Représentations médiatiques

Les discours médiatiques influencent également la perception qu’a le public de ces phénomènes. La couverture médiatique des fusillades survenant dans les quartiers noirs présente souvent la violence comme un problème interne à ces communautés, en mettant l’accent sur la criminalité, les gangs ou des caractéristiques individuelles pathologiques plutôt que sur les trajectoires historiques de déplacement forcé, la pauvreté et l’inégalité en matière de protection (Collins, 2014; Sharpe et Aqil, 2025). La manière dont les médias présentent certains phénomènes sous un angle racisé influence l’opinion publique et oriente les priorités politiques, notamment en favorisant des mesures répressives au détriment de stratégies communautaires axées sur la prévention (Entman et Rojecki, 2001; Gilchrist, 2010). Les familles des victimes noires d’homicide rapportent souvent que la couverture médiatique minimise l’humanité de leurs proches ou fait circuler des renseignements non confirmés sur de possibles liens avec la criminalité, contribuant ainsi à leur marginalisation dans un contexte de deuil profond (Sharpe, Bailey et coll., 2024). Cette dynamique se manifeste également dans les espaces numériques et les médias sociaux. Les jeunes noirs et les familles noires touchés par un homicide ou par la violence armée y sont de plus en plus confrontés à du contenu graphique, au deuil public et à des conflits en ligne qui accentuent les traumatismes. Les services de soutien traditionnels, comme le counseling, la défense des droits des victimes et les programmes communautaires, demeurent toutefois mal adaptés aux préjudices propres à ces environnements, notamment la diffusion virale d’images violentes, l’humiliation publique et les conflits en ligne en temps réel (Patton et coll., 2016). La tendance à attribuer aux victimes noires de la violence armée une part de responsabilité dans les préjudices qu’elles subissent ne se limite pas aux médias traditionnels. Elle imprègne également les réponses institutionnelles et façonne la manière dont les systèmes de santé, les tribunaux et les fournisseurs de services évaluent et priorisent les besoins des personnes noires touchées par la violence armée et des proches de victimes d’homicide (Beard et coll., 2023; Richardson et coll., 2016). Richardson et coll. (2016) ont constaté que les hommes noirs ayant survécu à une blessure par balle étaient souvent perçus par les prestataires de soins comme étant responsables de la violence subie, voire comme l’ayant méritée, plutôt que comme des victimes ayant besoin de soins. Cette façon de voir influence la qualité et la continuité des services reçus et s’inscrit dans la même logique de minimisation que celle documentée dans les médias. Ensemble, ces formes de préjudice véhiculé aggravent les obstacles structurels auxquels font face les personnes noires touchées par la violence armée et les familles endeuillées par un homicide, la stigmatisation étant ainsi reproduite dans les systèmes et les discours publics dont dépend leur parcours de rétablissement.