Un examen qualitatif des problèmes d’ordre juridique graves auxquels se heurtent les immigrants dans les agglomérations de Victoria et de Vancouver (Colombie-Britannique)
Méthodologie
Termes employés dans l’étude
Les termes employés dans l’étude suivent les conventions utilisées par Statistique Canada et Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).
- Immigrant : Une personne qui est, ou qui a déjà été, un immigrant reçu ou résident permanent. Il s’agit d’une personne à qui les autorités de l’immigration ont accordé le droit de résider au Canada en permanence. Les immigrants qui ont obtenu la citoyenneté canadienne par naturalisation sont compris dans ce groupe (Statistique Canada 2019).
Ce groupe comprend des personnes issues d’un grand éventail de contextes d’immigration : (Conseil canadien pour les réfugiés 2010) :
- Réfugié ou personne protégée : Une personne qui a dû fuir la persécution et qui se trouve à l’extérieur de son pays d’origine. Une personne protégée est une personne réputée exposée à un risque de persécution dans son pays d’origine.
- Immigrants de la catégorie économique : Une catégorie d’immigrants sélectionnés pour leurs compétences et leur capacité à contribuer à l’économie canadienne et qui se voient accorder le statut de résident permanent à leur arrivée.
- Catégorie du regroupement familial : Une catégorie de personnes qui ont été parrainées par un membre de leur famille en vue de leur immigration au Canada et de l’obtention du statut de résident permanent.
- Citoyen naturalisé : La naturalisation est le processus par lequel les immigrants acquièrent la citoyenneté canadienne.
Dans le présent document, la catégorie spécifique d’immigration sera mentionnée si cela s’avère utile. Lorsque la catégorie spécifique n’est pas précisée, le terme « immigrant » désigne l’ensemble des catégories susmentionnées.
Le présent document fera également référence à une autre catégorie d’immigration :
- Résident temporaire : Un étranger qui vit légalement au Canada pendant une courte période. Les résidents temporaires comprennent les étudiants étrangers, les travailleurs étrangers et les visiteurs, comme les touristes.
Dans le présent rapport, le terme « résident temporaire » sera employé uniquement en lien avec les travailleurs étrangers ou les étudiants étrangers. Il arrive souvent que les résidents temporaires aient moins accès aux services. Par exemple, sauf quelques exceptions, les organismes d’aide à l’établissement financés par le gouvernement fédéral peuvent seulement aider les résidents permanents dans leurs efforts d’établissement et ne peuvent pas offrir autant de services aux étudiants étrangers ou aux travailleurs étrangers temporaires qu’aux résidents permanents. Les visiteurs n’étaient pas visés par l’étude.
Contexte entourant l’étude
L’étude a débuté au cours de l’été 2020 tandis que le monde apportait des changements radicaux soudains aux méthodes de travail et aux habitudes de vie en raison de la pandémie de COVID-19. La première série d’entrevues a été tenue en juillet 2020 tandis que le nombre de cas actifs de COVID était faible (300 cas). Les gens avaient alors connu la fermeture et la réouverture prudente des écoles et des entreprises, le passage au télétravail pour de nombreux employés, les règles de distanciation physique et la nécessité d’apprendre à utiliser les applications de vidéoconférence. L’industrie de l’accueil, soit une industrie qui emploie traditionnellement quantité d’immigrants, a été particulièrement touchée et a enregistré un grand nombre de pertes d’emplois (CBC News 2020). Les immigrants en Colombie-Britannique qui sont arrivés au cours des dix dernières années étaient plus susceptibles de perdre leur emploi pendant la pandémie, les pertes d’emploi étant trois fois plus élevées chez les immigrants que les non-immigrants (Ivanova 2020). Durant l’automne, lorsque la deuxième série d’entrevues a eu lieu, les restrictions ont été rétablies en raison de la hausse des cas de COVID-19, ceux-ci ayant atteint un sommet de 10 000 cas actifs en décembre 2020 (CBC News 2021). Toutes les entrevues ont été menées par Zoom (conférence virtuelle) ou, dans quelques cas, par téléphone.
