Élaboration du bref questionnaire d'évaluation des risques en cas de violence conjugale (B-SAFER) : Outil à l'intention des professionnels de la justice pénale

Annexe B - Guide d'utilisation B-SAFER

Bref questionnaire d'évaluation des risques en cas de violence conjugale (B-SAFER)

Guide d'utilisation

P. Randall Kropp
Stephen D. Hart
Henrik Belfrage

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Introduction

Survol du B-SAFER

Le B-SAFER est une liste de vérification ou un guide visant à évaluer le risque de violence conjugale dans un contexte de justice pénale et civile (criminalistique). [4] Le B-SAFER vise à aider les utilisateurs à faire preuve de discernement professionnel lorsqu'il leur faut procéder à une évaluation des risques; cet outil ne vient en aucun cas remplacer le discernement professionnel. Le but poursuivi par cette initiative consiste à mettre en place un cadre systématique, normalisé, utile et pratique pour recueillir et examiner l'information afin de prendre des décisions relatives au risque de violence. Le B SAFER s'inspire directement de la documentation scientifique et professionnelle portant sur l'évaluation du risque de violence et la planification de la sécurité de la victime.

L'outil est présenté en deux sections qui abordent le contenu de base d'une évaluation détaillée du risque de violence conjugale. La première section, Violence conjugale, comprend cinq facteurs liés aux antécédents du(de la) contrevenant(e) en matière de violence conjugale. La deuxième section, Adaptation psychosociale, présente cinq facteurs de risque qui sont révélateurs du fonctionnement psychologique et social, en plus d'être de bons indicateurs du risque de violence d'un point de vue plus général. Les utilisateurs peuvent également faire mention, dans la section Autres facteurs, de facteurs de risque qui sont rares ou uniques au cas sous étude.

Compétences de l'utilisateur

Il incombe aux utilisateurs de veiller à ce que leurs évaluations soient conformes aux lois, règles et politiques pertinentes. Ils doivent en outre posséder les compétences minimales suivantes :

  1. une expertise en matière d'évaluation individuelle (p. ex., formation officielle et/ou expérience connexe avec des auteurs et les victimes de voies de fait sur un partenaire);

  2. une expertise en matière de violence à l'endroit des femmes en relation de couple (p. ex., cours officiel, connaissance de la documentation spécialisée pertinente, expérience de travail dans ce domaine).

Il est à noter que l'un des facteurs porte sur des aspects de la santé mentale et peut nécessiter une évaluation psychologique ou psychiatrique. Les utilisateurs qui ne sont pas des professionnels de la santé mentale peuvent évaluer ce facteur en consultant des rapports psychologiques ou psychiatriques sur le sujet. D'autres solutions s'offrent à eux, c'est-à-dire (a) coder le facteur en inscrivant une note comme quoi le codage devrait être considéré comme provisoire (ce qui signifie qu'il était impossible sur le moment de procéder à une consultation psychologique ou psychiatrique) ou (b) omettre tout simplement le facteur, en mentionnant les répercussions de cette omission dans leur évaluation.

Confidentialité/consentement éclairé

L'évaluation nécessite la collecte et la mise par écrit d'information délicate au sujet de l'agresseur (présumé) et de la victime. Par conséquent, les personnes interviewées devraient être informées des usages potentiels de l'information divulguée avant de consentir à l'évaluation. Il importe de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger le caractère confidentiel de l'information susceptible de compromettre la sécurité de la victime.

Applications

Le B-SAFER doit être utilisé dans diverses situations de violence potentielle. Dans le système de justice pénale, l'évaluation du risque est pertinente à différentes étapes : pendant l'enquête de la police, avant le procès, avant le prononcé de la sentence du (de la) contrevenant(e), et avant sa libération. Il va de soi que même si aucune accusation criminelle ne sera portée, l'évaluation du risque sera tout de même utile aux personnes chargées de communiquer avec les refuges ou d'offrir des services de consultation à la victime. Dans le système de justice civile, la planification de la sécurité peut se révéler nécessaire dans une situation de séparation ou de divorce et pendant les procédures relatives à la garde des enfants et au droit d'accès. Ces faits sont particulièrement importants lorsqu'on sait que plusieurs séparations ont pour cause la violence conjugale et que la séparation constitue un risque accru de violence répétée, voire recrudescente.

