Services policiers, surveillance et violence de l’État

Les pratiques policières ont contribué à institutionnaliser la surveillance des populations noires. Cette dynamique s’est manifestée à travers les milices esclavagistes, puis les lois sur le vagabondage et la prostitution qui criminalisaient la présence des femmes noires dans les lieux publics, avant de s’étendre aux politiques de prohibition des drogues déployées dans des quartiers déjà soumis à une surveillance policière excessive (Maynard, 2025). L’effet cumulatif est la mise en place d’un système qui produit les preuves servant à confirmer ses propres présupposés : en concentrant son attention sur certains groupes et certains lieux, il génère des résultats statistiques qui justifient un ciblage accru. Cette logique autoréalisatrice renforce le traumatisme des personnes touchées lorsque les institutions chargées de la protection et de la sécurité sont perçues comme des acteurs d’humiliation et de préjudice. En nourrissant la méfiance, en limitant la coopération avec les enquêteurs et en contribuant à la baisse des taux d’élucidation, ces schémas de surveillance et d’intervention policières influencent le contexte contemporain des homicides et compromettent l’accès à la justice des victimes noires. Ensemble, ces histoires montrent comment les institutions canadiennes ont associé les personnes noires à la dangerosité tout en invisibilisant leur victimisation. Elles éclairent aussi la persistance d’une méfiance, ancrée dans des précédents juridiques et politiques documentés, qui continue d’influencer les signalements, l’élucidation des homicides et le recours aux services. La suite de l’analyse porte sur la façon dont ces présupposés concernant la reconnaissance des victimes continuent de façonner l’expérience des personnes noires touchées par la violence armée et des personnes endeuillées par un homicide.