Questions de recherche
Recherche canadienne sur la VAEP
Comme l’a fait ressortir l’examen de la littérature, très peu de recherches empiriques et à comité de lecture ont été entreprises au Canada sur la question de la VAEP depuis 2009. Sur la série finale de 162 articles, seules trois études évaluées par des pairs ont été menées au Canada depuis 2009 [13, 60, 61], et les trois ont permis de recueillir des données originales. Il existe plusieurs sources potentielles d’information nationale sur la VAEP, notamment le Programme de déclaration uniforme de la criminalité par la police, l’Enquête sociale générale sur la sécurité des Canadiens (victimisation) et l’Enquête sur la sécurité dans les espaces publics et privés, mais notre recherche n’a révélé aucune étude utilisant ces données pour évaluer l’incidence ou la prévalence de la VAEP.
Dans leur étude transversale, Lyon et ses collaborateurs [13] ont cherché à déterminer la fréquence et les corrélations familiales de la VAEP. Les auteurs ont sondé des étudiants de l’Université d’Ottawa (n=365) pour obtenir des comptes rendus rétrospectifs d’une gamme d’expériences vécues pendant l’enfance à l’âge de 10 ans. Ces mesures comprenaient la violence entre partenaires intimes (VPI), la socialisation de la violence et la discipline positive avec la violence des enfants à l’égard des parents comme variable de résultat; les réponses aux questions étaient fournies séparément pour les mères et les pères. Pour déterminer la fréquence et les indicateurs prévisionnels familiaux de la violence des enfants à l’égard des parents, les auteurs ont utilisé des modèles de régression linéaire et logistique. Les résultats indiquent que, dans l’ensemble, la fréquence de la VAEP verbale et physique était faible, 5,5 % et 6,3 % des participants ayant déclaré avoir perpétré de la violence physique envers leur père et leur mère, respectivement. On a trouvé des moyennes beaucoup plus élevées pour la violence verbale et physique envers les mères que pour l’un ou l’autre des types de violence contre les pères (p<0,001). En ce qui concerne le sexe des enfants, la seule constatation statistiquement significative était que les garçons étaient plus susceptibles d’être violents verbalement envers leur père que les filles (p<0,001).
Les facteurs parentaux qui prédisaient positivement un comportement violent des enfants à l’égard de leur mère comprennent l’agression psychologique (p<0,05), les gifles (p<0,01), la violence physique (p<0,01), le fait d’être témoin de violence verbale et physique entre les parents (p<0,05) et, étonnamment, des stratégies disciplinaires positives (p<0,05). Il a été déterminé que pour chaque augmentation d’une unité sur l’échelle d’observation de la VPI physique, les risques de violence physique des enfants à l’égard des mères étaient multipliés par 5,8. De même, ceux qui avaient été victimes de violence physique étaient 4,9 fois plus susceptibles de déclarer avoir été physiquement violents envers leur mère lorsqu’ils étaient enfants. Dans le cas de la violence à l’égard des pères, les variables jugées comme des prédicteurs importants comprenaient le fait d’être blanc (p<0,001), la violence verbale entre les parents (p<0,001) et la discipline positive (p<0,001).
La deuxième étude canadienne a été réalisée par Pagani et ses collaborateurs au Québec [61]. Dans le cadre d’une étude longitudinale plus vaste, un échantillon aléatoire d’enfants (n=774) a été évalué chaque année de la maternelle jusqu’au milieu de l’adolescence (de 15 à 16 ans). L’objectif de l’étude était de déterminer les prédicteurs de l’agression verbale et physique des adolescents contre leur père au cours des six mois précédents en utilisant la régression logistique. En ce qui concerne la prévalence, 12,3 % des garçons et 9,5 % des filles s’étaient livrés à des agressions physiques contre leur père, tandis que plus de la moitié (53,5 % des garçons et 57,5 % des filles) étaient agressifs verbalement. Aucun écart significatif n’a été relevé en ce qui concerne la prévalence de la VAEP et le sexe de l’accusé.
Plusieurs variables individuelles, parentales et familiales ont été analysées comme des prédicteurs possibles de l’agression contre les pères. Dans le cas des agressions verbales contre les pères, trois des quatre trajectoires d’agression physique chez les enfants (modérée en baisse, élevée en baisse et chronique élevée) ont contribué de façon importante (p<0,01). De plus, l’éducation paternelle (p=0,01), la relation parent-enfant (p=0,01), l’usage problématique de substances chez les adolescents (p<0,01) et les punitions verbales sévères père-enfant (p<0,01) étaient des prédicteurs importants. Pour ce qui est de prédire l’agression physique des adolescents envers les pères, la trajectoire de l’agression physique chronique durant l’enfance, l’usage de substances chez les adolescents et les punitions verbales jouaient encore une fois un rôle important (p<0,01). Fait étonnant, bien que les châtiments corporels aient joué un rôle important dans les analyses bidimensionnelles des agressions verbales (p<0,05) et physiques (p<0,01) chez les adolescents, ils ne répondaient pas aux exigences d’entrée dans le modèle.
L’étude la plus récente était de nature qualitative, utilisant des entrevues semi-structurées avec des pourvoyeurs de soins adoptifs, naturels et spirituels partout au Canada pour explorer leurs expériences de violence et leurs perceptions des droits de leur enfant à être soutenu et entendu [60]. L’objectif global des chercheurs était de comprendre comment les services de santé mentale et d’adoption peuvent mieux soutenir les jeunes et leurs parents dans un rôle parental qui tient compte des traumatismes. Dix-sept familles ont été interrogées, dont la plupart (n=12) vivaient en Ontario ou étaient dirigées par deux parents (n=13). L’âge des enfants variait de 3 à 25 ans; dans la majorité des cas, le comportement agressif commençait à se manifester vers l’âge de 10 ans. Un large éventail de comportements agressifs ont été signalés par les participants, dont des agressions physiques, verbales et psychologiques/émotionnelles et des dommages matériels. De même, les participants ont pris note des diverses conséquences pour eux-mêmes et d’autres membres de la famille découlant de cette violence, qui vont des « ruptures » de la famille (c.-à -d. le retrait des enfants) à la perte de revenus en passant par des blessures physiques graves nécessitant des soins médicaux d’urgence.
Malgré le traitement agressif qu’ils ont subi, les pourvoyeurs de soins étaient généralement en mesure de « garder le cap » sur les droits des enfants pour orienter leurs stratégies de lutte contre la violence. Deux ensembles de droits des enfants ont été abordés : 1) soutenir, traiter et protéger; 2) exprimer leur opinion et être entendus. La capacité des pourvoyeurs de soins à accorder la priorité à ces droits était caractérisée par sept thèmes, soit la priorité accordée à l’intérêt de l’enfant, la sécurité des frères et sÅ“urs, l’équilibre entre les droits des enfants et la sécurité des parents, la participation à des stratégies axées sur l’enfant et l’inclusion intentionnelle, la validation et l’invalidation parentales, la maximisation de la sécurité et la réduction des méfaits, et les complications à l’égard du consentement. Les aspects pertinents de ces résultats qui éclairent les politiques et les pratiques seront brièvement abordés ici.
Pour ce qui est de faire progresser les droits des enfants, les parents conseillaient une approche centrée sur leur enfant et tenant compte de la complexité, des multiples considérations et des antécédents de traumatisme. Ils ont également préconisé des services de nature relationnelle et empathique afin que toutes les parties se sentent écoutées et respectées, plutôt que minimisées et stigmatisées. Les services adaptés aux traumatismes pour les enfants qui ont un comportement violent et agressif sont essentiels, et les participants ont insisté sur l’accessibilité et la rapidité de ces interventions. Ils ont également souligné l’importance d’une approche systémique qui équilibre les besoins et les points de vue de tous les membres de la famille, y compris ceux des parents, puisque leur bien-être est essentiel aux bons soins de l’enfant concerné et des autres enfants à la maison.
Ensemble, les résultats de ces études mettent l’accent sur les rôles des traumatismes, de la violence intergénérationnelle et des pratiques disciplinaires dans le développement de la VAEP. Par conséquent, des programmes d’intervention qui favorisent des relations positives entre les parents et les enfants et des réponses qui tiennent compte des traumatismes, ainsi que des stratégies parentales soutenantes et cohérentes, peuvent être essentiels pour s’attaquer efficacement à cette question. De plus, bien que la recherche qualitative canadienne sur ce sujet soit particulièrement limitée, le travail de Gervais et de ses collaborateurs affirme la possibilité d’établir un équilibre entre les droits fondamentaux de l’enfant agressif et les besoins des autres membres de la famille afin de fournir des réponses systémiques efficaces [60].