Il est important de bien comprendre que l'évaluation du risque n'est pas un processus statique. Le niveau de risque variera et changera au fil du temps, suivant les circonstances du (de la) contrevenant(e) (et de la victime). Il est par conséquent recommandé de procéder à des évaluations répétées au moins tous les six mois. De plus, les situations critiques suivantes requièrent de nouvelles évaluations des risques :

Un modèle d'évaluation du risque basé sur la prévention

Trois modèles, ou méthodes, d'évaluation du risque sont abordés dans la documentation spécialisée portant sur la violence : la prise de décisions cliniques non structurée, la prise de décisions actuarielle, et le jugement professionnel structuré. Cette section présente chaque méthode selon sa pertinence dans la réalisation d'évaluations du risque de violence conjugale en général, et dans l'application du B-SAFER en particulier.

Évaluation clinique non structurée

Encore aujourd'hui, la prise de décisions cliniques non structurée demeure vraisemblablement la méthode la plus utilisée dans l'évaluation du risque de violence conjugale (Campbell et coll., 2001; Dutton et Kropp, 2000). Il s'agit d'une méthode qui n'impose aucune contrainte ni ligne directrice à l'évaluateur, dont les décisions sont fondées sur l'exercice du discernement professionnel, sur ses compétences et son expérience. Par conséquent, les professionnels doivent faire confiance à leur intuition, ou à leur instinct, lorsqu'ils doivent évaluer si une personne est dangereuse ou non. L'approche a été critiquée à plusieurs égards dans la documentation spécialisée sur la violence en raison de son manque de fiabilité, de validité et de responsabilité (Litwack et Schlesinger, 1999; Quinsey et coll., 1998) et a même été qualifiée [Traduction] " d'informelle, de subjective, [et] impressionniste " (Grove et Meehl, 1996, p. 293). L'un des avantages traditionnels de la prise de décisions cliniques non structurée réside dans le fait qu'elle permet une analyse idiographique du comportement du contrevenant ainsi que l'élaboration d'un modèle sur mesure de gestion du risque et de stratégies de prévention de la violence en fonction de la personne et des circonstances. Néanmoins, compte tenu du fait que l'approche dépend dans une grande mesure du discernement professionnel, le risque est plus grand de passer outre des facteurs importants requérant une intervention. Ainsi, les recommandations de stratégie de gestion - lorsqu'elles sont formulées - sont vraisemblablement fondées avant tout sur la formation, les préférences et la partialité de l'évaluateur au lieu de sur : (1) une étude bien raisonnée des facteurs de risque dynamiques et criminogènes (c.-à-d. qui incitent à la criminalité) et (2) des stratégies d'intervention qui sont soit valides du point de vue empirique, soit reconnues dans le milieu. À la lumière des nombreuses critiques à l'égard de cette approche, les professionnels qui doivent intervenir auprès d'auteurs de voies de fait à l'endroit de leur conjoint et de leurs victimes abandonnent peu à peu cette pratique (Campbell, 1995; Dutton et Kropp, 2000; Hilton, Harris, Rice, Lang, et Cormier, sous presse). À tout le moins, les intervenants devraient seulement évaluer les facteurs de risque qui sont reconnus dans la documentation spécialisée empirique ou clinique.

