huit évitent d'être violents et que quatre continuent de faire usage de violence. Pour ce qui est des deux autres hommes, les conseillers ont indiqué qu'ils ne savaient absolument pas s'il était probable ou non qu'ils récidivent. Il est intéressant de noter que ces chiffres correspondent relativement étroitement aux chiffres d'études d'évaluation importantes, dans le cadre desquelles on observe que pour environ le tiers des hommes (dans ce cas-ci, 29 %) il est probable qu'ils continuent à user de violence et que pour les deux autres tiers, la situation est moins problématique.

Pour déterminer si les mesures établies différencient les hommes pour qui l'intervention semble avoir été un succès ou un échec, on peut comparer les scores avant et après l'intervention pour les groupes d'hommes pour qui on juge que l'intervention a été un succès ou un échec. Malheureusement, compte tenu du faible nombre d'hommes appartenant aux groupes pour qui l'intervention a été un succès ou un échec, on ne peut tirer aucune conclusion au sujet des relations attendues entre le changement d'attitudes et le succès de l'intervention pour les hommes.