Dans le cadre de ce rapport et compte tenu du peu de recherches récentes sur la VAEP au Canada, l’équipe de recherche a analysé un tableau personnalisé de Statistique Canada, les données du Centre canadien de la statistique juridique et de la sécurité des collectivités et les données de la Déclaration uniforme de la criminalité (base de données des tendances) sur la fréquence et les taux de jeunes (de 12 à 17 ans) accusés d’infractions avec violence lorsqu’au moins une des victimes était un membre de la famille immédiate. Ces données couvrent les années 2009 à 2021 et établissent une distinction entre un parent victime (comprend les beaux-parents, les parents adoptifs et les parents d’accueil) et un frère ou une sÅ“ur victime (comprend les beaux-frères/belles-sÅ“urs, les demi-frères/demi-sÅ“urs, les frères/sÅ“urs adoptifs et les frères/sÅ“urs de famille d’accueil). Ces données sont également déclarées pour le Canada et pour six régions et provinces (région de l’Atlantique, Québec, Ontario, Prairies, Colombie-Britannique et territoires). Les infractions avec violence comprises dans ces données désignent l’infraction la plus grave contre la victime. Les taux sont déclarés par jeune accusé d’une infraction avec violence pour 100 000 dans la population.
Figure 2 : Taux pour 100 000 de jeunes accusés d’infractions avec violence dont la victime était un parent, 2009-2021, Canada - Version texte
La figure 2 présente des données sur les jeunes accusés d’une infraction avec violence dont la victime était un parent, au moyen d’un diagramme de dispersion. L’axe des y représente le « Taux pour 100 000 enfants (de 12 à 17 ans) », et l’axe des x représente les années 2009 à 2021, de gauche à droite. Sur le graphique, chaque année est séparée par une ligne grise délimitant chaque section. Au-dessus de chaque année répertoriée de l’axe des x se trouve un point de données bleu. Le graphique illustre une pente descendante de gauche à droite, dont le point de donnée le plus élevé déclaré se trouve en 2009 et le point de données le plus bas se trouve en 2021. Une ligne pointillée jaune est tracée entre les points de données, afin d’illustrer la relation entre ces points. Dans ce graphique, la ligne jaune est inclinée vers le bas, avec le point le plus haut à gauche et le point le plus bas à droite. Ceci vise à illustrer une tendance à la baisse dans les données.
Les points de données suivants ont été déclarés : 8,9 en 2009; 7,8 en 2010; 7,6 en 2011; 7,7 en 2012; 6,9 en 2013; 6,5 en 2014; 5,7 en 2015; 5,5 en 2016; 5,6 en 2017; 5,4 en 2018; 4,8 en 2019; 4,5 en 2020; et 4,5 en 2021.
La figure 2 présente des données sur les jeunes accusés d’une infraction avec violence dont la victime était un parent. En 2009, 8,9 jeunes âgés de 12 à 17 ans pour 100 000 ont été accusés d’une infraction avec violence contre un parent (un total de 2 964 jeunes). En 2021, ce taux avait diminué à 4,5 jeunes pour 100 000 (1 694 jeunes). Ces baisses ont été observées dans toutes les régions et provinces, comme le montre la figure 3, qui documente la fréquence à laquelle les jeunes sont accusés d’infractions avec violence contre leurs parents (les fréquences sont déclarées plutôt que les taux parce que les taux calculés dans les régions où la population d’enfants est très petite pourraient surestimer la gravité du problème).
Figure 3 : Nombre de jeunes accusés d’infractions avec violence dont la victime était un parent, 2009‑2021, régions et provinces canadiennes – Version texte
La figure 3 présente le taux de jeunes accusés d’infractions avec violence dont la victime était un parent entre 2009 et 2021, par régions et provinces canadiennes, au moyen d’un diagramme de dispersion. L’axe des y représente une échelle de 0 à 1 000 de bas en haut par tranches de 100 (c.-à -d. 0, 100, 200, 300, etc., jusqu’à 1 000). L’axe des x représente les années 2009 à 2021, de gauche à droite. Sur le graphique, chaque année est séparée par une ligne grise délimitant chaque section. Le graphique illustre les données par régions et provinces canadiennes. Les points de données de l’Atlantique sont représentés par des losanges bleus; les points de données du Québec, par des carrés orange; les points de données de l’Ontario, par des triangles gris; les points de données des Prairies, par des X jaunes; les points de données de la Colombie-Britannique, par des étoiles bleues; et les points de données des Territoires, par des cercles verts.
La ligne de tendance pour l’Ontario suggère une tendance à la baisse au cours des années, avec une légère hausse en 2014, suivie d’un retour à la baisse jusqu’en 2021. Toutefois, la tendance générale est à la baisse avec le point de données le plus élevé en 2009 et le plus bas en 2021.
La ligne de tendance des Prairies suggère une tendance à la baisse, avec une légère hausse en 2012 et en 2018. Toutefois, la tendance générale est à la baisse avec le point de données le plus élevé en 2009 et le plus bas en 2021.
Une tendance à la baisse des taux déclarés est observée au Québec, avec une légère hausse en 2017, suivie d’un retour à la baisse. La tendance générale est à la baisse avec le point de données le plus élevé en 2009 et le plus bas en 2021.
La ligne de tendance pour l’Atlantique démontre une lente baisse des taux déclarés, à l’exception d’une hausse graduelle des taux entre 2010 et 2013, suivie d’une baisse constante. La tendance générale est à la baisse avec le point de données le plus élevé en 2009 et le plus bas en 2021.
Pour la Colombie-Britannique, la ligne de tendance démontre un taux constant d’environ 200 à 300 par année entre 2009 et 2021. La ligne de tendance suggère une légère baisse entre 2010 et 2018 suivie d’une hausse entre 2019 et 2021.
Pour les Territoires, la ligne de tendance démontre un taux annuel constant d’environ 0 à 100 entre 2009 et 2021, sans hausse ou baisse.
De même, le taux de jeunes accusés d’une infraction avec violence dont la victime était un frère ou une sÅ“ur a également diminué de 2009 à 2021, comme l’illustre la figure 4. En 2009, 5,7 jeunes pour 100 000 ont été accusés d’une infraction avec violence contre un frère ou une sÅ“ur (1 903 jeunes accusés), et en 2021, ce taux avait chuté à 3,4 pour 100 000 (1 282 jeunes). Ces mêmes tendances ont été observées dans chaque région et province du Canada.
Figure 4 : Taux pour 100 000 de jeunes accusés d’infractions avec violence dont la victime était un frère ou une sÅ“ur, 2009-2021, Canada - Version texte
La figure 4 illustre le taux de jeunes accusés d’une infraction avec violence dont la victime était un frère ou une sÅ“ur de 2009 à 2021, au moyen d’un diagramme de dispersion. L’axe des y représente le « Taux pour 100 000 enfants (de 12 à 17 ans) », et l’axe des x représente les années 2009 à 2021, de gauche à droite. Sur le graphique, chaque année est séparée par une ligne grise délimitant chaque section. Au-dessus de chaque année répertoriée de l’axe des x se trouve un point de données bleu. Le graphique illustre une pente descendante de gauche à droite, dont le point de donnée le plus élevé déclaré se trouve en 2009 et le point de données le plus bas se trouve en 2021. Une ligne pointillée jaune est tracée entre les points de données, afin d’illustrer la relation entre ces points. Dans ce graphique, la ligne jaune est inclinée vers le bas, avec le point le plus haut à gauche et le point le plus bas à droite. Ceci vise à illustrer une tendance à la baisse dans les données.
Les points de données suivants ont été déclarés : 5,7 en 2009; 5,5 en 2010; 5,2 en 2011; 5,0 en 2012; 4,4 en 2013; 4,0 en 2014; 3,8 en 2015; 3,8 en 2016; 3,9 en 2017; 3,8 en 2018; 3,6 en 2019; 3,6 en 2020; et 3,4 en 2021.