Évaluation actuarielle

L'approche actuarielle d'évaluation du risque est fortement associée au paradigme de prédiction abondamment utilisé dans la documentation spécialisée sur la violence (consulter Heilbrun, 1997). Ce type de méthode vise à prévoir des comportements spécifiques dans une période de temps donnée. Le but reconnu de la méthode actuarielle consiste à prévoir la violence dans : (1) un sens relatif, en comparant une personne à un groupe de référence basé sur la norme et (2) un sens absolu, en procédant à un estimé précis et probabiliste des risques de violence à venir. Grove et Meehl (1996, p. 293) ont qualifié cette approche de [Traduction] " mécanique et d'algorithmique ". Le principal avantage de cette approche réside dans le fait qu'elle est plus fiable et valide que les évaluations cliniques non structurées (Grove et Meehl, 1996; Litwack, 2001; Quinsey et coll., 1998). L'approche actuarielle aide l'évaluateur à déterminer, dans un sens relatif, le risque que représente une personne sur une période de temps donnée, en la comparant à un groupe de référence. Dans ce sens, il peut être utile de créer et de mettre à l'essai des outils actuariels pour les évaluations du risque de violence conjugale. En fait, plusieurs tentatives ont démontré des corrélations entre l'approche actuarielle - soit l'addition des facteurs de risque pour arriver à une " note " illustrant le risque que représente le sujet - et diverses mesures du comportement violent et la validité conceptuelle (Campbell, 1995; Grann et Wedin, 2002; Hanson et Wallace-Capretta, 2000; Kropp et Hart, 2000; McFarlane, Campbell, et Watson, 2002). Au Canada, cette approche a été utilisée par la Police provinciale de l'Ontario pour mettre sur pied l'Évaluation du risque de violence familiale en Ontario, ou ERVFO (Hilton et coll., sous presse).

L'approche actuarielle est critiquée en raison de son manque d'utilité pratique (Douglas et Kropp, 2002; Hart, 1998; Litwack, 2001). On peut donc dire qu'il existe une divergence d'opinion entre la science et la pratique. Les intervenants sont réticents à utiliser des méthodes qui ne font pas appel au discernement professionnel. Cette réticence est peut-être attribuable au fait qu'ils croient que leur rôle est de prévenir la violence, et non de la prévoir (Douglas et Kropp, 2002; Heilbrun, 1997). Au chapitre de la prévention de la violence, les méthodes actuarielles peuvent nous informer sur le niveau global de gestion du risque qui pourrait se révéler nécessaire (c.-à-d. plus le risque est élevé, plus il faudra de ressources). En revanche, elles sont peu utiles pour nous renseigner sur des stratégies précises de prévention de la violence. Heilbrun (1997) distinguait les modèles de gestion du risque qui servaient à prédire le niveau de risque de ceux qui servaient à gérer le risque en tant que tel, affirmant que le modèle de prédiction avait vraisemblablement peu d'incidence sur la gestion, notamment en raison d'une certaine insensibilité au changement. Pour appliquer l'approche actuarielle de façon utile, l'évaluateur doit examiner un ensemble fixe de facteurs et ne peut tenir compte de variables uniques, inhabituelles ou spécifiques à une situation pouvant nécessiter une intervention (Hart, 1998). En outre, les outils actuariels sont parfois difficilement compatibles avec les programmes de thérapie des contrevenants : il y a une incongruité entre les objectifs visés par les programmes de prévention de la violence comme les " attitudes menant à la violence " ou le " déni et la minimisation " et les outils d'évaluation du risque qui ne tiennent pas compte de ce type de facteur. Somme toute, si l'approche actuarielle donne une impression d'objectivité et de précision, elle établit très peu de corrélation avec la violence (Douglas, Cox et Webster, 1999), sans compter qu'elle est assujettie à des contraintes, comme un rétrécissement statistique (répétition incomplète pendant la contre validation dans les nouvelles populations) et une erreur de mesure. De plus, les intervenants peuvent avoir l'impression de ne pas aller au fond des choses en n'évaluant le risque que d'un point de vue, passant outre les exigences légales, éthiques et professionnelles exigeant d'étudier, sous tous les angles, toute l'information connue (American Psychological Association, 2002). Il faudra donc assister à des changements profonds dans la loi et la pratique professionnelle avant de voir les professionnels abandonner le discernement en faveur de méthodes actuarielles strictes. Dans l'intervalle, et en admettant que de tels changements se produisent, les professionnels doivent trouver le juste équilibre entre la rigueur scientifique et le respect du caractère unique de chaque cas. La météorologie offre à cet égard une analogie intéressante : même si les tableaux climatiques et les modèles informatiques sont très efficaces pour prédire la température, il est toujours avisé de regarder dehors avant de décider quoi porter.

