Techniques de désamorçage

Lorsqu’un agent reconnaît qu’une victime est effrayée ou qu’elle se sent accablée, il peut prendre des mesures pour ramener la personne au moment présent en utilisant des techniques de prise de conscience (Ostad‑Hashemi, 2017). Les techniques de prise de conscience sont surtout utiles pour les réactions dissociatives et peuvent comprendre la possibilité de permettre à la victime de se promener (p. ex. dans le hall du poste de police ou à l’extérieur), de se laisser entraîner dans des exercices tactiles comme rouler une balle ou un stylo entre les doigts, ou de fixer un minuteur pendant l’entrevue pour aider à réorienter la victime et à interrompre les symptômes dissociatifs (Koucky et coll., 2012).

Des exercices de respiration peuvent également être utilisés pour réduire le stress et l’anxiété en déjouant la réponse du corps au stress. Les symptômes aigus d’anxiété et de panique ont un lien biologique avec la réponse de l’organisme au stress. Les symptômes d’anxiété et de panique provoquent une augmentation des catécholamines qui mènent à l’hyperventilation. Lorsqu’une personne hyperventile, elle exhale une quantité excessive de dioxyde de carbone. Cela entraîne une alcalose respiratoire aiguë et une baisse de la pression artérielle partielle du dioxyde de carbone et de l’élévation du pH (Derrick et coll., 2019).

Une version modifiée d’un protocole d’exercice simple décrit par Sürücü et coll. (2021) est une technique facile que les agents peuvent utiliser pour aider les victimes à se sentir à l’aise ou calmer une victime qui commence à hyperventiler. D’abord, demandez à la victime de s’allonger ou de s’asseoir dans une pièce tranquille et de ne pas bouger ou parler. Ensuite, pendant environ 15 minutes, demandez-lui de faire des cycles de 10 secondes d’inhalation pendant cinq secondes et d’expiration pendant cinq secondes en utilisant la respiration diaphragmatique (c.-à-d. la respiration du ventre).

Un autre exercice de respiration apaisant consiste à faire s’asseoir ou s’allonger la victime dans un environnement sans distraction et, en respirant de l’abdomen, lui demander d’inhaler lentement par le nez pendant cinq secondes, retenir son souffle pendant cinq secondes, puis exhaler pendant cinq secondes. La victime doit alors prendre deux respirations au rythme normal, puis répéter le cycle entier pendant trois à cinq minutes. Les deux techniques de respiration sont efficaces pour arrêter une réaction de panique et prévenir l’hyperventilation (Bourne, 2015).

La musique calmante est aussi un outil très efficace pour augmenter la relaxation, mais est rarement utilisée dans l’environnement policier. Un grand nombre d’études diversifiées, y compris les méta-analyses, ont démontré l’efficacité de la musique pour aider les gens à se calmer et à se libérer du stress et de l’anxiété. Un examen de 22 Ã©tudes quantitatives réalisées par Pelletier (2004) a révélé que la musique à elle seule diminuait considérablement les niveaux d’excitation. Un examen systématique de 18 Ã©tudes avec un total de 1 301 participants par Fu et coll. (2019) a permis de constater que l’utilisation de la musique au moment de la chirurgie réduisait la sécrétion de cortisol neuroendocrinien au moment de la chirurgie. De plus, une méta‑analyse de Harney et coll. (2022) a inclus 21 Ã©tudes contrôlées qui ont démontré que l’écoute de la musique était une technique efficace pour réduire l’anxiété chez divers participants (p. ex. détenus, femmes enceintes, personnes âgées, élèves du secondaire et victimes d’AVC). Compte tenu de la simplicité et du rapport coût-efficacité de cette approche, la musique apaisante pourrait être utilisée dans les halls des postes de police, les couloirs, les salles d’entrevue et éventuellement pendant les appels pour s’assurer qu’au moins une technique de réduction de l’anxiété est disponible pour soulager les victimes traumatisées.