Ces données documentent des baisses notables des taux de VAEP et de violence envers les frères et sÅ“urs qui ont donné lieu à des accusations officielles, mais sans d’autres sources d’information sur la prévalence et l’incidence de la VAEP, il est difficile de déterminer si l’incidence réelle de la VAEP a diminué. Une autre éventuelle source de données sur la VAEP au Canada est l’Enquête sociale générale sur la sécurité des Canadiens (victimisation) (ESG). Menée plus récemment en 2009, 2014 et 2019, l’ESG fournit des renseignements sur la victimisation criminelle, qu’elle ait été signalée ou non à la police. Bien que ces données puissent offrir l’occasion d’examiner si les affaires de VAEP autodéclarées connaissent une baisse semblable à celle observée dans les données de la Déclaration uniforme de la criminalité, les analyses ont porté davantage sur la violence entre partenaires intimes, la maltraitance des enfants et la violence envers les aînés (Boxall et Sabol, 2021; Cortina et Martin, 2020; Hernandez et coll., 2020). Bien que l’ESG interroge les répondants sur leur relation avec la personne qui a perpétré la violence (y compris leur fille ou leur fils), elle ne pose pas de questions sur l’âge de cette personne. Par conséquent, les données ne permettent pas de préciser si les situations impliquant de la VAEP reflètent des actes commis par des enfants et des jeunes (par rapport à des enfants adultes). Une autre enquête sur la population, l’Enquête sur la sécurité dans les espaces publics et privés, examine la prévalence de la victimisation avec violence, mais, à l’instar de l’ESG, n’inclut pas de question sur l’âge de l’accusé.
Incidence des facteurs sociodémographiques sur la VAEP
Sexe de l’agresseur
Parmi toutes les variables sociodémographiques, le sexe de l’agresseur a été l’aspect le plus souvent analysé par les chercheurs, ce qui suggère qu’il s’agit d’un domaine d’intérêt important. Dans l’ensemble, la littérature sur la relation entre le sexe et la VAEP a été variée et non concluante, certaines études ne faisant état d’aucun écart significatif entre les garçons et les filles, et d’autres indiquant une prévalence plus élevée d’agressions et de violence chez les garçons et les filles envers l’autre sexe. Notre analyse a également révélé des résultats indéterminés. Par souci de clarté, les résultats seront présentés pour le total des incidents de VAEP, suivis des formes précises : physique et psychologique/verbale/émotionnelle. Tous les résultats déclarés sont statistiquement significatifs, à moins d’indication contraire.
Plusieurs études quantitatives ont fait état de la prévalence de la VAEP, soit en utilisant une mesure générale, soit en additionnant et en analysant plus d’une forme (p. ex. physique, financière, psychologique). De ce nombre, dix ont constaté que les garçons étaient plus susceptibles que les filles d’adopter un comportement violent ou agressif envers leurs parents [4, 27, 30, 40, 47, 62–66]. Une étude qualitative menée auprès de fournisseurs de services juridiques et sociaux appuie les résultats de ces études, les participants identifiant les garçons comme les « principaux auteurs » de violence familiale chez les adolescents [67]. D’un autre côté, un nombre comparable d’études indiquaient le contraire. Huit articles ont constaté une association plus forte entre les filles et la VAEP que chez les garçons [46, 68–75]. Enfin, un nombre important d’articles (n=13) ont indiqué qu’ils n’avaient pas trouvé de lien significatif entre la VAEP et le sexe [5, 19, 76–86].
La recherche sur les formes physiques de VAEP, comme le fait de frapper, de gifler et de lancer des objets, a également révélé des résultats variables. Seuls trois documents ont révélé que les filles étaient plus violentes physiquement envers leurs parents que les garçons [87–89]. En revanche, sept études ont démontré une relation significative entre le fait d’être un garçon et l’exercice de la violence physique ou de l’agression à l’égard de ses parents [16, 17, 68, 69, 75, 77, 90]. Les entrevues et les groupes de discussion menés auprès d’intervenants, de parents et d’adolescents ont également reflété l’opinion courante selon laquelle les garçons sont plus violents physiquement à l’égard des parents que les filles [12, 39, 91, 92]. Cela dit, de nombreuses études (n=12) ont déterminé une absence de lien significatif pour l’un ou l’autre des sexes [7, 10, 14, 31, 42, 68, 73, 79, 93, 94].
Les formes psychologiques, verbales et émotionnelles de VAEP sont comptabilisées ensemble en raison de problèmes de comparaison, car les études ont utilisé un éventail d’instruments, dont bon nombre ont mesuré ces concepts simultanément. Les actes violents et les agressions de ce genre peuvent comprendre des insultes, des menaces de s’auto-infliger des blessures ou d’en infliger à d’autres personnes, du chantage ou des gestes obscènes. Les résultats quantitatifs et qualitatifs ont révélé un portrait plus cohérent des écarts entre les sexes. Dans l’ensemble (n=18), on a observé que les filles perpétraient des formes plus psychologiques, verbales ou émotionnelles de VAEP que les garçons [14, 17, 29, 31, 42, 68, 69, 73, 75, 87, 90, 94–100]. De plus, six articles qualitatifs ont fait état de cette perception chez les professionnels, les praticiens, les parents et les adolescents [12, 39, 67, 91, 92, 101]. Aucune étude n’a révélé que les garçons étaient beaucoup plus susceptibles d’être psychologiquement, verbalement ou émotionnellement agressifs ou violents envers leurs parents comparativement aux filles; trois études ont signalé des écarts non significatifs entre l’utilisation de la violence psychologique, verbale ou émotionnelle chez les filles et les garçons [79, 88, 90].
Sexe de la victime
Vingt-huit études ont effectué une analyse directe du sexe de la victime dans les cas de VAEP. Par rapport aux pères, les mères étaient en très grande majorité plus susceptibles d’être la cible de la VAEP [4, 13, 17, 33, 40, 63, 65, 69, 73, 78, 79, 83, 90, 96, 102, 103]. Aucune étude n’a indiqué que les pères étaient beaucoup plus susceptibles d’être la cible de la VAEP, et une seule n’a révélé aucun écart statistiquement significatif entre les mères et les pères pour la VAEP en général [104].
Lorsque les conclusions ont été ventilées en types précis de VAEP, plusieurs études ont révélé que les agressions et la violence émotionnelles et psychologiques étaient plus fréquemment perpétrées contre les mères que contre les pères [29, 73, 90, 96, 105]; aucune étude n’a rapporté le résultat contraire. Les constatations sur le plan de la violence physique et des agressions étaient moins uniformes. Deux études ont révélé que les mères étaient les plus susceptibles d’être la cible de la VAEP [13, 100], tandis qu’une autre a indiqué que les formes physiques de VAEP étaient le plus souvent dirigées contre les pères [78]. Une étude analysant des rapports de police a révélé que les voies de fait simples étaient plus susceptibles d’être déclarées par les mères, tandis que les voies de fait avec blessures étaient plus susceptibles d’être déclarées par les pères [63]. Enfin, trois études n’ont révélé aucun écart significatif entre la VAEP physique et le sexe de la victime [17, 29, 90].
Une mise en garde s’impose pour ce qui est de l’interprétation de ces résultats. Une majorité de recherches indiquent des taux plus élevés de VAEP chez les enfants de ménages monoparentaux (comparativement à ceux de ménages biparentaux), dont la majorité sont dirigés par des mères [6, 32, 64, 76, 92, 102]. Comme l’ont fait remarquer Ibabe et ses collaborateurs, [traduction] « la statistique de la plus grande proportion d’actes de violence contre la mère peut être biaisée par le type de famille – de toute évidence, dans le cas des familles monoparentales, la mère est la victime parce qu’il n’y a pas de père à attaquer » [30]. Il va de soi que le parent qui passe le plus de temps avec son enfant est plus à risque de violence et d’agression. Il se pourrait également que ces familles vivent des facteurs de stress supplémentaires associés à la monoparentalité et au divorce, qui ont une incidence sur la relation du parent avec ses enfants [30]. Pour atténuer ce biais, certains chercheurs ont analysé la VAEP dans des ménages biparentaux de façon indépendante; dans les deux études, la conclusion selon laquelle les mères étaient les victimes les plus fréquentes de la VAEP a persisté [30, 102].