Jugement professionnel structuré

Le jugement professionnel structuré est une approche d'évaluation du risque qui tente de faire le lien entre l'approche clinique non structurée et l'approche actuarielle (Douglas et Kropp, 2002; Hart, 1998). Le terme " professionnel " (Kropp et Hart, 2000) vise à reconnaître la réalité selon laquelle plusieurs professionnels non cliniques (comme des policiers, des agents de probation et les fournisseurs de services aux victimes) sont appelés à effectuer des évaluations du risque de violence. La méthode a également été appelée " approche clinique guidée " par Hanson (1998, p. 52). Selon cette approche, l'évaluateur doit procéder à une évaluation en suivant des lignes directrices fondées sur les connaissances théoriques, professionnelles et empiriques connues à ce jour sur la violence. Ces lignes directrices établissent les principaux facteurs de risque à prendre en considération dans chaque cas et comprennent pour la plupart des recommandations sur la manière de rassembler l'information (p. ex., la consultation de plusieurs sources et l'utilisation de nombreuses méthodes), de communiquer des opinions et de mettre en œuvre des stratégies de prévention de la violence. Cette méthode est sans conteste plus répandue que l'approche clinique non structurée, tout en offrant une marge de manœuvre beaucoup plus grande que la méthode actuarielle. Le jugement professionnel structuré est exempt de toute contrainte en ce qui a trait à la prise en considération, à l'évaluation ou à la combinaison de facteurs de risque. En ce sens, l'approche entre toujours dans la définition de Grove et Meehl (1996, p. 293) de prise de décisions " subjective et impressionniste ". Dans l'ensemble toutefois, cette approche est beaucoup plus structurée que la prédiction clinique traditionnelle, en plus de guider l'évaluateur quant aux facteurs de risque à prendre en considération et aux définitions opérationnelles à utiliser dans l'analyse des facteurs. Pour ce qui est du caractère souple de l'approche, il est particulièrement évident à la dernière étape de l'approche, qui consiste à combiner les facteurs de risque d'une manière qui n'est pas fondée sur des algorithmes. Sans porter atteinte à la responsabilité et au discernement professionnel de l'évaluateur, l'approche du jugement professionnel structuré a pour but d'améliorer la cohérence et la visibilité des évaluations du risque. Au Canada, cette approche a été utilisée par le British Columbia Institute Against Family Violence (BCIFV) dans le cadre de l'élaboration du Spousal Assault Risk Assessment Guide (SARA) (Kropp, Hart, Webster et Eaves, 1994, 1995, 1999).

Le but principal de l'approche professionnelle structurée à l'évaluation du risque consiste à prévenir la violence (Douglas et Kropp, 2002). En mettant en lumière systématiquement les facteurs de risque - en particulier les facteurs dynamiques ou évolutifs - pertinents à la cause, il est possible de mettre en œuvre des stratégies de gestion adaptées pour prévenir la violence. Cette approche est populaire auprès des intervenants des services correctionnels depuis quelque temps déjà puisqu'elle est relativement efficace à prévenir la récidive criminelle générale (Andrews et Bonta, 2003). En fait, la documentation spécialisée des services correctionnels reconnaît depuis longtemps l'importance de mettre en lumière les facteurs de risque et de besoin chez les sujets afin de gérer de manière efficace leur comportement. Il convient également de noter que l'approche professionnelle structurée s'apparente sur plusieurs points aux paramètres de la pratique clinique communément utilisés en médecine (Kapp et Mossman, 1996). Non seulement l'approche professionnelle structurée permet d'établir un lien logique, visible et systématique entre les facteurs de risque et l'intervention, mais elle permet également d'identifier les personnes qui représentent un risque de violence élevé ou, à l'opposé, faible. Elle est la cible de certaines des critiques reprochées à l'approche clinique non structurée compte tenu du fait qu'elle repose en grande partie sur le discernement professionnel. Il existe néanmoins des preuves de la fiabilité et de la validité des lignes directrices s'appliquant au jugement professionnel structuré, comme le SARA (Douglas et Kropp, 2002; Douglas et Webster, 1999; Kropp et Hart, 2000; Grann et Wedin, 2002; Watterworth, Smith, Williams, et Houghton, 2001).

