Réaction des victimes au traumatisme et conséquences sur les interventions : étude et synthèse de la documentation

3. Incidences sur les victimes

3. Incidences sur les victimes

L'objectif premier de la recherche sur la victimisation est d'améliorer les services offerts aux victimes et de réduire de cette manière la gravité du traumatisme causé par la victimisation. La présente étude nous a permis de constater qu'une grande partie de la recherche vise à démontrer les conséquences que la victimisation et la manière de la surmonter peuvent exercer sur la victime. À l'aide du modèle de Casarez-Levison (1992), nous avons organisé la présente section en fonction de l'évolution du processus de la victimisation et nous signalons pour chaque étape les points d'intérêt les plus importants en ce qui concerne les aspects cognitifs et émotionnels, l'adaptation et les interventions. Cette façon de faire devrait faciliter l'intégration de la documentation présentée ci dessus et aider les fournisseurs de services à repérer les sujets qui présentent pour eux un intérêt clinique.

Prévictimisation et organisation

Rappelons que ce stade caractérise le degré d'adaptation de l'individu avant la victimisation. À ce stade, les cliniciens souhaitent se faire une idée assez détaillée des antécédents du sujet. Il faudrait inclure les éléments suivants :

Victimisation et désorganisation

Rappelons que ce stade caractérise l'acte criminel proprement dit ainsi que les premières heures et les premiers jours suivant le crime (Casarez-Levison, 1992). Les victimes et les fournisseurs de soins doivent connaître les éléments suivants :

Transition et protection

Rappelons que ce stade caractérise la période où l'individu commence à s'adapter à la victimisation et à ses ramifications connexes (Casarez-Levison, 1992). C'est au moment où les victimes arrivent à ce stade que les cliniciens seront appelés à intervenir activement.

Réorganisation et résolution du problème

Rappelons que ce stade se caractérise par la réintégration de l'individu, qui redevient un être au fonctionnement stable (Casarez-Levison, 1992). Les victimes doivent comprendre les éléments suivants :

Pour mieux comprendre l'expérience subjective des victimes, il est préférable de considérer la victimisation comme un processus. Dans un certain sens, la victimisation est un processus de développement dans lequel l'individu doit s'adapter à un agent stressant externe. À mesure que la victime progresse, de l'acte criminel jusqu'au rétablissement et à la réintégration, elle doit surmonter différentes difficultés. Ses aptitudes cognitives seront mises à l'épreuve et changeront durant ce processus, et quelques-uns de ces changements ont été exposés dans la présente étude. Il ne faut jamais oublier toutefois que chaque victime est une personne et qu'en raison de ses différences individuelles ses difficultés seront différentes aussi.

3.1 Hétérogénéité des victimes : nécessité d'un éventail de services

Dans leur étude sur la violence en milieu de travail, Barling, Rogers et Kelloway (2000) ont constaté que les gens vivaient les mêmes événements d'une manière différente. Dans leur recherche, ils ont observé que la crainte de la répétition d'un événement traumatisant pouvait avoir une influence sur l'humeur d'une personne. Dans la présente étude, nous avons vu notamment que la gravité du crime, la gravité de la réaction ainsi que l'utilisation de menaces et d'une arme étaient des éléments du processus de victimisation qui pouvaient exercer une influence sur ses conséquences. La conclusion de ces chercheurs à propos de la violence en milieu de travail peut être généralisée et nous aide ainsi à comprendre que chaque victime d'un crime réagit d'une façon très personnelle à cet événement. Les interventions thérapeutiques doivent donc être adaptées aux différences individuelles des victimes.

On peut considérer que les différences individuelles sont la justification première des interventions individualisées. Le caractère unique de l'expérience de certains individus fait en sorte que le traitement doit absolument être individualisé. Il existe toutefois des caractéristiques communes aux expériences des victimes, que chaque victime vivra plus ou moins intensément. Il peut s'agir par exemple d'un sentiment de peur ou de colère, ou encore de l'évitement psychologique ou comportemental. Il ne faut pas cependant considérer les victimes toutes de la même manière, car les conséquences pourraient être désastreuses. Avec la comparaison sociale, par exemple, la fusion des degrés de gravité serait probablement néfaste pour les victimes de crimes plus graves (Greenberg et Ruback, 1992). En comparant leur propre expérience à celle de victimes moins traumatisées, ces victimes risquent d'être entraînées dans un cycle de dépression, d'adopter une attitude de victime ou de se blâmer. C'est pourquoi il faut un éventail de services susceptibles d'aider les victimes à recouvrer le plus possible la santé.