Race et origine ethnique
Contrairement aux facteurs liés au sexe, ceux liés à la race et à l’origine ethnique ont été étudiés ou déclarés beaucoup moins souvent. Treize articles portaient sur l’effet de la race et de l’origine ethnique sur la VAEP. La constatation la plus courante était que les auteurs de VAEP étaient plus susceptibles d’être classés comme Blancs que les autres groupes étudiés (habituellement Noirs et Latino-Américains). Plus précisément, la recherche a montré que le fait d’être Blanc, comparativement à d’autres ethnies, était associé à une probabilité accrue de perpétrer de la VAEP [40, 63, 71, 83, 89] et représentait un prédicteur de violence verbale en particulier [42]. Il est intéressant de noter que, bien que Condry et Miles aient constaté un lien important entre le fait d’être Blanc et la prévalence de la VAEP [63], ils ont également constaté que les familles afro-caribéennes étaient surreprésentées dans le signalement de ce problème dans les dossiers de la police. Dans le même ordre d’idées que les études susmentionnées, Kennedy et ses collaborateurs ont comparé les jeunes contrevenants qui avaient perpétré de la VAEP à ceux qui ne l’avaient pas fait, et ont constaté une probabilité accrue de violence à l’égard des parents chez les filles blanches par rapport aux filles noires [19]; cependant, à part cette constatation propre au sexe, aucun écart significatif quant à la race ou à l’origine ethnique n’a été relevé.
Les résultats de certaines études sur l’origine ethnique et la race indiquent que les jeunes non blancs sont beaucoup moins susceptibles de commettre des infractions contre un parent, comme les Afro-Canadiens et les Moyen-Orientaux [13], les Noirs et les Latino-Américains [71], et les Latino-Américains seulement [89]. En comparant 11 années de données sur les contrevenants ayant commis de la VAEP et un parricide (c.-à -d. le meurtre d’un parent), Walsh et Krienert ont déterminé que ceux qui ont tué leurs parents étaient plus susceptibles d’être Blancs et que ceux qui ont perpétré de la VAEP (mais n’ont pas tué leurs parents) étaient plus susceptibles d’être Noirs [103]. Bien sûr, toutes les études ne sont pas parvenues à la même conclusion. Une étude allemande a révélé que l’ethnicité allemande était associée positivement à la VAEP verbale et que les personnes d’origine turque et d’ex-Union soviétique y étaient associées négativement [14]. Parmi un échantillon australien d’adolescents, les chercheurs qui ont examiné la race et le sexe ont constaté que les filles aborigènes étaient plus nombreuses que les garçons aborigènes à avoir perpétré de la VAEP, et que les garçons blancs étaient plus nombreux à en avoir perpétré que les filles blanches [24]. Enfin, deux études ont signalé l’absence d’écarts significatifs dans l’ensemble [84, 106], et Bartle-Haring et son équipe ont indiqué un manque de valeur prédictive propre à la violence physique pour ce qui est de la race ou de l’origine ethnique [42]. Aucune étude qualitative n’a porté sur la VAEP et la race ou l’origine ethnique pour contextualiser davantage ces constatations.
Âge
Vingt-quatre études au total ont examiné des incidents liés à la VAEP et à l’âge de l’agresseur, et les résultats ont encore une fois varié. Bien que les groupes d’âge aient été incohérents d’une étude à l’autre, certaines observations générales et comparaisons peuvent être faites. La section suivante utilise trois groupes d’âge : jeunes adolescents = 11 à 14 ans, adolescents intermédiaires = 14 à 16 ans et adolescents plus âgés = 16 à 18 ans.
Les résultats significatifs sont répartis également dans les trois groupes d’âge. Deux études ont indiqué que les jeunes adolescents avaient des comportements plus violents à l’égard de leurs parents : l’étude d’Ibabe a révélé que ces adolescents perpétraient plus de VAEP que les adolescents plus âgés, toutes formes de VAEP confondues [77]; et une autre étude a établi un lien significatif entre les jeunes adolescents et le recours à la violence psychologique envers les mères (mépris ou rébellion) comparativement aux groupes intermédiaire et plus âgé [45]. Certains chercheurs émettent l’hypothèse que la VAEP, comme d’autres comportements antisociaux, est susceptible de diminuer à mesure que les jeunes vieillissent en raison de l’achèvement du processus de maturation du cerveau [21].
Cependant, trois articles ont jugé que le groupe d’adolescents intermédiaires était beaucoup plus susceptible de commettre de la VAEP, ce qui laisse supposer un éventuel « pic » au cours de cette période qui diminue par la suite [30, 99, 103]. D’autre part, trois études ont identifié une trajectoire différente dans laquelle la VAEP augmente avec l’âge [31, 73, 107]. Les données australiennes analysées par Moulds et ses collaborateurs valident les deux modèles, selon le sexe de l’adolescent [24]. Leurs constatations montrent que les taux de VAEP chez les filles avaient tendance à plafonner à 15 ans, tandis que les taux chez les garçons augmentaient de façon constante avec l’âge.
On a constaté que les adolescents plus âgés étaient liés à la VAEP dans trois études, soit comme mesure totale [6] ou sous certaines formes [5, 108]. Dans un échantillon espagnol, les adolescents plus âgés étaient associés aux comportements intimidants seulement, et aucun autre écart significatif n’a été relevé [5]. Rosado et ses collaborateurs ont établi un lien positif entre les adolescents plus âgés et la VAEP, et avec la VAEP psychologique en soi; toutefois, la VAEP physique ne différait pas selon l’âge [108]. O’Toole et ses collaborateurs ont constaté que les participants croyaient que les agressions commises par des enfants plus jeunes étaient plus acceptables sur le plan social et pouvaient donc être dissimulées [39]. À mesure que les adolescents vieillissent, ils deviennent aussi plus forts, et plusieurs des répondants croyaient qu’une progression de la violence verbale à la violence physique était typique, ainsi qu’une augmentation de l’exploitation financière. La majorité (80 %) des parents adoptifs issus de l’étude de Selwyn et Meakings ont indiqué que le début précoce de la violence chez leur enfant à l’école primaire a changé pendant la puberté et a fait basculer l’échelle de l’agression à la violence totale [3].
Certaines constatations étaient plus mitigées et nuancées. Par exemple, Suarez-Relinque et ses collaborateurs ont établi une association significative entre l’âge et l’agression verbale, les adolescents plus âgés (17 à 18 ans) obtenant les scores les plus élevés sur cette échelle, puis les groupes de 15 à 16 ans et ensuite les groupes de 12 à 14 ans [99]. L’agression physique, par contre, n’a pas eu d’effets significatifs avec l’âge. Une autre étude a illustré comment l’effet de l’âge variait selon le sexe des parents [4]. Les adolescents qui ciblaient leur mère étaient plus susceptibles d’être signalés à un plus jeune âge; par ailleurs, les adolescents qui ciblaient leur père ou d’autres membres de la famille faisaient souvent partie du groupe d’âge le plus avancé au moment de leur infraction. À l’instar d’autres facteurs sociodémographiques, une proportion appréciable d’articles (n=12) n’ont pas trouvé d’écarts significatifs dans la prévalence générale de la VAEP selon l’âge [5, 27, 29, 68, 76, 79, 84, 88, 89, 95, 106, 109].
Sous-déclaration de la VAEP et recherches limitées
Les résultats de cette étude indiquent que, malgré le peu de littérature canadienne, la VAEP n’est pas nécessairement une forme de violence familiale sous-étudiée à l’échelle internationale. L’intérêt des universitaires pour la VAEP a bondi au cours de la dernière décennie, surtout dans des pays comme l’Espagne, les États-Unis et le Royaume-Uni. Cependant, comparativement à la violence conjugale ou à la violence faite aux enfants, la VAEP est à la traîne. Les raisons qui sous-tendent la littérature relativement limitée sur la VAEP sont probablement semblables à celles qui caractérisent la sous-déclaration de cette question, l’objet de la présente section. La recherche a permis de trouver 18 articles qui aident à expliquer la sous-déclaration de la VAEP, ainsi que la sous-estimation de sa prévalence réelle. La majorité de ces études étaient de nature qualitative (n=15) et exploraient les perspectives des parents, des adolescents et des praticiens, comme les travailleurs sociaux et les professionnels de la justice pénale.
