Un examen qualitatif des problèmes d’ordre juridique graves auxquels font face les immigrants à London et à Toronto (Ontario)

Méthode

Procédure

Entre août et décembre 2020, un total de 21 entrevues en ligne ont été réalisées avec des immigrants vivant à London, Ontario (17 entrevues) et Toronto, Ontario (4 entrevues). Les immigrants ont été recrutés par l’intermédiaire de deux organismes d’aide aux immigrants. À London, les immigrants ont été recrutés par le South London Neighbourhood Resource Centre, et à Toronto, ils ont été recrutés par COSTI Immigrant Services. Les deux organismes ont distribué des dépliants par différents canaux pour inviter les immigrants à participer à l’étude. Les dépliants comprenaient une variété d’exemples de problèmes ou de différends graves qui auraient pu être vécus et qui seraient pertinents pour l’étude. Les immigrants intéressés se portaient ensuite volontaires pour participer à l’étude s’ils avaient connu un problème juridique grave au cours des trois années précédentes. Une seule fois, une immigrée qui s’était portée volontaire pour participer a été écartée, et ce parce qu’elle n’avait pas eu de problème juridique grave. Malheureusement, le recrutement d’immigrants à Toronto a été plus difficile que prévu. Selon COSTI Immigrant Services, la pandémie a rendu plus difficile le recrutement de personnes intéressées.

Les entrevues en ligne ont été menées au moyen de la plateforme Zoom avec un enquêteur et un preneur de notes, et tous les entretiens ont également été enregistrés (avec la permission des participants) afin que les principaux détails et les citations puissent être vérifiés ultérieurement. Lorsque cela était nécessaire (N = 11), les entrevues ont été menées avec l’aide d’interprètes professionnels (arabe, espagnol, kurde et persan).

Ces entrevues étaient semi-structurées. Nous avons élaboré un guide d’entrevue avec des questions centrales et des sondages postobservations (voir annexe). Les questions portaient sur les types de problèmes juridiques graves qu’avaient éprouvés les personnes interrogées au cours des trois dernières années. Le guide d’entrevue comprenait également des questions sur les stratégies utilisées par les personnes interrogées pour résoudre ces problèmes et si ces stratégies incluaient l’intervention de l’appareil judiciaire. En outre, nous avons interrogé les personnes sur l’état actuel de leurs problèmes juridiques graves et sur les répercussions économiques, sociales et sur la santé de la prise en charge de ces problèmes. À la fin de chaque entrevue, nous avons également posé aux personnes interrogées une série de questions générales. Les entrevues ont duré entre une heure et demie et deux heures, et tous les participants ont reçu une carte-cadeau Tim Horton’s de 30 $ pour le temps qu’ils nous ont consacré.

Analyse des thèmes des entrevues

Afin de déterminer les principaux thèmes abordés lors des entrevues, trois codeurs ont d’abord examiné indépendamment les notes d’entrevues et les enregistrements audio, puis ont déterminé ensemble les principaux thèmes par consensus. Des thèmes ont été déterminés pour chacune des questions principales de l’entrevue : a) types de problèmes rencontrés et principaux facteurs contribuant aux problèmes; b) stratégies de résolution des problèmes, difficultés rencontrées à cet égard et résultats; c) recours à l’appareil judiciaire officiel; et d) répercussions économiques, sociales et sur la santé.

Description des personnes interrogées

Douze immigrants se sont identifiés comme femmes, sept comme hommes, un comme transgenre et un comme non identifié. Les immigrants avaient entre 19 et 60 ans, l’âge moyen étant de 39 ans. La majorité des personnes interrogées (15) ont immigré au Canada en tant que réfugiés ou demandeurs d’asile. Les autres immigrants ont été parrainés par des membres de leur famille (trois) ou sont entrés au Canada en tant que travailleurs qualifiés (un), travailleurs étrangers temporaires (un) ou étudiants étrangers (un). La plupart des participants ont été recrutés à London, en Ontario.

Sur les 17 immigrants interrogés à London, 16 se sont installés à London après avoir immigré au Canada. Sur les quatre immigrants interrogés à Toronto, tous se sont installés à Toronto après avoir immigré au Canada. Au moment où ils ont été interrogés, les immigrants étaient au Canada depuis six à 82 mois, avec une moyenne de 32 mois.