Stratégies de gestion du risque

Le B-SAFER vise à aider les évaluateurs à élaborer des stratégies de gestion du risque, une entreprise ardue s'il en est une. Idéalement, il faut connaître différents professionnels œuvrant dans plusieurs organismes, chacun possédant un ensemble de compétences et un mandat propres, et collaborer avec ces derniers. L'élaboration et la mise en œuvre de plans de gestion du risque détaillés, intégrés et multidisciplinaires sont plus efficaces si elles sont accompagnés d'une politique directrice et d'un guide des procédures (Kropp, Hart, Lyon et LePard, 2002). Le B-SAFER encourage les évaluateurs à envisager d'instaurer ou de mettre en œuvre quatre types d'activités de gestion du risque de base : le suivi, le traitement, la supervision et la planification de la sécurité de la victime (Kropp et coll., 2002).

Suivi

Une gestion du risque efficace doit nécessairement comprendre un volet de suivi, ou d'évaluation répétée. L'objectif visé par le suivi consiste à évaluer les variations dans le niveau de risque au fil du temps de manière à adapter, en conséquence, les stratégies de gestion du risque. Les services de suivi peuvent être offerts par des professionnels provenant de divers domaines, notamment la santé mentale, les services sociaux, l'application de la loi, les services correctionnels et la sécurité privée. Le suivi, contrairement à la supervision, met l'accent sur la surveillance et non sur le contrôle ou la restriction des libertés, ce qui en fait un processus peu gênant.

Les stratégies de suivi peuvent comprendre des contacts avec le client, ainsi qu'avec les victimes potentielles et d'autres personnes concernées (comme les thérapeutes, les agents correctionnels, les membres de la famille et les collègues) sous la forme de rencontres en personne ou téléphoniques. Dans les situations qui le justifient, elles pourraient également comprendre des visites sur place (à la maison ou au travail), de la surveillance électronique, des rencontres sous polygraphe, le dépistage de drogues (analyses d'urine, de sang ou de cheveux), et l'inspection du courrier ou des télécommunications (relevés téléphoniques, relevés de télécopieur, courriel, etc.). Des contacts fréquents par le client avec des professionnels de la santé mentale et des services sociaux constituent une excellente stratégie de suivi; en effet, tout rendez vous manqué avec les fournisseurs de soins est un indicateur que la conformité du client au traitement et à la supervision est peut être en train de se relâcher.

Les plans de suivi devraient préciser le type et la fréquence des contacts requis (visites en personne hebdomadaires, téléphones quotidiens et évaluations mensuelles). Ils devraient également comprendre tout " déclencheur " ou " signe d'avertissement " qui sonne l'alarme quant à l'imminence ou à l'intensification du risque de violence du sujet.

Traitement

Le traitement comprend la prestation de services d'adaptation ou de réadaptation. Le but du traitement consiste à combler les déficits du (de la) contrevenant(e) en matière d'adaptation psychosociale. En règle générale, les services de traitement sont offerts par les professionnels en santé mentale et en services sociaux travaillant dans des cliniques ou des établissements de consultation interne et externe. Dans une grande partie des cas, le traitement n'est pas volontaire, c'est à dire que le sujet est obligé, sur le plan civil, de suivre une thérapie en consultation interne ou externe en vertu d'une loi régissant la santé mentale; est traité dans un établissement de psychiatrie correctionnelle ou légale; fait l'objet d'une ordonnance l'obligeant à suivre un traitement comme condition de caution, de probation ou de libération conditionnelle; ou est tenu d'assister à une évaluation ou à un traitement dans le cadre d'un programme d'aide aux employés (Kropp et coll., 2002).