La stigmatisation, la honte, la culpabilité, l’embarras et le jugement ont souvent été cités comme facteurs qui empêchaient les parents de divulguer ou de déclarer la VAEP [36, 37, 39, 110–115]. Un certain nombre d’études ont révélé que les parents hésitaient à demander de l’aide parce qu’ils craignaient d’être considérés comme de « mauvais parents » par les professionnels ou les sources de soutien informelles, comme les amis et les membres de la famille [37, 110, 116, 117]. Dans le même ordre d’idées, les participants se sentaient coupables, remettaient en question leur compétence, croyaient qu’ils avaient « échoué » en tant que parents et pensaient qu’ils auraient dû être en mesure de contrôler la violence ou d’y mettre fin [3, 39, 40, 50, 114, 115]. Par conséquent, la violence restait souvent cachée aux autres personnes [39, 40, 43, 111].
De nombreuses études ont également révélé que les parents ne savaient pas que d’autres familles vivaient de la VAEP, ce qui les a amenés à avoir l’impression d’être les seuls à y faire face; cela n’a fait que perpétuer le silence et l’isolement, qui ont ravivé la honte et créé un cercle vicieux [3, 35–37, 40, 113]. Comme l’ont déclaré Routt et Anderson, [traduction] « la honte travaille en tandem avec l’isolement social pour produire un sentiment d’impuissance chez les parents » [40]. De nombreux parents ont adopté des stratégies pour gérer leurs sentiments de stigmatisation et de honte, dont bon nombre ont servi à dissimuler encore davantage la violence, comme éviter certaines situations, conversations ou personnes qui pourraient exposer la VAEP [114, 116]. Brule et Eckstein soulignent d’autres stratégies de gestion de la stigmatisation, comme la minimisation ou la normalisation de la violence (p. ex. recadrer le comportement comme « typique » des adolescents) et sa justification comme un problème de santé mentale ou de toxicomanie [116]. Cette constatation est appuyée par une étude quantitative dans laquelle les adolescents ont déclaré des taux plus élevés de VAEP que leurs parents [96]. Bien que les tactiques des parents puissent fournir un certain répit temporaire, elles peuvent laisser la VAEP dans l’ombre et décourager la recherche d’aide. Les recherches indiquent que les parents ont signalé la VAEP dans un acte de désespoir ou en dernier recours lorsque la violence devenait extrême et intolérable [3, 35, 40, 115, 118]. Cela suggère que notre connaissance de la question peut être représentée par les cas les plus graves et à long terme, ce qui indique un effet de « pointe de l’iceberg » [50].
Les recherches démontrent que les craintes des parents au sujet du blâme et de l’étiquetage sont justifiées. Une fois surmontés les divers obstacles personnels et logistiques en matière d’accès, les services auxquels les parents avaient recours étaient généralement perçus par les familles comme étant insensibles, peu soutenants et inutiles [36, 37, 39, 113, 115, 117–119]. Plus particulièrement, la recherche a documenté des réponses inappropriées et inefficaces de professionnels pour aider les institutions [3, 35, 114, 115]. Par exemple, de nombreux participants ont reçu le message qu’ils étaient responsables de la violence, habituellement parce qu’on leur a proposé des conseils ou des cours sur le rôle parental comme solution [35, 114, 115]. Les parents se sentaient réprimandés et victimisés de nouveau à la suite de ces interactions [3, 117]. Les fournisseurs de services et les autres professionnels en contact avec les familles ne semblaient pas conscients du problème, y compris de la façon de le reconnaître et de la meilleure façon de l’aborder [40, 50]. Nixon a interrogé des travailleurs sociaux et a observé un manque de connaissances étonnant à l’égard du concept de VAEP; un de ces travailleurs a clairement véhiculé un préjugé selon lequel la VAEP découle de la violence faite aux enfants et a déclaré qu’« on n’appelle pas cela de la violence envers les parents, on appelle cela de mauvais parents » [35]. En l’absence d’une formation adéquate et d’une orientation stratégique, les agents de police du Royaume-Uni qui répondent aux signalements de VAEP se fient à leur jugement et à leur discrétion pour répondre à ces cas [48]. De plus, certains participants ont indiqué que les interventions, en plus d’avoir été inefficaces pour faire cesser la violence, avaient empiré leur situation [3, 35, 112, 118]. La colère des adolescents a été déclenchée par la décision de leurs parents de signaler la VAEP ou de demander un traitement [3, 118], et un traitement inefficace ou une déclaration futile les a encouragés parce qu’ils se sentaient de plus en plus invulnérables face aux conséquences [3].
Une autre raison importante pour laquelle les parents hésitent à signaler la VAEP est l’incertitude et la crainte de répercussions. Les parents ont soulevé plusieurs préoccupations à l’égard de leur enfant, notamment des poursuites criminelles, l’arrestation ou le retrait de la famille et un dossier de jeune contrevenant qui pourraient avoir une incidence négative sur leur avenir [36, 39, 48, 111, 119]. Les entrevues avec des policiers ont illustré cette appréhension, ceux-ci ayant décrit comment les parents victimes retiraient souvent leurs déclarations et refusaient de coopérer, même après avoir fait le signalement [48]. Malgré la violence et les agressions, les parents estimaient toujours qu’ils devaient protéger leur enfant [36].
Protocoles et pratiques relatifs à la VAEP
Les résultats ont montré qu’une poignée de programmes cliniques ont été efficaces pour réduire la violence familiale et la VAEP en intégrant des protocoles et des pratiques visant à réduire les facteurs de risque (p. ex. attitudes négatives à l’égard de l’autorité, activités agressives et antisociales), en améliorant les facteurs de protection (p. ex. relations familiales positives, comportements prosociaux et aptitudes à communiquer) et en enseignant aux familles des stratégies de désescalade des conflits qui éliminent la nécessité d’une intervention de la justice pénale [94, 120]. Des intervenants de programme travaillant à partir d’un cadre multisystémique et tenant compte des contextes socioculturels des familles tout en demeurant sensibles aux besoins des adolescents et de leurs pourvoyeurs de soins [78, 121] ont joué un rôle clé dans l’efficacité des interventions. Malgré certaines constatations prometteuses, ces programmes étaient différents sur le plan des protocoles de pratique spécifiques et étaient souvent fondés sur des définitions opérationnelles différentes de la violence familiale; par conséquent, cet examen n’a pas permis de trouver de protocoles ou de pratiques normalisés pour traiter la VAEP [43, 111, 122, 123]. En réponse à cette lacune, certains chercheurs ont recommandé de poursuivre l’élaboration de modèles d’intervention au moyen d’une évaluation rigoureuse des résultats afin d’assurer l’extensibilité et la généralisabilité dans différents contextes sociaux [5, 111]. D’autres professionnels ont demandé des politiques plus robustes permettant des interventions qui intègrent une réponse multidisciplinaire à la VAEP [50, 71]. L’une des constatations qui ressortent de la littérature est que le fait de représenter la VAEP uniquement comme un problème de violence familiale exigeant une intervention de la justice pénale peut avoir des conséquences négatives pour les enfants et les familles, étant donné que cela ne tient pas compte des vulnérabilités et de la dynamique unique de la relation parent-enfant et peut inutilement criminaliser les conflits familiaux qui tendent plutôt vers les difficultés de développement normatif [12, 15, 124]. La recherche empirique sur les protocoles et les politiques établis par les secteurs de compétence était relativement limitée, mais des recherches plus récentes ont documenté l’élaboration et l’évaluation de plusieurs interventions conçues spécifiquement pour traiter la VAEP.
Le programme Step-Up a été élaboré aux États-Unis en tant qu’intervention au niveau de la famille et de groupe visant à réduire les comportements violents et à améliorer les relations familiales pour les adolescents qui ont des démêlés avec le système de justice pénale en raison de la violence faite à un parent [111].Le programme utilisait un programme axé sur les compétences qui comprenait de l’éducation sur la communication prosociale, des jeux de rôle et des rencontres de groupe hebdomadaires conçues pour renforcer les comportements respectueux chez les adolescents et enseigner aux parents comment appuyer le changement de comportement [106]. Deux études ont évalué l’intervention. L’une a révélé que les parents ont déclaré qu’il s’agissait d’un programme efficace pour réduire les comportements violents et améliorer leurs relations avec leurs enfants [111]; l’autre a constaté que les jeunes qui ont participé au programme Step-Up étaient moins susceptibles d’être renvoyés devant un tribunal [123]. Les jeunes qui ont terminé tous les volets du programme ont connu une réduction encore plus grande de la récidive [123]. Les participants ont fait état de l’incidence positive de séances cohérentes sur la responsabilisation et le développement d’une routine, et du fait que le programme a créé un espace où les parents peuvent communiquer de façon constructive avec leurs enfants [111].