Beaucoup de victimes peuvent bénéficier de simples services de base comme de l'information, de la documentation écrite ainsi que des renseignements sur l'aide disponible et les signes et symptômes possibles de problèmes plus graves. Ce groupe peut aussi profiter de la GSIC, l'accent étant mis sur la communication d'information et l'aiguillage vers les ressources requises (Everly et coll., 2000). Ces victimes peuvent le plus souvent compter sur les soutiens naturels ou faire appel à leurs propres stratégies d'adaptation pour surmonter la victimisation. En d'autres termes, elles sont capables de s'adapter à leur nouvelle situation de victime. Ce groupe de victimes est généralement constitué d'individus qui ont vécu une expérience relativement peu traumatisante ou dont la résilience particulière leur permet de s'adapter aux agents stressants chroniques et circonstanciels.

Un second groupe est composé d'individus modérément traumatisés. Ces victimes peuvent éprouver certains symptômes, comme la peur ou la colère, mais arrivent à surmonter ces sentiments avec un minimum de soutien professionnel. Elles peuvent tirer profit des interventions offertes au groupe des victimes moins traumatisées, mais aussi des groupes de soutien, des interventions individuelles et des interventions en groupe. Il peut s'agir d'interventions d'une durée relativement courte, axées sur des symptômes négatifs spécifiques et destinées à l'apprentissage d'aptitudes particulières. Ce groupe peut aussi bénéficier des soutiens naturels, mais peut aussi avoir besoin des services de spécialistes professionnels et paraprofessionnels.

Les victimes fortement traumatisées peuvent aussi bénéficier de tous les services mentionnés ci dessus, mais ont souvent besoin d'interventions plus intensives, comme une thérapie de longue durée destinée à traiter les symptômes et à développer des aptitudes en vue de l'adaptation. Le traitement devrait en principe cibler le traumatisme antérieur et les effets à long terme de la victimisation. Le traitement des symptômes devrait aussi exiger plus de temps et s'étendre aux autres aspects de la vie. Les victimes gravement traumatisées risquent davantage aussi d'éprouver des symptômes très négatifs. En outre, si ces victimes éprouvent des problèmes multiples et en éprouvaient avant la victimisation, il est préférable de mettre des services professionnels à leur disposition. Les professionnels qui s'occupent de ces victimes devraient être bien préparés à traiter les réactions idiosyncrasiques et appuyer le travail des paraprofessionnels et des bénévoles.

Enfin, un dernier groupe de victimes, celles qui sont à l'étape de la précontemplation, requiert des interventions spécifiques. Ces victimes ont subi un traumatisme, éprouvent des réactions négatives, mais refusent de reconnaître que ces réactions découlent du traumatisme ou minimisent l'importance de ces réactions. Ces clients ont besoin d'interventions spécifiques qui les aideront à comprendre la victimisation et à déterminer à quel moment ils doivent obtenir de l'aide. Souvent, les techniques de conscientisation comme la distribution de documents écrits (brochures), la possibilité de s'autoréévaluer, le soulagement dramatique au moyen de séances d'information ou d'autres méthodes indirectes peuvent aider les individus qui sont encore à l'étape de la précontemplation à faire une évaluation informée de leur fonctionnement actuel et des choix qui s'offrent à eux (Rosen, 2000). Il faut toutefois rappeler la mise en garde de Nelson et coll. (2002), selon laquelle les cliniciens ne doivent pas supposer que les individus ayant vécu un événement potentiellement traumatisant en sont automatiquement traumatisés. Les fournisseurs de services doivent donc traiter ces situations avec tact, pour éviter d'aggraver la détresse des victimes.