Procédure
En tout, entre juillet et novembre 2020, 22 entrevues virtuelles ont été réalisées auprès d’immigrants vivant dans la région métropolitaine de Victoria (11 entrevues) et à Vancouver (11 entrevues). Pour inviter les participants, un appel à la participation a été diffusé par divers canaux. Dans la région métropolitaine de Victoria, les immigrants ont été recrutés par l’intermédiaire de l’Inter-Cultural Association of Greater Victoria (ICA), du Community Partnership Network (CPN) de l’ICA et du Greater Victoria Local Immigration Partnership (GVLIP)Note de bas de page 4. Les partenaires communautaires ont été encouragés à transmettre l’information concernant le recrutement, ce que beaucoup d’entre eux ont fait. À Vancouver, les participants ont été recrutés par le truchement du fournisseur local de services d’aide à l’établissement, soit l’organisme MOSAIC, de la Immigrant Services Society of BC (ISSofBC), de la Immigration and Refugee Legal Clinic (IRLC) et du Vancouver Immigration PartnershipNote de bas de page 5. La majeure partie du recrutement s’est faite par les médias sociaux, par l’envoi de courriels directs ou sur des forums Internet. L’information sur le recrutement indiquait clairement que, sur demande, des services de traduction seraient fournis pendant l’entrevue.
Les participants potentiels se sont vu demander de répondre à un court sondage où nous leur demandions leurs coordonnées (numéro de téléphone et/ou adresse courriel) et quelques faits démographiques qui nous aideraient à voir à ce que les participants retenus proviennent d’un éventail d’horizons (genre, âge, région de résidence actuelle, catégorie d’immigration, pays d’origine et année d’arrivée, niveau de scolarité et emploi, et problème juridique rencontré). Les participants n’étaient pas astreints à fournir ces renseignements démographiques initialement pour être admissibles à participer. Au total, 38 participants potentiels ont répondu à l’invitation et ils ont tous rempli le sondage initial. Chacun d’entre eux a été contacté, et des entrevues ont été organisées avec 22 personnes.
Le recrutement des participants s’est avéré plus difficile que prévu, une situation potentiellement attribuable à la nature délicate du sujet, au fait que la brochure était disponible en anglais seulement et au fait que l’étude a été entreprise au début de la pandémie de COVID-19 et que de nombreux bureaux et services n’offraient plus de services en personne. Des 38 participants potentiels, 13 n’ont jamais répondu à la demande de planification d’une entrevue, 1 n’avait pas fourni toutes les coordonnées nécessaires, et 2 ont répondu après coup qu’ils n’auraient pas le temps de prendre part à une entrevue. De ceux qui n’ont jamais répondu, 5 avaient mentionné qu’ils auraient besoin d’un interprète pour participer. Il se peut que le fait que l’information de suivi envoyée était en anglais ait nui à leur capacité à répondre et à planifier une entrevue. Des efforts de recrutement ont été déployés à maintes reprises pendant cette période (de juillet à novembre 2020).
La plupart des entrevues ont été menées par Zoom par une seule intervieweuse, qui est elle-même une nouvelle arrivante. Dans un cas, un interprète professionnel était également présent. Toutes les entrevues ont été enregistrées avec la permission des participants afin qu’il soit possible de faire des vérifications et d’obtenir des citations après coup. Deux entrevues ont été réalisées au téléphone, la première parce que la connexion Zoom a été interrompue au milieu de l’entrevue, et la seconde parce que la personne interviewée a dit souhaiter que l’entrevue se fasse par téléphone.
Des 22 entrevues, un participant s’est retiré, et un autre a été exclu de l’analyse parce qu’il ne prenait pas part à une expérience de première main. Le présent rapport repose sur les 20 autres entrevues.
Les entrevues étaient semi-structurées et suivaient un guide d’entrevue prévoyant des questions principales et des questions de suivi (voir l’annexe 1). Les questions portaient sur les types de problèmes juridiques graves, sur les stratégies employées pour résoudre ces problèmes, sur l’état actuel de ces problèmes et sur les conséquences économiques, sociales et en matière de santé découlant de la nécessité de gérer des problèmes juridiques graves. Dans beaucoup de cas, les participants ont commencé à parler sans que nous ayons à les encourager et ont continué de parler sans faire de pause; bon nombre d’entre eux ont fait savoir qu’ils voulaient simplement pouvoir raconter leur histoire et qu’ils avaient besoin d’être entendus. Dans les situations de ce type, l’intervieweuse les a laissés parler et a suivi le fil de leurs pensées. Une fois que le participant avait terminé de raconter l’essentiel de son histoire, l’intervieweuse ramenait doucement la conversation vers les questions plus structurées afin de s’assurer d’avoir abordé tous les grands points et obtenu des renseignements suffisamment clairs; dans certains cas, les participants ne se souvenaient pas de tous les détails ou de chaque date associée à une affaire. Pour cette raison, les entrevues n’ont pas toutes suivi le même ordre, et les questions incitatives n’ont pas toutes reçu une réponse aussi détaillée.
