Enquête menée auprès des survivantes de violence sexuelle dans trois villes canadiennes

Sommaire

La violence sexuelle durant l'enfance (VSE) et l'agression sexuelle à l'âge adulte (ASA) peuvent avoir de graves conséquences sur les survivantes. Bien que ces crimes soient commis à l'endroit de tous les groupes des différents facteurs démographiques, les femmes sont les victimes les plus communes de ces crimes, représentant 70 % des survivantes des agressions sexuelles autodéclarées en 2009 et 87 % des survivantes des agressions sexuelles déclarées à la police en 2012.

Le but de cette étude était de mieux comprendre les expériences vécues par les femmes survivantes de violence sexuelle durant l'enfance et d'agression sexuelle à l'âge adulte. L'étude visait à interroger les survivantes au sujet de leurs expériences en matière de VSE et d’ASA, des effets psychologiques et émotionnels de ces traumatismes, ainsi que des mécanismes d’adaptation qu'elles ont adoptés pour faire face à ces traumatismes. En outre, on a interrogé les survivantes au sujet d'un certain nombre d'éléments liés au système de justice pénale, y compris la façon dont elles ont appris à connaître le système de justice pénale et la confiance qu'elles ont envers celui-ci quant à sa capacité de répondre aux besoins des survivantes de violence sexuelle.

Méthodologie

Pour mener à bien cette étude, nous avons procédé à 114 entrevues auprès de survivantes d'agression sexuelle dans des centres urbains de trois provinces canadiennes. La Division de la recherche et de la statistique a travaillé en étroite collaboration avec trois centres d'aide aux victimes d'agression sexuelle dans les trois provinces afin de développer l'outil qui serait utilisé pour les entrevues. L'outil d'entrevue, qui est un sondage composé de 76 questions, comprenait des questions ouvertes et des questions à développement. Les centres d'aide aux victimes d'agression sexuelle ont également contribué à recruter les participantes à l'étude. Les entrevues ont été menées par téléphone, par des entrepreneurs formés ayant l'expérience de la conduite d'entrevues auprès de personnes vulnérables.

Conclusions

Toutes les participantes à cette étude étaient des femmes. L’âge des participantes variait de 20 à 70 ans et 85 % d’entre elles se sont auto-identifiées comme étant de race blanche. Plus de la moitié (58 %) des participantes ont indiqué que leur revenu annuel était inférieur à 15 000 $.

Plus de la moitié (52 %, n=59) des participantes à cette étude ont été victimes de violence sexuelle durant l’enfance (VSE) et d’agression sexuelle à l’âge adulte (ASA).

Plus des trois quarts des participantes (76 %, n=87) ont indiqué avoir été victimes de violence sexuelle durant l’enfance, et 80 % (n=70) d’entre elles ont indiqué avoir été victimes d’incidents multiples. Dans la plupart des cas, la victime connaissant son agresseur (87 %, n=76), puisque bon nombre des agressions ont été commises par un membre de la famille ou un ami de la famille. Moins d’un tiers (30 %, n=26) de ces victimes de VSE ont signalé l’incident d’agression sexuelle durant l’enfance à la police ou à une autre personne qui s’est chargée de le signaler à la police. Le motif le plus commun invoqué par celles qui ont signalé l’agression à la police était qu’elles se sentaient dans l’obligation d’agir. Celles qui n’ont pas signalé l’incident de violence sexuelle ont également invoqué un certain nombre de motifs, notamment le fait qu’elles n’avaient pas le soutien de leur famille ou qu’elles avaient peur de l’agresseur.

Trois quarts des participantes (75 %, n=86) ont été victimes d'agression sexuelle à l'âge adulte, et 54 % (n=46) de ces femmes ont été victimes d'agressions multiples. Dans 70 % (n=60) de ces cas, la victime connaissait l'agresseur et il s’agissait soit d’un partenaire intime, d’un ami ou d’une connaissance. Plus d’un tiers (36 %, n=32) des femmes ont signalé à la police l’agression sexuelle subie à l’âge adulte ou ont demandé à une autre personne de le signaler à la police. Les motifs pour déclarer l’incident de violence sexuelle comprenaient : la victime se sentait dans l’obligation d’agir, un membre de la famille, un ami ou un thérapeute le lui a recommandé, et la personne voulait essayer de faire face à ses sentiments négatifs. Celles qui n’ont pas signalé l’agression sexuelle ont invoqué les motifs suivants : la honte et la gêne, le manque de confiance dans le système de justice pénale et la peur de l’agresseur.

