Une meilleure gouvernance par la mobilisation directe : L’essentiel sur l’utilisation des TI pour consulter les citoyens
Le scénario de mobilisation du CCR
En 2010, le Centre commun de recherche (CCR) de l’UENote de bas de page 7 a imaginé différents scénarios possibles en ce qui concerne l’avenir de la mobilisation du public dans la gouvernance en s’appuyant sur deux incertitudes critiques : le degré d’ouverture et de transparence; et le degré d’intégration dans le renseignement stratégique. Plus précisément, il a envisagé quatre scénarios qui pourraient se produire au cours des deux prochaines décennies.
Gouvernance « Léviathan »
Le scénario Léviathan (faibles ouverture et transparence, et forte intégration dans le renseignement stratégique) suppose l’émergence d’une « oligarchie éclairée » qui utilisera des outils et des systèmes de haute technologie pour recueillir et gérer des renseignements et des services publics. Les décisions politiques seraient prises par un groupe de bureaucrates d’élite, et des citoyens passifs tenteraient de les mettre en œuvre sous la direction de ce groupe d’élite. Les systèmes démocratiques délibératifs traditionnels ne seraient plus nécessaires. L’intelligence artificielle (fondée sur la collecte et l’utilisation de données massives) permettrait de personnaliser la prestation des services publics sans que les personnes aient à le demander. En conséquence, les citoyens feraient confiance à leurs gouvernements et délégueraient volontiers leur droit d’initiative.
Gouvernance privatisée
Le scénario privatisé (faibles ouverture et transparence, et faible intégration dans le renseignement stratégique) suppose une société façonnée par les décisions prises par des représentants d’entreprises. À mesure que le fossé entre riches et pauvres s’élargit et que la richesse se concentre, la majeure partie de la société se préoccupe de soi. Les citoyens serviraient en grande partie de pions aux grandes entreprises qui géreraient leurs besoins et leurs désirs; une gouvernance interactive et participative — et une démocratie participative — tomberait essentiellement en retrait. Les décisions concernant les questions sociales dépendraient de systèmes très développés de modélisation et d’aide à la décision reposant sur les TIC. Le rôle croissant des grandes entreprises dans la mise en œuvre de mécanismes politiques autonomes fondés sur des systèmes exclusifs axés sur les TIC empêcherait de plus en plus les citoyens d’assumer des rôles autres que ceux d’employés ou de consommateurs. La participation et la gouvernance elles-mêmes se détérioreraient, ce qui permettrait aux acteurs établis de prendre le pouvoir et de créer une politique clientélisteNote de bas de page 8.
Gouvernance libre-service
Le scénario libre-service (fortes ouverture et transparence, et faible intégration dans le renseignement stratégique) comporte des citoyens habilités à jouer le rôle de décideurs. Des collectivités de citoyens auto-organisées et autonomes, fondées sur des systèmes de gestion de la réputation en ligne, remplaceraient la plupart des gouvernements institutionnels. En mode autonome, les citoyens choisiraient leurs propres options de service, et les solutions aux problèmes émergents pourraient évoluer rapidement. Pourtant, en raison de l’absence de culture de mobilisation, la majorité des citoyens perdraient intérêt à participer à la gouvernance. Et un manque de cohésion sociale rendrait des collectivités isolées de plus en plus isolées et approfondirait les divisions existantes. Les minorités migrantes et ethniques, dont les réseaux sociaux à l’échelle locale peuvent être insuffisants, pourraient voir leur isolement et leur impuissance augmenter.
Gouvernance ouverte
Le scénario ouvert (fortes ouverture et transparence, et forte intégration dans le renseignement stratégique) — scénario privilégié par les défenseurs de la gouvernance participative (y compris le CCR) — envisage une société avec un accès sans précédent aux données et au savoir — et de nouvelles occasions offertes par les TIC aux personnes d’interagir avec les processus de gouvernance et d’élaboration des politiques, d’influer sur ces processus et de progresser dans la résolution des problèmes de société et des enjeux mondiaux. Les TIC ouvriraient des possibilités pour la prestation de services publics personnalisés et en temps réel.
Au fur et à mesure que la connectivité augmenterait, plus de personnes participeraient activement à des activités politiques, éducatives et sociales en ligne — et les renseignements pertinents nécessaires pour faire des choix éclairés deviendraient plus accessibles. Les TIC devenant de plus en plus un prolongement de l’intelligence humaine individuelle et collective, les citoyens seraient de mieux en mieux informés, plus autonomes et plus enthousiastes — en tant qu’individus et membres de réseaux sociaux et d’organisations du tiers secteur — à l’idée de participer à la coopération en réseau tant avec le secteur public qu’avec le secteur privé.
L’accessibilité généralisée non seulement aux ressources en ligne, mais également aux compétences en TIC renforcerait l’inclusivité de la gouvernance, car elle favoriserait et permettrait la participation et l’intégration des citoyens âgés, des migrants et des minorités ethniques — facilitées par la création de réseaux de diaspora activés par les TIC.
Un nouveau modèle de gouvernance participatif intégrerait pleinement la mobilisation en ligne des citoyens, la cocréation et les boucles de rétroaction dans les processus décisionnels. Les organismes décentralisés miseraient davantage sur la participation directe des citoyens et coopéreraient étroitement avec les acteurs privés et les mouvements sociaux pour assurer la prestation de services publics, de sorte que les processus de gouvernance deviendraient plus centrés sur l’utilisateur et plus rentables. Les gouvernements prendraient des décisions améliorées et plus transparentes.
En améliorant la prestation de services personnalisés et en augmentant la liberté individuelle, les applications fondées sur les TIC renforceraient la cohésion sociale, ce qui contribuerait à créer une société civile forte qui soutiendrait le modèle représentatif — et de nouveaux types d’alliances entre citoyens, entreprises privées et gouvernements.
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