Rapport isolé sur les mariages forcés dans l'Ouest canadien

Les services aux victimes

Dans le cadre de la présente étude, nous avons examiné les services fournis et offerts aux victimes de mariage forcé. Comme nous l’avons indiqué dans la section décrivant la méthodologie, les données relatives aux services ont été recueillies en interrogeant des fournisseurs de services de différents organismes de l’Ouest canadien. Les conclusions de la présente étude, qui sont présentées succinctement ci‑dessous, ne sont pas définitives à cause de la petite taille de l’échantillon. Elles sont néanmoins importantes car elles mettent en évidence les lacunes relevées par les fournisseurs de services de première ligne.

  1. Les victimes de violence dans le cadre d’un mariage forcé ont eu accès aux services destinés aux victimes de violence conjugale suivants : en première ligne, ONG, services sociaux, police, médecins, hôpitaux (dans les cas de blessures) et refuges et, en deuxième ligne, services d’aide financière, services juridiques, services d’emploi, services linguistiques, services d’établissement et d’immigration.
  2. Aucun service ou programme ne semble s’adresser expressément aux victimes de mariage forcé.

Au sujet du premier point

De nombreuses victimes de mariage forcé cherchent de l’aide lorsqu’elles commencent à être maltraitées par leur époux ou lorsqu’elles subissent des actes de violence depuis quelque temps. Elles se tournent d’abord vers des organismes ethnoculturels. L’information recueillie aux fins de la présente étude provient principalement de ces organismes. D’autres renseignements très utiles ont été fournis aussi par d’autres sources.

Les données sur les services fournis aux clients montrent qu’une variété de mesures sont prises pour les aider : fourniture de renseignements et de conseils, aide visant à aiguiller les personnes vers les ressources communautaires ou vers d’autres ONG, fourniture de services de traduction, prise de dispositions en matière de logement et de refuge.

Les fournisseurs de services font aussi le nécessaire pour que le client, selon ses besoins, reçoive des conseils juridiques, de l’aide médicale ou la protection de la police ou pour qu’une personne l’accompagne devant le tribunal, à l’hôpital ou à un refuge. Ils donnent de l’information, aiguillent les clients vers d’autres services et les aident à régler leurs problèmes en matière d’immigration et de parrainage. C’est en parlant de leur situation que les clients révèlent leurs problèmes. Les clients sont très souvent trop émotifs et traumatisés pour exprimer clairement leurs besoins. Les fournisseurs de services doivent trouver comment les aider en parlant avec eux. Ils leur proposent différentes options dans le but d’assurer leur sécurité. Un grand nombre de clients ont trop peur pour se prévaloir de l’aide. Certaines femmes demandent des conseils, mais elles ne font rien parce qu’elles ont peur. Elles retournent vers leur mari. Cependant, comme les histoires et les propos des fournisseurs de services le montrent, la plupart des clients ont reçu une aide adéquate (ils ont notamment été dirigés vers d’autres organismes) et leur situation s’est améliorée. Toute cette aide a toutefois été fournie comme s’il s’agissait de cas de violence conjugale.

Les fournisseurs de services interrogés ont indiqué qu’ils avaient dirigé leurs clients vers les organismes et services gouvernementaux suivants :

Liste des organismes fédéraux, provinciaux et municipaux contactés par les fournisseurs de services interrogés

Fédéraux
Provinciaux
Municipaux

Certains organismes ont indiqué qu’ils étaient en mesure d’offrir tous les services dont leurs clients avaient besoin. La moitié des répondants environ ont toutefois déclaré que leur organisme ne disposait pas des ressources nécessaires pour répondre à tous les besoins des clients. Des remarques comme [traduction] « c’est difficile » de répondre aux besoins des clients ou [traduction] « nous ne sont pas vraiment équipés » ou [traduction] « je ne peux pas dire » semblent indiquer que les organismes ont besoin de ressources additionnelles afin que les travailleurs de première ligne puissent aider les clients.

