Complexité de la relation entre l’auteur et la victime
Les défis auxquels sont confrontées les victimes qui se trouvent dans une situation de traite sont illustrés dans l’affaire de la Cour supérieure de l’Ontario de 2018, R v Lopez, 2018 ONSC 4749. Dans cette cause type, la victime de la traite des personnes à des fins d’exploitation sexuelle était une femme de 19 ans (la plaignante). M. Lopez (le délinquant) est devenu son petit ami et peu après elle a suggéré qu’elle s’adonne au commerce du sexe et que M. Lopez agisse comme son gérant. Ils se sont mis d’accord sur un partage des bénéfices et elle croyait fermement que cet arrangement commercial renforcerait leur relation globale et que son petit ami apprécierait l’argent. À l’époque, la plaignante était émotionnellement attachée à lui et elle pensait que l’argent le retiendrait. En quelques semaines, le partage des bénéfices s’est détérioré, et M. Lopez a conservé les gains hebdomadaires de 1 000 $ à 2 000 $ et n’a fourni à la plaignante que le minimum vital. En quelques mois, la relation s’est encore détériorée. La victime devait alors travailler jusqu’à ce que M. Lopez pense qu’elle avait gagné assez d’argent. Si la plaignante ne voulait pas travailler, il lui disait qu’il serait violent. Il la giflait, la menace et la punissait de plus en plus à ce stade. M. Lopez a même été accusé d’agression avec une arme, mais la plaignante l’aimait encore et elle était particulièrement désemparée chaque fois qu’il avait des relations ou voyageait avec d’autres femmes. Lorsque M. Lopez est parti en vacances en République dominicaine avec une autre femme, la plaignante s’est sentie blessée, contrariée et trahie. Elle a finalement décidé qu’elle en avait fini avec lui, mais s’inquiétait qu’elle ne puisse pas se débarrasser de M. Lopez et elle est allée à la police.
La déclaration de la victime a révélé que celle-ci était amoureuse de M. Lopez, mais il lui avait pris tout ce qu’elle avait sur le plan émotionnel et financier. Elle pensait qu’elle aurait toujours peur, qu’elle serait sur ses gardes et qu’elle ne serait plus jamais capable de forger une relation normale parce qu’elle serait incapable de faire confiance à qui que ce soit.
Il existe de nombreuses façons dont une victime peut être impliquée dans une situation de traite. Les trafiquants utilisent différentes stratégies pour piéger les victimes : les auteurs de ces actes peuvent recourir à des tactiques aversives comme le chantage, la violence, l’enlèvement et le fait de forcer ou de tromper une victime à se droguer (Baird et Connolly, 2021). D’autres méthodes peuvent ressembler à ce qui s’est produit dans l’affaire R v Lopez, où la plaignante a décrit une dynamique avec l’accusé qui consistait en une combinaison d’implication émotionnelle et romantique, ainsi que de coercition et de violence physique. Des entrevues approfondies de Kennedy et ses collègues (2007) concernant d’anciens fournisseurs de services sexuels, des agents de l’escouade des mÅ“urs, des travailleurs sociaux, des parents de fournisseurs de services sexuels et des femmes activement impliquées dans le commerce du sexe ont révélé que les trafiquants qui utilisent une combinaison d’abus et d’affection sont en mesure de manipuler les victimes bien mieux que s’ils recouraient simplement à la violence. On constate que la violence n’évoque que peu de loyauté de la part des victimes, alors que l’affection et l’attention intermittentes peuvent soutenir une relation perçue.
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