Les immigrants sont nés dans divers pays, dont les suivants : Afghanistan (un), Colombie (six), Cuba (un), Égypte (deux), Honduras (un), Iran (un), Iraq (deux), Jordanie (deux), Koweït (un), Liban (un), Palestine (un), Arabie saoudite (un) et Syrie (un). Pour ce qui est de la citoyenneté, aucune des personnes interrogées n’avait la citoyenneté canadienne. À l’exception de deux personnes, tous les immigrants avaient encore la nationalité de leur pays d’origine. Une personne était née au Koweït, mais avait la nationalité irakienne, et une autre était née en Arabie saoudite, mais avait la nationalité syrienne. Quant à l’ethnicité, la plupart des immigrants s’identifient soit comme Arabes (neuf), soit comme Latino-Américains (sept). Les autres se sont identifiés comme étant asiatiques occidentaux (deux), noirs (un), à la fois blancs et arabes (un), et « autres » [c.-à-d. Yazidi (un)].

Un peu plus de 40 % des immigrants étaient soit mariés (sept), soit en union libre (deux). Près de 30 % des immigrants étaient séparés (trois) ou divorcés (trois). Une personne était veuve, et les autres étaient célibataires (cinq). En moyenne, la taille du ménage des immigrants comprenait 4,52 personnes (fourchette = 1 à 9).

Les personnes interrogées différaient quant à leurs compétences linguistiques en anglais. Sur une échelle de 1 à 10, où 1 correspond à des compétences inexistantes et 10 à des compétences excellentes, certains immigrants ont déclaré n’avoir que de faibles compétences en anglais ou aucune et d’autres ont déclaré avoir d’excellentes compétences en anglais (expression orale : moyenne = 5,66, fourchette = 2 à 10; compréhension : moyenne = 6,69, fourchette = 3 à 10; lecture : moyenne = 6,55, fourchette = 1 à 10; et écriture : moyenne = 6,02, fourchette = 1 à 10). En moyenne, les immigrants ont fait état de compétences liées à l’expression orale en anglais légèrement inférieures à leurs compétences en compréhension, lecture et écriture de l’anglais. Seuls six immigrants ont déclaré avoir quelques compétences en français. Il s’agissait d’une personne ayant de bonnes compétences en français et de cinq personnes ayant des compétences très rudimentaires en français. Les langues les plus souvent parlées à la maison étaient l’espagnol (huit), l’arabe (sept), l’anglais (trois), le kurde (un), le dari (un) et une combinaison d’arabe et d’anglais (un).

Les immigrants avaient différents niveaux d’éducation. Près de 25 % des immigrants n’avaient pas de diplôme d’études secondaires (cinq). Environ 20 % des immigrants avaient un diplôme d’études secondaires ou un certificat d’équivalence d’études secondaires (quatre). Les autres avaient un certificat ou un diplôme collégial ou non universitaire (deux), un certificat ou un diplôme universitaire inférieur au baccalauréat (un), un baccalauréat (cinq) ou un diplôme universitaire supérieur (quatre). La majorité des immigrants ont fait leurs études à l’étranger.

Un peu plus de 40 % des participants gagnaient leur vie en étant employés à temps plein (trois), employés à temps partiel (quatre) ou à titre de travailleurs autonomes (deux). Près de 25 % des immigrants étaient au chômage et à la recherche d’un emploi (cinq). Les autres étaient soit sans emploi, mais ne cherchaient pas de travail (trois), soit étudiants (deux) ou personnes au foyer (deux).

Nous avons également demandé aux immigrants si leur situation professionnelle avait changé en raison de la pandémie. La majorité d’entre eux (19) n’ont signalé aucun changement dans leur situation professionnelle. Une personne qui avait un emploi à temps partiel avant la pandémie s’est retrouvée au chômage et cherchait du travail. Une autre personne a mentionné que son mari avait travaillé avant la pandémie de COVID-19 pour avoir un revenu supplémentaire, mais qu’il avait complètement cessé de travailler lorsque la pandémie a commencé.

Sur les 21 immigrants interrogés, cinq ne connaissaient pas ou ne voulaient pas divulguer le revenu mensuel de leur ménage avant impôts et déductions. Les 16 autres immigrants ont déclaré le revenu mensuel de leur ménage avant impôts et déductions comme allant de 240 $ à 7 500 $. Le revenu mensuel moyen avant impôts et déductions était de 2 602,69 $ et le revenu mensuel médian avant impôts et déductions était de 2 233,50 $.