Une des formes de traitement les plus efficaces consiste à se pencher sur le trouble mental en lien direct avec les antécédents de violence de l'agresseur. Si aucune preuve directe n'établit encore avec certitude que divers traitements pour trouble mental permettent de faire diminuer la violence, il est possible - et même fort probable - qu'ils auront un effet bénéfique. Plusieurs formes de traitement sont possibles, notamment la psychothérapie individuelle ou en groupe; les programmes de psychopédagogie conçus pour changer les attitudes à l'égard de la violence; les programmes de formation visant à perfectionner les habiletés interpersonnelles et professionnelles et les aptitudes de maîtrise de la colère; les médicaments psychoactifs, comme les antipsychotiques ou les psychorégulateurs; et les programmes de dépendance chimique.

Une autre forme de traitement efficace consiste à réduire les facteurs de stress aigus, comme les maladies physiques, les conflits interpersonnels, le chômage, les problèmes juridiques et ainsi de suite. Les facteurs de stress peuvent déclencher ou exacerber un trouble mental, en plus de provoquer des symptômes transitoires d'une psychopathologie, même chez les personnes en bonne santé mentale. La méthode la plus efficace de réduire le stress psychologique consiste à éliminer directement le facteur de stress (c.-à-d. la circonstance ou l'événement à l'origine du stress). À cette fin, les mécanismes de règlement des différends peuvent se révéler d'une grande utilité. On compte parmi ceux-ci la prestation de services de gestion de crise ou de consultation juridique et même, lorsqu'une évaluation complète indique que ce moyen pourrait être utile aux deux parties, une recommandation selon laquelle la personne devrait participer à un processus d'arbitrage, de médiation ou de concertation.

Supervision

La supervision suppose la restriction des droits ou libertés du (de la) contrevenant(e). Le but visé consiste à rendre (plus) difficile la perpétration d'autres actes de violence. Les services de supervision sont habituellement offerts par des professionnels des domaines de l'application de la loi, des services correctionnels, de la justice et de la sécurité qui travaillent dans des établissements spécialisés ou dans la communauté.

Une forme extrême de supervision est la neutralisation, soit le placement forcé dans un établissement correctionnel ou de soins de santé. Il ne fait aucun doute que la neutralisation représente un moyen efficace de réduire l'accès de l'agresseur aux victimes potentielles. Mais elle n'est pas infaillible : le (la) contrevenant(e) peut s'échapper ou s'enfuir de l'institution, ou encore commettre des actes de violence à l'endroit du personnel ou d'autres personnes placées dans l'établissement. La neutralisation comporte également d'autres inconvénients : en plus d'être coûteuse, elle restreint l'accessibilité aux services de traitement et peut favoriser le développement des attitudes antisociales en raison de contacts accrus avec des personnes antisociales et de la naissance d'un sentiment d'impuissance ou de frustration.

La supervision dans la collectivité est de loin plus répandue que le placement en établissement. Généralement, ce processus permet au (à la) contrevenant(e) de demeurer dans la collectivité, tout en étant restreint(e) dans ses activités, ses mouvements, ses relations et ses communications. Les restrictions dans les activités peuvent comprendre l'exigence d'assister à des programmes de formation professionnelle ou des cours, l'interdiction de consommer de l'alcool ou des drogues, et ainsi de suite. Les restrictions dans les déplacements peuvent prendre la forme d'une assignation à résidence, de l'interdiction de voyager, d'une ordonnance appelée " n'entre pas " (c.-à-d. interdictions de visiter des secteurs géographiques spécifiques) et d'une autorisation de voyager seulement avec des chaperons préalablement identifiés. Enfin, les restrictions quant aux relations peuvent prendre la forme d'ordonnances de ne pas socialiser ou communiquer avec des personnes ou des groupes de personnes précis qui pourraient encourager des actes antisociaux ou avec les victimes d'infractions antérieures.

En règle générale, le niveau de supervision devrait correspondre aux risques posés par le (la) contrevenant(e). De cette manière, ses droits civils sont respectés, et la responsabilité des personnes qui offrent les services de supervision n'est pas excessive.