Une autre intervention en matière de VAEP, le programme d’intervention précoce dans les situations de violence enfants-parents (IP-VEP) a été élaboré en Espagne et est offert par l’entremise des services sociaux plutôt que du système de justice pénale, et est également une intervention de groupe pour les adolescents et leur famille [43, 98, 122]. Le programme d’intervention précoce utilise des protocoles précis qui comprennent la psychoéducation, des séances sur le comportement cognitif et des thérapies familiales systémiques [122]. Le guide de pratique comprend trois sous-programmes comportant des interventions conçues pour répondre aux besoins propres aux adolescents, aux parents et à toute la famille, respectivement [122]. Une évaluation du programme IP-VEP a montré qu’il était efficace pour réduire les agressions physiques et psychologiques envers les parents, améliorer la qualité des relations parentales et accroître les comportements respectueux au sein de toute la famille [122]. Le modèle IP-VEP est axé sur le rétablissement de la hiérarchie familiale et de l’autorité parentale, l’enseignement aux parents de la façon d’établir une discipline cohérente et constante, et la réparation des liens rompus [122]. Les parents ont déclaré que les relations familiales s’étaient améliorées, qu’ils avaient l’impression que les conflits familiaux avaient diminué, que le recours aux châtiments corporels avait considérablement diminué et que les symptômes dépressifs avaient diminué pour toute la famille six mois après la fin du programme [93].
Une autre intervention en matière de VAEP est le programme de résistance non violente (Non-Violent Resistance Program; NVR), conçu pour aider les familles à désamorcer les conflits et à réduire les modes de communication agressive en enseignant aux parents comment réagir efficacement aux comportements violents et dominants de leur enfant [125, 126]. Le programme a d’abord été mis en Å“uvre par l’unité de conseil des parents du Schneider Children’s Medical Center d’Israël et a ensuite été adapté par le Limerick Young Persons Probation Service en Irlande [125, 126]. Bien qu’il n’y ait pas de protocoles ou de lignes directrices de pratique rigoureux dans le NVR, l’approche comprend une formation contre l’escalade des conflits, une annonce (les parents déclarent leur décision de résister à la VAEP), des thérapies cognitivo-comportementales individuelles et collectives qui renforcent les comportements positifs, des séances de renforcement des compétences à partir des forces et l’inclusion du système de soutien social de la famille dans le suivi et le maintien du progrès thérapeutique [125, 126]. Les parents israéliens qui ont participé au NVR ont signalé un sentiment réduit d’impuissance et une diminution des sentiments négatifs dans la relation parent-enfant et ont constaté que le programme les avait aidés à acquérir des compétences pratiques pour faire face à la VAEP et éviter l’escalade [125, 126]. De plus, on a déclaré que le NVR aidait les parents à gérer les luttes de pouvoir avec leurs enfants et favorisait le changement dans l’ensemble du système familial [125, 126].
D’autres programmes visant des éléments précis de la VAEP ont vu le jour au cours des dernières années. Un programme de musicothérapie développé dans un centre communautaire en Espagne a permis de réduire les sentiments d’anxiété chez les adolescents qui ont perpétré de la VAEP et a été particulièrement efficace pour les jeunes à risque [127]. Un programme de gestion de la colère sur le Web basé en Iran qui ciblait les étudiantes du secondaire a fait état d’une diminution importante des scores de conflit chez les participantes qui avaient perpétré de la VAEP, comparativement au groupe témoin, immédiatement après l’intervention et un mois après celle-ci [128]. Une réponse du système de justice, c’est-à -dire une réponse des organismes d’application de la loi ou du système judiciaire, ne semble pas être un protocole ou une pratique efficace pour aborder la VAEP. Lorsqu’un enfant est arrêté pour avoir causé des blessures à un parent, la police peut être moins susceptible de considérer l’événement comme une crise familiale ou de l’aiguiller vers les services à la famille [129]. De plus, les données du système de justice pénale des États-Unis ont montré que les jeunes arrêtés pour VAEP sont beaucoup plus susceptibles d’avoir fait l’objet d’une arrestation préalable et que, s’ils sont incarcérés, les jeunes de familles très conflictuelles étaient associés à des niveaux plus élevés de conflits familiaux après leur libération [83, 130]. Ces résultats suggèrent que les interventions cliniques et communautaires pourraient être les mieux adaptées pour désamorcer les conflits au sein de la famille, détourner les épisodes de VAEP et prévenir leur résurgence.
Rôle du système de justice pénale pour les adolescents
Les recherches examinant directement le rôle et l’efficacité du système de justice pénale dans le traitement de la VAEP étaient limitées. Seules huit études ont fourni des résultats précis qui pourraient aider à répondre à cette question, et aucune de ces études n’était située dans le contexte canadien; en fait, toutes les études, sauf deux, ont été menées au Royaume-Uni [12, 15, 23, 48, 110, 115]. Les deux autres avaient été réalisées en Espagne [131] et en Australie [67]. Cela dit, cette recherche internationale présente des constatations importantes qui pourraient s’appliquer au Canada.
Les universitaires dans le domaine de la VAEP posent des questions et discutent du contexte le plus approprié pour répondre à cette problématique. Il existe une incertitude quant à savoir si la VAEP est un problème pour le système de justice pénale pour les adolescents, le système de protection de l’enfance ou le secteur de la violence familiale [15, 63, 115]. À l’heure actuelle, il n’existe pas de lois ou de mandats officiels, ici et à l’étranger, pour guider les organismes dans la lutte contre ce type de violence [12, 63, 67, 110]. En l’absence de dispositions précises, un éventail de mesures pourraient être prises. Par exemple, en Australie, les approches possibles comprennent la criminalisation, l’intervention des services de protection de l’enfance, les ordonnances de droit de la famille et les ordonnances de protection civile [67]. Au Royaume-Uni, la VAEP est maintenant considérée comme une forme de violence familiale et d’abus dans la politique gouvernementale, bien qu’il y ait un débat quant à savoir si la législation existante est appropriée ou applicable à la VAEP [12, 15].
Dans le contexte canadien, les articles 18 et 19 de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents permettent la tenue de comités et de conférences sur la justice pour les jeunes, respectivement, pour donner des conseils sur les mesures extrajudiciaires appropriées, les conditions de la mise en liberté provisoire par voie judiciaire, les peines, y compris l’examen des peines, et les plans de réinsertion sociale (Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents [L.C. 2002, ch. 1]). Étant donné que, entre autres participants, les conférences sur la justice pour les jeunes peuvent inclure le jeune contrevenant, ses parents et la victime, ces conférences pourraient jouer un rôle essentiel dans la résolution du problème de VAEP. Cependant, la double place qu’occupent les parents en tant que soutiens potentiels et que victimes peut représenter un conflit d’intérêts et compliquer les objectifs et le processus de la conférence. Par ailleurs, les comités de justice pour les jeunes sont composés de bénévoles de la collectivité. Ces comités peuvent également agir comme conférence sur la justice pour les jeunes, avec d’autres fonctions de soutien et d’information, comme veiller à ce que les jeunes obtiennent des services de la part de ressources communautaires. Étant donné que l’une des fonctions importantes consiste à faciliter la réconciliation entre le délinquant et la victime, les comités de justice pour les jeunes ont de bonnes chances de constituer une disposition efficace de la LSJPA dans le contexte de la VAEP.
La VAEP est intrinsèquement unique et complexe, même dans le contexte global de la violence familiale. Premièrement, le délinquant est un jeune et si ce jeune est âgé de moins de 12 ans, la LSJPA ne s’applique pas à lui et il n’est pas considéré comme « criminellement responsable » de ses actes [15, 67]. De plus, la relation entre le délinquant et la victime est une relation de dépendance et de confiance [67]. Par exemple, le retrait de l’agresseur du domicile de la victime, une intervention policière standard en réponse à la violence entre partenaires intimes, est susceptible d’être inappropriée ou impossible dans les cas de VAEP sans incarcération ou placement du jeune dans un foyer d’accueil [4, 115]. Du point de vue des pourvoyeurs de soins, la criminalisation de leur enfant n’est pas souhaitable pour un certain nombre de raisons [15, 63]. Comme l’ont souligné Miles et Condry, contrairement aux relations entre partenaires intimes, « les parents victimes conservent une responsabilité morale et légale à l’égard de leurs enfants et souhaitent rarement rompre leur relation » [23]. De plus, il y a suffisamment d’éléments de preuve pour montrer qu’il y a des jeunes agressifs ou violents qui ont appris leur comportement auprès de leurs pourvoyeurs de soins, en étant témoins de la violence ou en la subissant [12, 63, 67]. Par conséquent, ces jeunes qui commettent de la VAEP occupent simultanément le statut de victime et de contrevenant.
