Établissement de liens avec les victimes
Il y a peu de débats sur le fait que l’établissement de liens est un moyen efficace d’améliorer la qualité d’une entrevue. Il peut également accroître la quantité de renseignements dont se souvient la victime. Les souvenirs des témoins sont fragiles et les souvenirs personnels uniques d’un événement peuvent nécessiter une concentration intense et un effort cognitif intense pour les traiter (Nahouli et coll., 2021). L’un des principaux avantages de l’établissement de liens est qu’il soulage certaines des exigences sociales de l’entrevue et peut améliorer les processus cognitifs, comme la mémoire épisodique (c.-à -d. la mémoire des événements quotidiens). Les témoins à l’aise seront plus coopératifs et seront mieux en mesure de se souvenir des événements, augmentant ainsi la précision de l’entrevue (Nahouli et coll., 2021).
Il existe de nombreux cadres pour l’établissement de liens, y compris le modèle Tickle-Degnen et Rosenthal, qui peuvent être utilisés pour développer et maintenir des liens pendant les entrevues de police. Ce modèle se concentre sur trois éléments essentiels : (1) attention mutuelle, (2) positivité et (3) coordination. Les personnes qui ont un lien fort développent la cohésion par des expressions d’attention mutuelle et de reconnaissance de l’autre – il y a un intérêt mutuel dans les mots ou les histoires de l’autre. L’attention mutuelle crée l’interaction cohésive entre deux personnes (Tickle-Degnen et Rosenthal, 1990). Pour développer l’attention mutuelle, les agents peuvent utiliser des réponses en arrière-plan, comme « Mmm », reconnaître des choses, comme « Ok », paraphraser la personne interrogée (p. ex. répéter ce que la victime a dit), ou désigner des émotions en disant quelque chose comme « Je vois que vous êtes contrarié » (Collins et Carthy, 2018).
La positivité est la deuxième composante, où les personnes concernées par l’interaction se sentent amies et bienveillantes (Tickle-Degnen et Rosenthal, 1990). Pour développer la positivité, les agents peuvent utiliser l’empathie (p. ex. « Je peux comprendre pourquoi vous vous sentez en colère »). Par-dessus tout, les agents devraient être polis et amicaux. Ils devraient utiliser le nom de la victime et la rassurer au besoin. Si la situation l’exige, l’humour peut aussi être utile pour créer de la positivité (Collins et Carthy, 2018).
Le troisième volet, la coordination, vise l’harmonie avec la victime, un équilibre dans la relation, la régularité et la prévisibilité (Tickle-Degnen et Rosenthal, 1990). L’accord est important à ce stade. Des phrases comme « Oui, exactement » créent une coordination. La crédibilité est également essentielle à la création d’une coordination. Par exemple, les agents peuvent expliquer qu’ils ont dix ans d’expérience dans le domaine d’enquête et cinq ans dans la traite des personnes. Il est également important d’expliquer les procédures et les processus afin de développer la coordination. Si la victime souhaite poursuivre son exploiteurNote de bas de page 4, il est important d’expliquer le processus en détail. Par exemple, « Vous serez enregistré audio et vidéo », « mon partenaire prendra des notes pendant que je parlerai », « vous pouvez arrêter l’entrevue à tout moment ». Enfin, il est important de se familiariser avec la salle d’entrevue. Un agent peut décrire les caméras dans la pièce, par exemple, où elles pointent et où se trouve la toilette.
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