Planification de la sécurité de la victime

La planification de la sécurité de la victime vise à améliorer les ressources de la victime en matière de sécurité dynamique et statique, un processus parfois appelé " renforcement de la cible ". L'objectif vise à s'assurer qu'en cas de violence - malgré tous les efforts de suivi, de traitement et de supervision - toute conséquence négative sur le bien être psychologique et physique de la victime soit minime. Les services de planification de la sécurité de la victime peuvent être offerts par des professionnels de plusieurs domaines, notamment les services sociaux, les ressources humaines, l'application de la loi et la sécurité privée. Ces services peuvent être offerts peu importe si l'auteur des actes de violence est placé en établissement ou dans la collectivité. La planification de la sécurité de la victime est plus efficace dans les situations de " renforcement de la cible ", soit lorsque l'identité des victimes potentielles d'actes futurs est connue.

La sécurité dynamique est une fonction de l'environnement social. Elle est offerte par des personnes - la victime et d'autres personnes -qui sont en mesure de réagir rapidement aux changements de situation. L'aptitude de ces personnes à réagir efficacement dépend en premier lieu de la mesure dans laquelle elles disposent de renseignements précis et complets quant aux risques auxquels les victimes sont exposées. En d'autres mots, une bonne communication avec la victime est au cœur de la planification de sa sécurité. C'est pourquoi des séances de consultation avec les victimes afin de les mettre au fait de la situation exacte et d'aiguiser leur vigilance peuvent se révéler d'une grande utilité. De plus, il pourrait être avisé d'offrir aux victimes des traitements visant à combler les déficits d'adaptation ou à perfectionner les habiletés d'adaptation qui, autrement, leur nuisent et les rendent incapables de se protéger (p. ex., la psychothérapie pour libérer l'anxiété ou la dépression). Une formation en autodéfense devrait être envisagée, notamment pour apprendre les protocoles de réponse aux appels téléphoniques et au courrier, ou encore des cours d'autodéfense physique. Enfin, il faut envisager de distribuer aux personnes proches des victimes et aux responsables de leur sécurité des renseignements sur l'agresseur (notamment une photo récente), les risques pour les victimes et les mesures à prendre si l'agresseur tente d'approcher les victimes. Ces renseignements permettront aux professionnels de l'application de la loi et de la sécurité privée d'élaborer des plans de sécurité en conséquence.

La sécurité statique est une fonction de l'environnement physique. Elle est efficace lorsqu'elle a pour effet d'améliorer l'habileté de la victime à surveiller son environnement et d'empêcher une personne de commettre des actes de violence. Le plan de gestion du risque devrait donc prévoir une évaluation visant à déterminer s'il est possible d'améliorer la sécurité statique de la victime lorsqu'elle est à la maison, au travail ou en déplacement. En outre, la visibilité peut être améliorée en ajoutant des lumières, en modifiant les jardins ou le terrain et en installant des caméras vidéo. L'accès peut également être restreint en ajoutant des serrures aux portes ou en installant des serrures plus performantes et en prévoyant des points de contrôle de sûreté. Des alarmes peuvent être installées, ou encore des alarmes personnelles peuvent être remises aux victimes. Dans certains cas, il peut être impossible d'assurer la sécurité de la victime dans un lieu en particulier; le cas échéant, l'équipe de gestion de cas peut recommander des mesures extrêmes, notamment le changement de résidence et de lieu de travail de la victime.


[4] La violence conjugale est définie comme tout acte ou toute tentative ou menace d'une personne visant à causer des dommages corporels à une autre personne avec qui elle entretient ou a entretenu une relation intime ou sexuelle. Cette définition est universelle et n'est pas limitée par le sexe ou l'orientation sexuelle de la victime ou du(de la) contrevenant(e). Elle n'accorde pas non plus d'importance au fait que les partenaires soient mariés ou non. Cela étant dit, il est généralement reconnu que la violence faite aux femmes par leur partenaire masculin est la forme la plus répandue et grave de violence conjugale.