Ces caractéristiques distinctives donnent lieu à un ensemble distinct et complexe de dynamiques familiales qui nécessitent des approches différentes de celles utilisées pour traiter la violence familiale chez les adultes. Ces réponses peuvent ou non être mieux positionnées dans le système de justice pénale pour les adolescents. Plusieurs participants estimaient que le processus actuel de détermination de la culpabilité et de criminalisation des jeunes dans le système de justice pénale pour les adolescents était problématique, inefficace et excessivement punitif [12, 15, 67, 131].
Les participants à certaines de ces études ont proposé d’autres mesures et interventions juridiques, dont la plupart étaient des praticiens professionnels du domaine de la VAEP (ou d’un domaine connexe). Des réponses novatrices en matière de justice ont été cernées, comme des programmes de déjudiciarisation, des tribunaux spécialisés [23], des pratiques réparatrices et fondées sur la réparation, des groupes de consultation, du counseling [67] et des groupes d’éducation par les pairs [131]. De façon plus générale, les répondants ont recommandé un modèle d’intervention holistique, axé sur la famille et intégré dans lequel les multiples systèmes et organismes collaborent pour répondre aux besoins de la famille [23, 67]. Miles et Condry soutiennent que la prestation des services d’intervention contre la VAEP se fait à l’extérieur du système de justice pénale pour les adolescents; ils reconnaissent toutefois que la participation de la justice pénale est appropriée et même nécessaire dans certains cas. Il est essentiel de veiller à ce que les victimes aient de multiples voies de soutien, en plus de la voie pénale ou judiciaire [23].
Incidence de la pandémie de COVID-19 sur la VAEP
Deux études à comité de lecture ont examiné l’incidence de la pandémie de COVID-19 sur la VAEP, dont l’une a été menée au Royaume-Uni [132] et l’autre, en Espagne [69]. Il est probable que la date limite de notre recherche (mars 2022) n’ait pas laissé suffisamment de temps aux auteurs pour terminer et publier les études sur la VAEP pendant la pandémie. La mesure continue de l’incidence de la pandémie, ainsi que la dynamique de ces interactions, sera probablement une priorité importante pour les recherches qui seront menées au cours des prochaines années. Cela dit, les études et les données fournies par Statistique Canada donnent un aperçu de l’incidence de la pandémie sur la VAEP.
La première étude de Moore et de ses collaborateurs a utilisé des données sur les renvois à la police pour comparer les taux de prévalence de la VAEP et d’autres infractions de violence familiale avant et pendant le premier confinement au pays de Galles [132]; la période d’étude s’étendait de décembre 2019 à juillet 2020. Dans l’ensemble, bien qu’aucun changement important n’ait été observé pour le nombre total de renvois, les auteurs ont constaté que le nombre de renvois classés « à risque élevé » a augmenté considérablement entre la période précédant le confinement et la période pendant le confinement (p=0,032). En ce qui concerne la VAEP en particulier, 1,8 % de tous les cas (n=40) étaient liés à des signalements de violence enfants-parents pendant la période à l’étude. Les trois quarts de ces renvois ont eu lieu pendant le confinement « total » en avril et en mai (n=30).
Cano-Lozano et ses collaborateurs ont recueilli des données en ligne au cours d’une période de confinement obligatoire à domicile du 17 avril au 10 mai 2020 [69]. Leur échantillon (n=2 245) était composé d’enfants adultes âgés de 18 à 25 ans vivant avec au moins un parent, ce qui ne respectait pas les critères d’inclusion énoncés dans le présent examen; toutefois, compte tenu du peu de recherches disponibles sur la pandémie, une exception a été faite pour inclure cette étude dans l’analyse finale. Les auteurs remarquent également que de plus en plus, surtout dans les pays occidentaux, les jeunes adultes de ce groupe d’âge continuent de résider chez leurs parents.
Cette étude a examiné la fréquence de la VAEP ainsi que son association avec le sexe, d’autres formes de violence familiale et des facteurs de stress psychosociaux. Les comportements violents envers les mères (65,2 %) étaient plus répandus que ceux envers les pères (59,4 %), une proportion beaucoup plus élevée étant observée chez les jeunes femmes comparativement aux jeunes hommes (p<0,001). Le type le plus souvent déclaré de VAEP était la violence psychologique (40,1 à 61,3 %), suivie de la coercition et de la domination (36,5 à 43 %), de la violence financière (12 à 16,6 %) et de la violence physique (1,7 à 3,3 %). Beaucoup plus de filles que de fils utilisaient la VAEP psychologique contre les deux parents (p<0,001), ainsi que des comportements coercitifs et dominants envers leur mère (p=0,04). Les fils, par contre, exerçaient plus de violence physique (p=0,014) et de violence financière (p=0,004) contre leur père.
Les analyses corrélationnelles ont démontré plusieurs associations entre la VAEP et d’autres formes de violence familiale. Le coefficient le plus élevé trouvé pour la VAEP dirigée contre la mère était la violence mère-enfant (p<0,001). On a en outre constaté un lien significatif entre la VAEP et la violence père-enfant (p<0,001). La VAEP était également liée de façon positive et significative aux facteurs de stress psychosociaux liés à la santé mentale, aux études/au travail et à la coexistence familiale (p<0,001). Dans leurs modèles de régression multilinéaire, les auteurs ont déterminé que 18,7 % de la VAEP envers les mères pouvaient s’expliquer par l’effet cumulatif des facteurs suivants : la violence mère-enfant (p<0,001), l’exposition à la violence mère-père (p<0,001) et les facteurs de stress psychosociaux des études et du travail (p=0,001), la coexistence familiale (p<0,001) et la santé mentale (p=0,005). De même, pour la violence enfant-père, le modèle final prévoyait 20,1 %, avec des augmentations importantes de l’écart selon l’exposition à la violence mère-père (p<0,001), les facteurs de stress liés aux études et au travail (p=0,007), la coexistence familiale (p<0,001) et la santé mentale (p=0,025). À la suite de ces analyses, les auteurs ont testé l’effet cumulatif des divers facteurs de stress psychosociaux et ont constaté que la valeur accumulée prédisait davantage la VAEP que lorsque chaque facteur de stress était analysé séparément (p<0,001). Autrement dit, ces facteurs de stress semblent interagir et accroître le risque de VAEP lorsqu’ils sont présents simultanément.
Les constatations de ces études indiquent que l’augmentation des interactions parents-enfants en raison de la pandémie de COVID-19, combinée à des facteurs de stress connexes tels que les problèmes scolaires ou de santé mentale, peut accroître le risque de VAEP. Des recherches récentes menées par Condry et ses collaborateurs au Royaume-Uni font écho à ces résultats. Bien que cette étude ne satisfasse pas aux critères d’inclusion pour la publication dans une revue à comité de lecture, elle fournit des renseignements et un contexte supplémentaire sur cette question [133]. En sondant les praticiens et les parents touchés par la VAEP pendant le confinement (entre avril et juin 2020), les auteurs ont relevé une augmentation importante des incidents violents signalés par 70 % des parents et 69 % des praticiens. Les données qualitatives de ces parents indiquent l’utilisation de termes comme « escalade » et « régression » pour décrire leur situation pendant le confinement, tant sur le plan de la gravité que de la fréquence de la violence. Les participants notent toutefois que le confinement n’était pas la cause principale ou l’instigateur de la violence, mais plutôt qu’il a exacerbé la VAEP existante. Il est probable que la pandémie a eu une incidence sur la VAEP de plusieurs façons, dont certaines sont indirectes. La réduction du soutien social et institutionnel, les préoccupations financières et liées à l’emploi, et l’anxiété liée au virus ne sont que quelques-uns des facteurs qui peuvent contribuer au risque de VAEP [133]. Il existe un besoin manifeste de soutien supplémentaire et d’une réponse multiorganismes au problème de la VAEP, surtout pendant et après une pandémie mondiale.