À la fin de chaque entrevue, les participants se sont vu poser une série de questions d’ordre démographique. Les entrevues ont duré entre une et deux heures, et tous les participants ont touché une rémunération de 30 $.
Les notes d’entrevue et les enregistrements audio ont été regroupés en grands thèmes. Des thèmes ont été établis pour chacune des sections principales de l’entrevue :
- Les types de problèmes et les principaux facteurs contribuant aux problèmes;
- Les stratégies de résolution des problèmes;
- Les obstacles perçus à la justice et les résultats;
- Les répercussions économiques, sociales et en matière de santé des problèmes juridiques sur la vie des participants.
Description des participantsNote de bas de page 6
- Genre et âge : 10 participants se sont identifiés comme femme, et 10 comme homme; aucun ne s’est identifié comme ni l’un ni l’autre. Les participants avaient entre 26 et 62 ans, pour un âge moyen de 38 ans. La moitié des participants étaient dans la trentaine.
- Catégorie d’immigration : La plupart des participants ont immigré au Canada à titre d’immigrant de la catégorie économique (neuf) ou grâce au parrainage familial (sept). Les autres immigrants ont été des réfugiés (deux) ou sont arrivés en tant que résident temporaire (deux).
- Nombre d’années au Canada : En date de l’entrevue, les participants étaient au Canada depuis une période allant de 6 mois à 30 ans, pour une moyenne de 8,8 ans. Les participants ont été classés en deux groupes comme suit :
- Nouveaux arrivants (de 0 à 5 années) :9 participants
- Immigrants établis (6 années et plus)Note de bas de page 7 : 11 participants
- Pays de naissance et citoyenneté : La majeure partie des participants sont nés en Asie du Sud, en Extrême-Orient ou en Asie du Sud-Est :
- Asie du Sud : Inde (six), Bangladesh (un) et Népal (un);
- Extrême-Orient et Asie du Sud-Est : Chine (un), Corée du Sud (un), Japon (un) et Malaisie (un);
- Amériques : Brésil (deux) et Mexique (un);
- Moyen-Orient et Afrique du Nord-Est : Oman (un) et Égypte (un);
- Afrique occidentale : Nigéria (deux);
- Europe : Ukraine (un).
- Race et ethnicité : La majorité des participants s’identifiaient comme Asiatiques du Sud (huit). Les autres s’identifiaient comme Latino-Américains (trois), comme Noirs d’origine africaine (deux), comme Arabes (deux), comme Chinois (un), comme Japonais (un), comme Coréen (un), comme Asiatique du Sud-Est (un) et comme Blanc (un).
- État matrimonial : 50 pour cent des participants étaient mariés (10), 30 pour cent étaient séparés (4) ou divorcés (2), et 20 pour cent étaient célibataires et n’avaient jamais été mariés. En moyenne, le ménage des immigrants comptait 2,3 personnes (fourchette = de 1 à 6).
- Compétences linguistiques : De nombreux participants ont fait savoir qu’ils parlent plusieurs langues à domicile, l’une d’entre elles étant souvent l’anglais (13). Parmi les autres langues parlées à domicile figuraient l’hindi (deux), le malais (deux), le mandarin (deux), l’espagnol, le bengali, l’arabe, le portugais, le japonais et le népalais. Bon nombre de participants ont éprouvé de la difficulté à évaluer leurs propres compétences en anglaisNote de bas de page 8 et n’ont pas répondu à toutes les questions portant sur ce sujet. Pour cette raison, un seul chiffre général sur une échelle de 1 à 10 (« 1 » correspondant à aucune connaissance et « 10 » à une excellente connaissance) a été utilisé pour désigner leurs compétences linguistiques. La plupart des participants se sont attribué une cote de 7 ou 8 (Moyenne : 8,1, la fourchette allant de 4 à 10). Deux interviewés ont demandé un traducteur, mais seulement un des deux y a finalement eu recours. Seulement quatre immigrants ont dit avoir des compétences en français, s’attribuant une cote de 1, 2 ou 3; un s’est attribué une cote de 6.
