Services policiers dans une société diversifiée
À mesure que les connaissances sur la victimisation, les traumatismes et les valeurs sociales progressent, les policiers doivent être prêts à définir les victimes et à interagir différemment avec elles. Des sujets comme la situation des autres personnes, leurs besoins et leurs craintes, aideront à guider la police dans le rôle unique qu’elle occupe. Les victimes de la traite des personnes peuvent être de n’importe quelle ethnie, race, sexe ou affiliation, mais la plupart ont connu une ou plusieurs formes de marginalisation et/ou de traumatisme.
Autochtones
Les effets sur les peuples autochtones des valeurs, des lois, des politiques et des systèmes coloniaux qui n’ont pas été entièrement démantelés sont profonds et ont conduit au racisme et à la marginalisation économique et sociale. Avant l’arrivée des explorateurs européens au Canada, les peuples autochtones étaient déjà bien établis ici, puisqu’ils habitaient en Amérique du Nord depuis des milliers d’années. La première colonie européenne en Amérique du Nord, L’Anse aux Meadows, a marqué le début de changements radicaux pour les peuples autochtones. Au XVIe siècle, les Européens considéraient l’Amérique du Nord comme une richesse de ressources à exploiter. Au XVIIe siècle, un établissement à grande échelle a été intervenu, et les peuples autochtones ont dû s’adapter rapidement à de nouvelles formes de commerce pour obtenir un éventail de biens recherchés. Un conflit important sur la traite des fourrures a conduit à la signature du premier traité au début du XVIIIe siècle. Dans les années 1830, les peuples autochtones cédaient de plus en plus de terres et, parce que les colons considéraient la société et la culture britanniques comme supérieures, des projets d’assimilation des peuples autochtones commençaient. En 1857, l’administration britannique a adopté la Gradual Civilization Act qui accorde 50 acres de terres et d’argent aux peuples autochtones qui sont alphabétisés et sans dette et qui ont abandonné leur mode de vie traditionnel (Affaires autochtones et Développement du Nord Canada, 2013).
En 1883, la politique des Affaires indiennes visait à assimiler les peuples autochtones au moyen des pensionnats. Cent trente-deux pensionnats ont été établis partout au Canada (Affaires autochtones et Développement du Nord Canada, 2013), et 150 000 enfants ont été expulsés de force de leur foyer pour aller dans ces écoles entre 1870 et 1996 (Thorne et Moss, 2022). En 2021, des tombes non marquées de 215 enfants autochtones ont été découvertes près de la Kamloops Indian Residential School en Colombie-Britannique (Thorne & Moss, 2022). Beaucoup d’autres tombes ont été découvertes depuis.
Les répercussions de la colonisation – le manque de débouchés économiques, les traumatismes générationnels, le déplacement d’enfants vers les organismes de protection de l’enfance et l’effondrement des liens communautaires – persistent dans la société d’aujourd’hui et continuent de laisser les populations autochtones du Canada marginalisées et vulnérables (Hodgins et coll., 2022).
Un examen approfondi de la documentation érudite sur la traite des femmes et des filles à des fins d’exploitation sexuelle au Canada a permis de cerner trois voies de traite des personnes à des fins d’exploitation sexuelle, toutes axées sur les inégalités systémiques. Les voies indiquées étaient : a) les effets de la colonisation, b) l’exploitation des immigrants et c) l’intervention du système de protection de l’enfance.
En raison de la marginalisation et du traumatisme intergénérationnel, les femmes autochtones sont plus susceptibles d’être exposées à la violence conjugale, à la toxicomanie et à la violence (Cui, 2021). En Colombie‑Britannique, les femmes autochtones sont surreprésentées dans les cas de personnes portées disparues où les enquêteurs n’ont pas été en mesure d’exclure les actes criminels (Cohen et coll., 2009). On croit également que la victimisation est sous-signalée dans ces communautés (Cui, 2021), et les fournisseurs de services sexuels risquent de devenir des cibles pour les tueurs en série en raison de la stigmatisation entourant le commerce du sexe (Cohen et coll., 2009).
Lorsqu’il est temps d’interviewer les Autochtones, les chercheurs qui étudient les victimes autochtones d’agression sexuelle suggèrent de mettre l’accent sur l’élément humain, plus précisément, pour que les victimes autochtones se sentent plus en sécurité et plus à l’aise. On conseille aux agents de police de répondre en temps opportun aux appels à l’aide, de développer des liens, de s’asseoir (plutôt que de se lever), de montrer de l’intérêt pour ce que les victimes révèlent et d’expliquer le processus en détail (Murphy-Oikonen et coll., 2022).
Collectivités racialisées et LGBTQ2S
Les victimes de la traite des personnes ne se limitent pas à un seul groupe. Apprendre à mieux servir les besoins des victimes et des collectivités, en particulier ceux qui se disent racialisés, autochtones, LGBTQ2S, exige un esprit ouvert et un désir de changement positif.
Depuis la montée du mouvement Black Lives Matter vers 2010, les tensions entre les collectivités racialisées et la police se sont concentrées sur les privilèges, le racisme et la violence des Blancs (Montolio, 2018). La pratique récente consistant à interdire aux policiers de défiler en uniforme dans les défilés de la Fierté à travers le pays (c.-à -d. Vancouver, Ottawa, Toronto, Halifax, Calgary et Edmonton) a soulevé des inquiétudes quant à l’ostracisme, au harcèlement et au dévoilement involontaire par la police, ainsi qu’à la crainte d’arrestations (Holmes, 2021). En général, une formation de sensibilisation culturelle auprès des LGBTQ2S et des membres de la communauté non blanche serait bénéfique pour tous les nouveaux agents (Dwyer, 2019). Pour les enquêteurs sur la traite des personnes, cela peut nécessiter beaucoup d’écoute, de désapprentissage et de réflexion. Une ouverture d’esprit et une appréciation de l’expérience vécue de ceux qui ont été victimes de délinquants, et même du système visant à les protéger, sont des conditions préalables à des conversations significatives et, en fin de compte, à la condamnation des délinquants.
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