Malgré ces constatations, les données de Statistique Canada laissent entendre que les incidents de VAEP qui sont portés à l’attention de la police et qui donnent lieu à des accusations criminelles n’ont pas augmenté pendant la pandémie au Canada. La figure 5 illustre le taux auquel les jeunes ont été accusés d’infractions avec violence contre des membres de la famille immédiate (parents et frères/sÅ“urs). Bien que le rythme de la baisse ait quelque peu ralenti en 2020 et en 2021, il y a tout de même eu une légère diminution au cours de ces années. En 2019, la dernière année complète avant le début de la pandémie, 3 130 jeunes (8,4 pour 100 000) ont été accusés d’infractions avec violence contre des membres de leur famille immédiate. Ce nombre a légèrement diminué en 2020 pour s’établir à 3 034 jeunes (8,1 pour 100 000), pour diminuer de nouveau en 2021 et s’établir à 2 976 jeunes (7,9 pour 100 000).
Figure 5 : Taux pour 100 000 de jeunes accusés d’infractions avec violence dont la victime était un membre de la famille immédiate (parents et frère/sÅ“urs), 2009-2021, Canada - Version texte
La figure 5 illustre le taux de jeunes accusés d’infractions avec violence contre des membres de la famille immédiate (parents et frères/sÅ“urs) entre 2009 et 2021, au moyen d’un diagramme de dispersion. L’axe des y représente le « Taux pour 100 000 enfants (de 12 à 17 ans) », et l’axe des x représente les années 2009 à 2021, de gauche à droite. Sur le graphique, chaque année est séparée par une ligne grise délimitant chaque section. Au-dessus de chaque année répertoriée de l’axe des x se trouve un point de données bleu. Le graphique illustre une pente descendante de gauche à droite, dont le point de donnée le plus élevé déclaré se trouve en 2009 et le point de données le plus bas se trouve en 2021. Une ligne pointillée jaune est tracée entre les points de données, afin d’illustrer la relation entre ces points. Dans ce graphique, la ligne jaune est inclinée vers le bas, avec le point le plus haut à gauche et le point le plus bas à droite. Ceci vise à illustrer une tendance à la baisse dans les données.
Les points de données suivants ont été déclarés : 14,6 en 2009; 13,3 en 2010; 12,8 en 2011; 12,7 en 2012; 11,3 en 2013; 10,5 en 2014; 9,5 en 2015; 9,4 en 2016; 9,5 en 2017; 9,2 en 2018; 8,4 en 2019; 8,1 en 2020; et 7,9 en 2021.
Lacunes en matière de recherche
Il y a beaucoup de place pour une plus grande contribution à notre compréhension de la violence et des agressions enfants-parents. Premièrement, bien qu’il y ait eu beaucoup de recherches sur le rôle du sexe dans la VAEP, les études futures devraient examiner les dyades de genre et les écarts entre les jeunes perpétrant de la VAEP [10, 27, 38, 62, 70, 94, 134, 135]. D’autres recherches suggèrent l’importance d’examiner les agressions en fonction de l’âge [17], du lieu [80] et d’autres facteurs modérateurs [135]. De plus, la recherche devrait explorer de multiples perspectives de la VAEP provenant d’autres échantillons représentatifs de jeunes [4, 14, 42, 45, 76, 91, 136] et de différentes cultures pour déterminer si des facteurs ou des motifs particuliers de VAEP sont universels ou propres à une culture [5, 27, 46, 72, 91, 103, 135, 137, 138].
Les recherches futures devraient également examiner les trajectoires et les expériences antérieures des jeunes et des familles afin de mieux comprendre comment la VAEP émerge, s’aggrave et diminue. Voici quelques exemples de questions qui ont des liens documentés ou potentiels avec la VAEP : normes et valeurs culturelles et contextes sociaux, y compris le statut socioéconomique; motivations et déclencheurs de la violence et des agressions; stratégies d’adaptation et ressources individuelles, familiales et communautaires; développement et caractéristiques psychologiques; capacités sociocognitives et de traitement de l’information; lien d’attachement et style parental; antécédents de violence, violence intergénérationnelle; et intersection de la toxicomanie, des problèmes de santé mentale ou d’autres formes de violence avec la VAEP [14, 46, 62, 63, 70, 74, 84, 86, 87, 95, 97, 100, 106, 137, 139-141]. Il est important que les études futures explorent les prédicteurs et les trajectoires de la violence parent-enfant [5, 6, 16, 18, 19, 63, 100, 116], en particulier ceux qui distinguent la VAEP des autres formes de violence [116], montrent la complexité de la violence familiale [37, 106] ou tiennent compte de facteurs externes, comme les facteurs communautaires [100, 142]. Plus précisément, les recherches futures devraient examiner les traits contrôlables et incontrôlables et les expériences relatives à l’examen de l’apparition de la VAEP [116]. Des recherches futures sont également nécessaires pour comprendre les répercussions à long terme de la pandémie de COVID-19 sur la VAEP [69]. À l’inverse, il est également important de comprendre et d’explorer les facteurs qui désamorcent les conflits familiaux [103].
De même, des échantillons longitudinaux ou des théories dynamiques, comme des perspectives du parcours de vie et du développement, devraient être utilisés pour tenir compte des différentes répercussions sur la violence familiale (p. ex. ressources sociales en classe, violence antérieure, violence sexuelle) et pour comprendre les trajectoires de la délinquance chez les jeunes [4, 14, 21, 25, 46, 92, 128, 134, 136, 143]. Des recherches qualitatives devraient être menées auprès des jeunes et des parents afin de faciliter la divulgation et la compréhension de la VAEP [37, 38, 70, 91, 95]. En fin de compte, il faut explorer d’autres approches méthodologiques et cadres théoriques pour aborder la VAEP dans toute sa complexité [27, 63, 142]. En outre, il faut offrir plus de formation au personnel et aux praticiens pour faciliter la participation des jeunes à la recherche, ce qui devrait avoir une incidence sur la pratique [101].
En outre, les recherches futures devraient explorer les services qui pourraient le mieux aider les parents victimes de VAEP [129]. Il faut aussi déterminer la meilleure façon d’intervenir, de prévenir et d’assurer la sécurité de tous les membres de la famille et de veiller à ce que la violence ne se reproduise plus à l’avenir [16, 42, 72, 95, 134, 135, 139, 144]. Par exemple, Beckmann [134], Brule et Eckstein [116] ainsi que Navas-Martinez et Cano-Lozano [81] soulignent l’importance d’interventions spécialisées qui visent à s’attaquer à des facteurs de risque précis ayant une incidence sur la VAEP. Boxer et ses collaborateurs suggèrent que les cliniciens évaluent la violence jeunes-parents et intègrent des interventions dans leurs plans de traitement [16]. Armstrong et ses collaborateurs soulignent la nécessité d’interventions proactives ou d’efforts de prévention pour les familles qui montrent des signes de VAEP, ce qui exige des efforts de collaboration et d’intervention rapide entre les services d’application de la loi, le système judiciaire pour les jeunes et les services de santé mentale [62]. La recherche devrait également examiner les facteurs qui influencent la prise de décisions par les organismes d’application de la loi et les praticiens en ce qui a trait à la réponse à la VAEP [112, 129, 145]. D’autres efforts de prévention devraient tenir compte des répercussions de la violence sur les agressions ultérieures et les stratégies parentales positives [14, 135].
Afin d’examiner les répercussions et les résultats des efforts de prévention ou d’intervention, Cano-Lozano et ses collaborateurs suggèrent d’utiliser le questionnaire sur la violence enfants-parents afin d’élaborer et de mettre en Å“uvre des approches et des plans thérapeutiques pour aborder la VAEP [17, 38]. Lorsqu’il existe des efforts et des programmes de prévention, il faut procéder à des évaluations rigoureuses des résultats pour comprendre les avantages des programmes pour les parents, les familles et les jeunes [111]. Toutefois, afin de comprendre la meilleure façon de soutenir et d’intervenir, les recherches futures devraient tenter de comprendre la portée et l’étendue de la VAEP ainsi que la meilleure façon de conceptualiser cette question [19, 94, 115]. Il est essentiel d’avoir une orientation claire pour la pratique [146].
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