- Niveau de scolarité, travail et revenu : La plupart des interviewés ont dit posséder un baccalauréat (14), cinq étaient titulaires d’un grade supérieur, et un a rapporté ne pas avoir un diplôme d’études secondaires. La majeure partie des participants travaillaient à temps plein (10) ou à temps partiel (3). Six participants étaient sans emploi et cherchaient du travail (quatre), étaient retournés aux études (un) ou étaient bénéficiaires de l’aide aux personnes handicapées (un). La majorité des participants (19) n’ont signalé aucun changement dans leur statut d’emploi depuis le début de la pandémie. Un participant qui avait un emploi à temps plein avant la pandémie a dit, au moment de l’entrevue, qu’il travaillait à temps partiel. Plusieurs personnes qui étaient à la recherche d’un emploi ont affirmé qu’il était plus difficile d’en trouver un en raison de la pandémie. Le revenu annuel moyen des participants était de 47 389 $, la fourchette allant de 90 000 $ à 15 000 $. Deux participants ont préféré ne pas divulguer leur revenu. La plupart des participants ont reconnu que ces chiffres étaient des estimations approximatives, et plusieurs ont éprouvé de la difficulté à estimer leur revenu.
Figure 1 : Profil démographique des participants (sélection)

Figure 1 : Profil démographique des participants (sélection) – Version texte
Il s’agit d’une infographie. Sur la ligne du haut, il y a deux graphiques en courbes : le premier est intitulé « Genre » et présente une courbe dont la moitié est verte avec le chiffre 10. La légende indique « Femme ». L’autre moitié de la courbe est orange avec le chiffre 10 et la légende indique « Homme ».
Le deuxième graphique en courbes est intitulé « Âge ». Le premier segment de couleur est vert et indique 2. La légende indique qu’il représente les participants âgés de 20 à 29 ans. Le segment de couleur suivant est orange et indique 10, ce qui correspond aux personnes âgées de 30 à 39 ans. Le segment de couleur suivant est rouge et indique 4, ce qui correspond aux personnes âgées de 40 à 49 ans. Le segment de couleur suivant est jaune et indique 2, ce qui correspond aux personnes âgées de 50 à 59 ans. Le dernier segment de couleur est violet et indique 1, ce qui correspond à une personne âgée de 60 à 69 ans.
La ligne suivante montre deux autres graphiques en courbes. Le premier est intitulé « Statut d’emploi ». Le premier segment est vert et indique 10. La légende indique « Temps plein ». Le prochain segment est orange et indique 3. La légende indique « Temps partiel ». Le prochain segment est rouge et indique 4. La légende indique « Sans emploi – cherche un emploi ». Le dernier segment est jaune et indique 3. La légende indique « Sans emploi – autre ».
L’autre graphique en courbes est intitulé « Niveau de scolarité ». Le plus grand segment est vert et indique 14. La légende indique « Baccalauréat ». Le prochain segment est orange et indique 5. La légende indique « Maîtrise ou doctorat ». Le dernier segment est jaune et indique 1. La légende indique « Sans diplôme d’études secondaires ».
Sur la ligne du bas, il y a deux graphiques circulaires. Le premier est intitulé « Race ». Le plus grand segment est vert et indique 8. La légende indique « Asiatique du Sud ». Le prochain segment est violet et indique 4. La légende indique « Asiatique oriental ou du Sud-Est ». Le prochain segment est orange et indique 3. La légende indique « Latino-Américain ». Le prochain segment est rouge et indique 3. La légende indique « Noir d’origine africaine ». Le prochain segment est vert lime et indique 2. La légende indique « Arabe ». Le dernier segment est orange pâle et indique 1. La légende indique « Blanc ».
Le deuxième graphique circulaire est intitulé « Catégorie d’immigration ». Le plus grand segment est vert et indique 9. La légende indique « Immigrant de la catégorie économique ». Le prochain segment est orange et indique 7. La légende indique « Parrainage familial ». Le prochain segment est rouge et indique 2. La légende indique « Réfugié ». Le dernier segment est jaune et indique 2. La légende indique « Résident temporaire ».
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