Instabilité du financement des organisations dirigées par des personnes noires
Le déficit de financement est particulièrement marqué pour les organisations dirigées par des personnes noires et au service des communautés noires, celles en qui les personnes noires ayant survécu à la violence armée et les familles endeuillées par un homicide ont confiance et vers lesquelles elles se tournent pour obtenir de l’aide. Les organisations dirigées par des personnes noires, celles qui sont fondées, gouvernées et exploitées par des personnes noires ayant de profondes racines dans les communautés qu’elles servent, n’ont reçu que 0,03 % de l’ensemble du financement accordé par les fondations philanthropiques, soit les subventions et dons provenant de fondations privées ou communautaires plutôt que de sources gouvernementales, au cours des exercices 2017–2018 et 2018–2019 (Pereira et coll., 2020). Les organisations au service des personnes noires, qui comprennent les principaux fournisseurs de services aux victimes et les organisations communautaires qui servent une clientèle noire sans être nécessairement dirigées par des personnes noires, n’ont reçu que 0,15 % de ce financement pendant la même période (Pereira et coll., 2020). Ces chiffres témoignent d’un phénomène plus large de sous-financement chronique qui touche l’ensemble des sources de financement et qui exige une attention urgente de la part de tous les ordres de gouvernement. À la suite d’une perte ou d’une blessure causée par la violence, les personnes noires touchées par la violence armée et les familles et amis endeuillés par un homicide veulent un soutien relationnel ancré dans la communauté. Ils se tournent de façon constante vers leurs réseaux de confiance, les communautés spirituelles et les organismes dirigés par des personnes noires, qu’ils considèrent comme étant plus sécuritaires et mieux en mesure de comprendre les multiples dimensions de leurs expériences (Sharpe, 2008; Sharpe et coll., 2025). Il est essentiel que les investissements aillent non seulement aux organisations dirigées par des personnes noires, mais aussi aux fournisseurs traditionnels de services aux victimes qui sont prêts à élaborer, en collaboration réelle avec les communautés noires, des pratiques adaptées à la culture. Il s’agit ainsi de veiller à ce que les personnes qui offrent les services disposent de la formation, des relations et des mécanismes de responsabilité nécessaires pour servir avec compétence et sensibilité les personnes noires touchées (Jeffers, 2023; Sharpe et coll., 2025). Lorsque les programmes sont contraints de réduire ou de cesser leurs activités en raison d’un financement instable, les parcours de guérison déjà établis sont interrompus, les traumatismes s’aggravent et les intervenants et intervenantes de première ligne, qui sont souvent eux-mêmes des survivants et survivantes, se retrouvent démoralisés et privés du soutien structurel dont ils ont besoin. Le recensement de ces initiatives ainsi que la mise en place de sources de financement durables et suffisantes, tant pour les organisations dirigées par des personnes noires que pour les organisations traditionnelles ayant reçu une formation en compétence culturelle, est une condition fondamentale de toute stratégie sérieuse visant à soutenir, partout au Canada, les personnes noires ayant survécu à la violence armée et celles endeuillées par un homicide.
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