Lois de la Nation crie de Red Earth

[traduction] Il n’y avait pas de lois à l’époque, nous vivions tous en harmonie. Tout le monde vivait en harmonie et les lois n’étaient pas nécessaires. Puis des lois sont apparues et les choses ont changé, nos femmes ont été maltraitées, non seulement par leur conjoint, mais aussi par leur entourageNote de bas de page 18.

Pour être plus précis, l’Aînée citée ci-dessus reconnaît qu’il n’y avait pas de lois « Ã©crites Â». Cette déclaration ne doit pas être interprétée comme signifiant qu’il n’existe pas de lois écrites. Il s’agit plutôt d’une transmission orale de pratiques, de commandements, de règles et de lois visant à régir les affaires, à corriger les comportements tout en apprenant aux uns et aux autres à vivre en équilibre et en harmonie les uns avec les autres. Ces lois ne sont pas axées sur des mesures punitives, mais sur des mesures correctives au niveau de la communauté et de l’individu. Ainsi, comme le souligne le professeur John Borrows, juriste anishinaabe, les lois de la NCRE sont générales et tiennent compte de l’expérience vécue et des réalités sociales, politiques, environnementales, économiques et spirituelles des membres de la NCRENote de bas de page 19.

Le pouvoir de créer, de mettre en œuvre et d’appliquer les lois de la NCRE est un droit inhérent qui nous a été accordé par Dieu, le Créateur. Les lois de la NCRE s’appliquent à toutes les personnes, ressources et terres de la NCRE et sont appliquées conformément à leurs propres structures, systèmes, mécanismes, valeurs et institutions de gouvernement. Le gouvernement de la NCRE exerce des compétences distinctes et concurrentes par rapport aux gouvernements fédéral et provinciaux avec lesquels nous avons conclu un traité. Les formes traditionnelles de gouvernement, les mécanismes, les structures et les valeurs de la NCRE sont intégrés dans le gouvernement de la NCRENote de bas de page 20.

Les lois élaborées dans le cadre de la NCRE sont ciblées, collectives et fondées sur l’expérience vécue et la spiritualité. Ainsi, une loi peut avoir été élaborée à partir d’un rêve ou d’une vision. En pareil cas, le Créateur transmet à une personne une vision ou un rêve qu’elle communique ensuite à la nation, qui délibérera ensuite sur la signification du rêve ou de la vision et décidera collectivement de la mise en œuvre de la loi. L’enseignement de la loi peut prendre la forme d’une danse, selon les instructions données au rêveur, ou être simplement exercé en tant que pratique courante basée sur des valeurs et des expériences. Un exemple de pratique courante est le don de tabac lors de la récolte d’herbes médicinales. Ici, on laisse du tabac à la place des herbes médicinales cueillies, en signe de gratitude pour la récolte.

Un deuxième exemple, qui est toujours d’actualité, concerne la chasse à l’orignal. Lorsqu’un chasseur capture un orignal, il accroche la cloche de l’orignal et offre du tabac pour montrer sa gratitude et envoyer l’esprit de l’orignal sur la bonne voie. Si un chasseur tue un orignal, il garde la partie par laquelle il l’a tué. Si, par exemple, l’orignal a été frappé dans les côtes, cette partie de l’orignal sera réclamée par le chasseur. Le chasseur serait également célébré en s’asseyant à l’avant du canoë. Le chasseur ne refuserait tout simplement pas de partager, car c’est la loi, c’est-à-dire assurer l’harmonie, subvenir aux besoins des autres et prendre soin d’autrui. Si quelqu’un ne respecte pas ces lois, les autres chasseurs lui parleront et le rappelleront à l’ordre. C’est la loi de Pahkonamakiwin, diviser et partager, qui ne vise pas exclusivement la chasse ou la récolte, et qui est destinée à assurer la survie de chacun au sein de la collectivité.

Avant l’arrivée de l’homme sur Terre, les animaux étaient très autonomes. Lorsque les humains sont arrivés, ils ont apporté de nombreux cadeaux qui pouvaient être utilisés pour aider les animaux, mais les humains étaient les plus démunis. Les humains étaient incapables de prendre soin d’eux-mêmes, ils avaient besoin de vêtements, de nourriture et d’outils pour survivre. Les animaux et les autres êtres vivants se sont adressés au Créateur pour lui faire part de leurs préoccupations à l’égard des humains. Après réflexion et maintes discussions, il a été convenu que les animaux et les autres êtres vivants subviendraient aux besoins des humains et, en échange, les humains prendraient soin d’eux. C’est ainsi qu’est né le rôle de gardien de la terre. Aujourd’hui encore, les chasseurs de la NCRE suspendent la cloche de l’orignal, en remerciement des provisions offertes par celui-ci. Tous les aspects de l’animal chassé ou tué sont utilisés (cuir, sabots, graisse comme huile pour les lampes) et du tabac est offert, afin de manifester le respect de la relation et d’assurer une relation continue.

