Techniques d’entrevue
L’entrevue cognitive (EC) est la référence, l’approche recommandée pour recueillir les renseignements les plus exacts auprès des victimes. Des recherches empiriques ont démontré qu’elle améliore considérablement l’exactitude des détails rappelés, avec seulement une légère augmentation des détails incorrects (Memon et coll., 2010); cependant, il est important de noter que les recherches sur l’utilisation de l’EC et les événements traumatiques sont encore rares.
L’entrevue cognitive peut être utilisée dans un éventail de circonstances. Une étude de Dodier et coll. (2021) a porté sur la pertinence de la technique d’EC pour les souvenirs dans les collisions routières. Cinquante‑six personnes impliquées dans une collision ont été interviewées avec la technique de l’EC ou une technique d’entrevue témoin. L’étude a confirmé que les sujets qui ont participé à l’entrevue cognitive se rappelaient plus de détails que ceux qui ont participé à l’entrevue témoin. Une étude de Crossland et de ses collègues (2020) comparant des personnes dans divers états d’intoxication a révélé que l’entrevue cognitive améliorait l’exactitude et l’exhaustivité des souvenirs dans les trois situations de consommation d’alcool. Une étude de Wyman (2019) visait à évaluer les méthodes pour améliorer la crédibilité des témoins oculaires enfants. Wyman a examiné l’efficacité de l’entrevue cognitive avec les populations d’enfants typiques et atypiques (c.-à -d. les enfants ayant ou non des déficiences intellectuelles). Wyman a découvert que les enfants qui ont participé à l’entrevue cognitive fournissaient plus de mots, de détails de transgression et de révélations que les enfants qui ont participé à l’entrevue standard. Une étude récente de Goldfarb et coll. (2022), qui a examiné l’entrevue cognitive avec des adultes (N = 115) qui ont subi des mauvais traitements pendant l’enfance, a démontré que l’EC a amélioré les récits de souvenirs.
L’EC se compose de quatre techniques principales de remémoration et de communication. La première est la réintégration dans le contexte où l’on demande à la victime de reconstruire le contexte physique et personnel au moment des événements. La seconde consiste à encourager la victime à rapporter tout ce qu’elle peut se rappeler, que son souvenir soit complet ou non. Troisièmement, différents indices de remémoration sont utilisés pour accéder à différents aspects de l’incident; par exemple, on peut leur demander de se souvenir de l’événement de leur point de vue ou de celui de quelqu’un d’autre. Pour la quatrième technique, on demande aux victimes de se souvenir de l’incident dans différents ordres temporels : à partir du début, à partir de la fin pour revenir au début, ou à partir du milieu (Memon et coll., 2010).
Une autre technique d’entrevue qui attire l’attention est connue sous le nom d’entrevue judiciaire lors de traumatisme expérientiel (EJTE). Les stratégies de l’EJTE ont été élaborées tout en gardant à l’esprit la neurobiologie et le fonctionnement cognitif des victimes d’agression, et les organismes doivent payer un droit de licence pour l’utiliser.
Le but de l’EJTE est de recueillir des renseignements plus exacts dans un environnement moins stressant, et le protocole proposé commence par reconnaître l’expérience traumatisante de la victime. On conseille également aux enquêteurs d’examiner la victimisation des traumatismes en posant des questions comme « Y a-t-il quelque chose que vous ne pouvez pas oublier? » ou « Quelle a été l’expérience la plus difficile pour vous? » (Preston, 2016). Toutefois, l’EJTE n’est pas universellement reconnue comme protocole d’entrevue en raison d’un manque d’éléments probants empiriques à l’appui de son efficacitéNote de bas de page 5, de son statut non prouvé devant un tribunal et de son caractère exclusif. Un rapport de l’armée de l’air américaine au comité des services armés de la Chambre et du Sénat, qui comprenait des recherches et des consultations exhaustives auprès de multiples experts en la matière, recommandait en grande majorité l’entrevue cognitive plutôt que l’EJTE. Le rapport confirme que l’entrevue cognitive est une méthode d’entrevue validée empiriquement et appuyée par la recherche scientifique (Ray, 2015).
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