Conséquence et pardon
[traduction] « L’auteur d’un délit fait du tort non seulement à la victime, mais également à l’ensemble de la communauté, et il est prié de bien se comporter »Note de bas de page 28.
On dit qu’« une maison divisée ne peut survivre »Note de bas de page 29. C’est vrai pour les peuples de la NCRE qui comprennent, fondamentalement, leur responsabilité les uns envers les autres et envers leur environnement. En tant que petite communauté étroitement liée par des valeurs, des coutumes et une géographie commune, les lois de la NCRE sont basées sur des relations positives, des réparations, la réconciliation et la restauration lorsque cela est nécessaire. Les résultats de l’application des lois de la NCRE donnent l’image d’une communauté vivant en harmonie. Il ne s’agit pas d’un monde sans problèmes ni conflits, mais d’un monde qui utilise son interconnexion pour rééquilibrer les torts et les malfaiteurs avec les autres.
Le fait de s’excuser était souvent la principale conséquence. Cependant, les excuses devaient également impliquer une action – pour remplacer ce qui avait été pris, devenir une meilleure personne, s’excuser à la personne lésée et à sa famille. Le fait de s’excuser corrige le cœur et entame le processus de rééquilibrage entre les personnes. Lorsque quelqu’un était pris en flagrant délit de kimotowin (vol), il devait rendre ce qu’il avait volé ou, sinon, remplacer ce qui a été volé, ou travailler pour la personne jusqu’à ce que sa dette soit réglée.
L’acte de « pardon » est également une démonstration d’humilité et de reconnaissance de la nécessité de l’interdépendance et de la présence des uns et des autres. Les gens étaient amenés à se réconcilier, à demander pardon et à ne plus se battre. Cependant, s’ils se battaient à nouveau, ils étaient traités un peu plus durement.
Si un homme se bat contre sa femme, il doit, avec l’accord des parents, se séparer de sa conjointe pendant un certain temps, le temps que les anciens les conseillent. Ainsi, le couple n’était plus autorisé à se voir jusqu’à ce que les deux parents acceptent qu’ils reviennent ensemble. Les parents acceptent généralement les conséquences imposées à l’auteur de la transgression, car ils comprennent que la poursuite de ce comportement perturberait la communauté. C’est là où la poignée de main (achiwaykaymowin) entre en jeu. La poignée de main représente le pardon. Lorsque des personnes se réunissaient et ne parvenaient pas à s’entendre, les Aînés et les parents (et toute autre partie impliquée) soutenaient la personne. Ces mesures correctives étaient beaucoup plus naturelles que ce que nous voyons aujourd’hui dans les systèmes juridiques et correctionnels du Canada.
Traditionnellement, un nakatohkew (exécuteur) était chargé de faire respecter les traditions juridiques. Comme les Aînés, cette personne ou ces personnes jouissaient d’une grande estime et d’un grand respect au sein de la communauté. Il n’était tout simplement pas acceptable de manquer de respect aux rôles des autres membres de la communauté. De plus, la taille de la nation a contribué, et contribue encore, à ces rôles traditionnels. Étant étroitement cantonnés les uns aux autres et sachant que leur histoire commune remonte à des milliers d’années, l’harmonie de la nation était, et est toujours, une considération primordiale pour tous.
Le concept de wahkotowin (être en relation les uns avec les autres) n’implique aucune supériorité ou infériorité et cet équilibre s’étend à toutes les autres formes de vie, animées ou non. Le concept de wahkotowin consiste en la non-ingérence d’une vie dans une autre. Il est entendu que chacun doit choisir son propre chemin; lorsqu’une personne s’écarte du miyo pimatisawin (droit chemin), ceux qui l’entourent doivent l’aider à revenir sur le droit chemin. Toutefois, cette façon de faire n’emploie pas la sévérité; on donne à la personne la possibilité de se reprendre en main. Les punitions étaient rares et réservées aux comportements impossibles à corriger. Les sermons et les politiques d’exclusion étaient principalement des moyens par lesquels les membres de la NCRE se corrigeaient les uns les autres.
Pour expliquer davantage la politique d’exclusion : dans le cas de la NCRE, les lois sont basées sur les relations, l’interaction et le bien-être collectif. L’exclusion d’un membre de la nation était une punition sévère, car il n’était plus près de sa famille ou de sa communauté. De plus, le membre en question n’avait plus accès aux provisions de la nation et devait se débrouiller seul dans l’obscurité des terres. Les personnes qui ne faisaient pas preuve de rapprochement après les discours correctifs des Aînés et des dirigeants de la nation étaient bannies de la nation ou devaient vivre ailleurs. Souvent, un wigwam était aménagé sur le territoire pour abriter ceux qui étaient relogés temporairement. Ce n’est qu’une fois que la personne avait déclaré avoir « appris sa leçon » et qu’une réunion des Aînés et des membres de la famille avait eu lieu qu’elle était accueillie à nouveau au sein de la nation. Les principes et les vertus de la NCRE lui étaient alors enseignés de nouveau.
Une telle mesure d’exclusion était réservée aux délits les plus graves, notamment les meurtres. Cependant, à l’époque moderne, sous le régime colonial de justice et de correction, les membres de la NCRE voient leurs propres concitoyens emmenés pour des délits bien moins graves. D’être séparé de la famille et de la communauté n’a pas seulement pour effet de briser le wahkotowin, mais crée également une atmosphère dans laquelle tous les crimes, toutes les erreurs et tous les méfaits doivent être considérés comme s’il s’agissait de crimes graves.
[traduction] Nos lois sacrées existaient bien avant le Canada. Lorsque je suis passé par le système judiciaire, je me suis demandé pourquoi, lorsque ces personnes ont des problèmes, elles sont envoyées à l’extérieur de la communauté. Nous avons besoin d’un système dans lequel, si les membres de la NCRE ont des problèmes, ils peuvent être traités au sein de la communauté et non par un système étranger. La personne qui est envoyée à l’extérieur de la communauté se sent isolée, ce qui a un effet sur la famille. J’aurais peut-être pu éviter de m’attirer des ennuis dès le début si j’avais été avec des gens qui me comprennent et qui savent ce dont j’ai besoin pour ne pas m’attirer des ennuis (la consommation de drogues). La justice de la NCRE vise l’ensemble de la communauté, pour montrer que nous nous soucions des autres et que nous nous aimons les uns les autres, pour apporter clarté, prospérité, humilité et respect à notre peuple. Je connais ces personnes et elles me connaissent. Une grande partie de ma guérison est liée à mon appartenance à la Nation crieNote de bas de page 30.
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