Les participantes ont décrit certains des effets émotionnels et psychologiques de ces traumatismes. Les blessures psychologiques causées par la VSE sont très semblables à celles causées par l’ASA. Les participantes ont ajouté que les effets sont continus et à long terme, et comprennent la dépression, les difficultés à faire confiance et à établir des liens, l’anxiété, la peur et le stress.

Les participantes ont également décrit un certain nombre de mécanismes d’adaptation qui peuvent les aider à surmonter les effets de ce traumatisme, des mécanismes tant positifs que négatifs. Les mécanismes d’adaptation positifs comprennent l’adaptation axée sur les émotions, la participation à des activités qui nécessitent que la personne prenne le contrôle de sa vie et le fait de faire appel à des services de soutien naturels et professionnels. Les stratégies d’adaptation négatives comprennent les comportements de dépendance, les actes autodestructeurs non suicidaires et les tentatives de suicide.

Par ailleurs, on a posé aux participantes une série de questions relatives au système de justice pénale. Les participantes ont indiqué avoir appris à connaître le système de justice pénale par l'entremise de différentes sources, dont les médias, la police et les centres d'aide aux victimes d'agression sexuelle. On a également demandé aux participantes d'évaluer leur niveau de confiance à l'égard de la police, du processus judiciaire et du système de justice pénale en général. Bien que 53 % des participantes aient indiqué ne pas avoir confiance en la police, deux tiers d'entre elles ont indiqué qu'elle ne faisait pas confiance au processus judiciaire, ni au système de justice pénale en général.

Enfin, on a demandé aux participants de formuler des suggestions à l'intention des survivantes de violence sexuelle quant à ce qu'elles devraient savoir à propos du système de justice pénale. Les participantes ont formulé un certain nombre de suggestions, notamment que les survivantes devraient être informées du fonctionnement du système de justice pénale, qu'elles devraient savoir qu'il y a des services d'aide offerts aux survivantes et que le processus de justice pénale peut être très long. Les participantes ont indiqué que la meilleure façon de transmettre cette information aux survivantes serait par l'entremise de programmes et de conseillers en milieu scolaire.

Les participantes ont également formulé un certain nombre de suggestions sur la façon dont le système de justice pénale pourrait répondre aux besoins des survivantes de violence sexuelle. Les suggestions portent sur trois thèmes principaux : veiller à ce que les survivantes se sentent en sécurité et à l'aise; fournir aux survivantes de l'information et de la formation sur la violence sexuelle et la justice pénale, et changer les divers aspects du système de justice pénale dans son ensemble (par exemple, offrir un traitement accéléré des dossiers, rétablir l’équilibre entre le traitement des survivantes et des délinquants).

Conclusion

Les conclusions de la présente étude donne un aperçu important des expériences et des besoins des survivantes de violence sexuelle. Les survivantes nous ont fait part de leurs expériences de VSE et d’ASA et ont révélé un certain nombre de conclusions qui correspondent à des recherches menées précédemment auprès d’autres survivantes de violence sexuelle, y compris le fait que nombreuses sont celles qui n’ont pas signalé l’agression sexuelle à la police. Les participantes ont également fourni un certain nombre de motifs visant à justifier leur décision de déclarer ou non l’incident de violence sexuelle. De plus, elles ont décrit certains des effets psychologiques et émotionnels, tels que la dépression et l’anxiété, qui sont communes chez les survivantes d’agression sexuelle, ainsi que certaines des stratégies d’adaptation que l’on retrouve plus souvent chez les victimes d’actes criminels, en général. Enfin, les survivantes ont décrit leurs expériences à l’égard du système de justice pénale et ont formulé des suggestions sur la façon dont le système de justice pénale pourrait mieux répondre aux besoins des survivantes. En comprenant mieux les expériences de survivantes et en écoutant leurs suggestions, les fournisseurs de services d’aide aux victimes et le système de justice pénale dans son ensemble seraient mieux placés pour appuyer et aider les survivantes de violence sexuelle.