La situation est moins claire en ce qui concerne les personnes qui ont été victimes de violence avant leur mariage, par exemple de la part de leurs parents, ou après leur mariage de la part de membres de l’autre famille, par exemple leur belle‑mère. Les fournisseurs de services interrogés n’ont pas fait état de services à la disposition d’enfants mineurs faisant l’objet des pressions de leurs parents. Ils n’ont pas mentionné non plus si les personnes menacées ou maltraitées par les membres de leur belle‑fanille avaient accès aux services offerts aux victimes de violence conjugale.

De plus, le fait que plus de la moitié des fournisseurs de services désignés par les organismes dans les trois villes avaient des origines sud‑asiatiques ou moyen‑orientales est très révélateur.

Les fournisseurs de services ont indiqué que leurs clients venaient des pays suivants :

Il y a aussi des cas de citoyens canadiens forcés à se marier en Angleterre et en France, où sont établies de grandes communautés de pays de l’Asie du Sud, du Moyen‑Orient et de l’Afrique. Dans ces pays, les mariages de citoyens canadiens sont souvent arrangés avec des membres de leur famille ou des amis.

Au sujet du deuxième point 

Aucun des fournisseurs de services interrogés n’a déclaré avoir été saisi d’un cas désigné comme étant une affaire de « mariage forcé ». En outre, aucun programme n’est à la disposition des personnes qui seront mariées de force ou qui craignent de l’être. Les personnes qui craignent d’être l’objet de pressions visant à les forcer à se marier, au Canada ou à l’étranger, ne peuvent recevoir aucune aide et n’ont nulle part où se tourner. Elles ne savent pas si une telle aide existe. Lorsqu’elles sont emmenées à l’étranger pour se marier, elles ne peuvent rien faire. De plus, elles ignorent s’il existe des services de médiation qui pourraient permettre de régler le différend qui les oppose à leurs parents d’une manière adaptée à leur culture. Aucun programme d’éducation ou de sensibilisation pouvant informer les communautés au sujet du mariage forcé et de ses conséquences, ainsi que de certaines mesures de prévention, n’a été mentionné par les fournisseurs. Ces derniers n’ont pas fait état non plus de services de counseling pouvant aider les jeunes femmes et les jeunes hommes à trouver des moyens de prévenir un mariage forcé, et il n’existe aucun programme d’intervention. Il est peu probable que les policiers et les avocats soient en mesure de les aider parce que, à moins que les victimes aient fait l’objet d’actes de violence ou de menaces de violence, aucun crime n’a été commis; le mariage forcé n’a pas eu lieu.

En résumé, on ne semble pas savoir que le mariage forcé est inacceptable et qu’il est illégal au Canada. Dans les communautés, ce type de mariage ne semble même pas être considéré comme un problème.

Les personnes qui ont besoin d’aide après un mariage forcé, lorsque des actes de violence sont commis, peuvent l’obtenir. Ces personnes peuvent faire appel aux services sociaux, à la police ou aux refuges. Il importe de mentionner que ces cas sont traités comme des affaires de violence familiale, de mauvais traitements et de mésentente conjugale. La question du mariage forcé n’est même pas soulevée ou, si elle l’est, c’est en tant que facteur contextuel. Comme ces cas sont traités comme s’il s’agissait de violence conjugale, il n’est pas surprenant que l’on soit peu sensibilisé au phénomène des mariages forcés et qu’il existe peu de programmes de prévention particuliers. Un client peut révéler par accident au cours de la conversation qu’il a été marié de force, lorsqu’il vient chercher de l’aide pour d’autres besoins particuliers après avoir été victime de violence émotive, psychologique ou physique. Le peu d’attention accordé à la question du mariage forcé peut empêcher des victimes de savoir quels services sont à leur disposition, à tout le moins dans les cas de violence conjugale.