[traduction] Nous devons partager avec les membres, la famille et les Aînés. On ne peut pas tout garder pour soi, surtout en été, car la viande se gâte rapidement. Il arrive parfois qu’un orignal soit tué pour un mariage ou une occasion spéciale. Toutes les parties de l’orignal sont utilisées ou mangées, notamment le cœur, les intestins et les tendons, les langues sont souvent utilisés pour les fêtes (par exemple, Noël, Pâques) et nous apportons des baies que nous avons cueillies. Rien ne se perd, tout est utilisé d’une manière ou d’une autre, même les sabots de l’orignal étaient consommésNote de bas de page 21.

Les lois de la NCRE ne sont pas transmises par la mémorisation de certains « codes Â» de droit, de stare decisisNote de bas de page 22 des tribunaux d’une autre culture, ou de lois écrites noir sur blanc sur des étagères accessibles à quelques personnes érudites. Même si elles sont écrites, les lois de la NCRE se trouvent dans les histoires racontées aux enfants. Des histoires et des interactions qui font figure de précédent, puisqu’elles ont été racontées et répétées pendant des millénaires. Des histoires d’épreuves et de victoires, de ruses et de leçons apprises, d’enseignements sur la gentillesse, de respect et de résultat du choix des bons chemins dans la vie. Des histoires basées sur la vie réelle et les résultats d’un environnement qui encourage la croissance et l’harmonie.

Les lois de la NCRE ne sont pas fondées sur les décisions ou les jugements de quelques-uns, mais sur les expériences collectives vécues par les membres de la NCRE au fil du temps.

En ce qui concerne les ressources (subsistance, terre, eau, vêtements, etc.), les ancêtres ne prenaient que ce dont ils avaient besoin, pas plus et pas seulement pour eux-mêmes, mais pour subvenir aux besoins de leur famille et de leur communauté. Cela démontre l’existence d’une loi naturelle qui empêche les uns de se considérer comme étant plus importants ou meilleurs que les autres. Une preuve que le partage, le respect, l’humilité, la gentillesse n’étaient pas seulement une pratique courante, mais un commandement, une règle, une loi. En outre, ces lois non écrites témoignent d’un principe d’entraide. L’application de ces lois ne repose pas sur les épaules de quelques-uns, mais relève de la responsabilité et de l’obligation de chaque citoyen de la NCRE. Les membres de la NCRE vivent en harmonie et comprennent leurs responsabilités traditionnelles les uns envers les autres et envers leur environnement, ce qui crée un climat harmonieux qui n’a pas besoin de valeurs et de principes écrits. Les lois non écrites de la NCRE sont des enseignements que les mères transmettent à leurs filles et que les pères transmettent à leurs fils. Les lois de la NCRE créent une continuité d’influence sur les comportements et les ordres, un respect mutuel par l’interaction et l’investissement interpersonnel.

Les enfants ont été élevés pour savoir ce qui fait une bonne personne, quelles sont les qualités et les valeurs qu’il faut avoir et honorer en soi pour être une bonne personne; quelqu’un de fiable, d’honnête, de gentil. Une personne qui aide les autres parce qu’elle comprend qu’il y a des conséquences à être séparée de son peuple.

[traduction] Les valeurs sont enseignées à la maison. On nous a appris à préserver nos valeurs. Le Chapan (arrière-grand-parent) venait chez nous. On préparait du thé, de la bannique et du lard avant que le Chapan commence à parler. Et lorsqu’il commençait à parler, nous l’écoutions. C’était un honneur pour eux d’être làNote de bas de page 23.

Cette citation incarne les enseignements du respect, de la patience et de l’honneur. Les histoires racontées par les Chapan étaient des histoires destinées à enseigner la conduite et le bon comportement. Les récits des aventures de WisikayachakNote de bas de page 24 contiennent souvent des leçons subtiles, qui nécessitent un traitement réfléchi de l’histoire. Les leçons portaient sur la non-ingérence, l’absence d’ego, le respect des autres et l’harmonie avec toute la création.

Les réunions se déroulent elles aussi selon des traditions juridiques. Nous nous réunissons pour former un seul et même esprit. Il n’y a pas de personnage central, pas de dirigeant doté d’une autorité autonome. Plutôt, il existe des conseils et la pratique d’agir comme un seul homme. La prière de clôture est une action qui consiste à fermer l’air libre, à libérer l’esprit de la réunion, à ramener les esprits individuels à eux‑mêmes plutôt qu’à rester dans un état d’esprit collectif.