Statistiques choisies sur les familles canadiennes et le droit de la famille :
Deuxième édition

ENFANTS, SÉPARATION ET DIVORCE[1]

La vie familiale complexe des enfants canadiens

Les données démographiques récentes montrent qu'une proportion croissante d'enfants vivent dans des familles monoparentales et qu'ils commencent à le faire de plus en plus jeunes. La figure 9 présente la proportion d'enfants canadiens appartenant à une famille monoparentale pour diverses cohortes de naissance. Elle montre en particulier le pourcentage cumulatif d'enfants nés dans une famille monoparentale ou dont les parents se sont séparés avant leur dernier anniversaire de naissance.

Figure 9 : Enfants canadiens nés d'un parent seul ou dont les parents se sont séparés, pour diverses cohortes de naissance

Il y a 30 ans, près de 25 % des enfants étaient nés d'une mère seule ou avaient vu leurs parents se séparer avant l'âge de 20 ans. La moitié des parents de ce groupe s'étaient séparés après le 10e anniversaire de l'enfant.

Dix ans plus tard (cohortes de 1971-1973), les enfants étaient encore plus jeunes au moment de la séparation de leurs parents. À 15 ans, 25 % de ces enfants connaissaient déjà la vie dans une famille monoparentale et trois fois sur quatre, les enfants avaient moins de 10 ans au moment de la séparation.

Les enfants nés après 1983 étaient encore plus jeunes au moment de la séparation de leurs parents. À 10 ans, un enfant sur quatre né en 1983-1984 connaissait la vie dans une famille monoparentale et près de 23 % des enfants des cohortes suivantes (nées en 1987-1988) avaient connu la même expérience à l'âge de 6 ans.

Rien ne permet de croire que ces tendances vont se ralentir dans un proche avenir puisque des proportions croissantes d'enfants nés d'unions libres courent un plus grand risque que les autres de voir leurs parents se séparer.

Un nombre disproportionné d'enfants de familles désunies sont nés d'unions libres

Lorsque les parents décident de cohabiter plutôt que de se marier, leur décision a un profond retentissement sur la survie de l'unité familiale. La figure 10 présente le pourcentage cumulatif d'enfants canadiens nés dans une famille biparentale qui ont vécu la séparation de leurs parents, selon le type d'union de ceux-ci.

Dans les cohortes de 1983-1984, 60 % des enfants sont nés de parents qui s'étaient mariés sans cohabitation préalable, 24 % de parents qui s'étaient mariés après avoir vécu ensemble et 10 % de parents en union libre. Dans ce dernier groupe, les parents de 3 % des enfants s'étaient mariés avant le 10e anniversaire de l'enfant. Les enfants nés d'un parent seul (6 %) ne sont pas comptés ici.

Figure 10 : Enfants canadiens nés dans une famille biparentale qui ont vécu la séparation de leurs parents, selon le type d'union des parents - Cohortes de 1983-1984 - ELNEJ 1994-1995

Comme nous l'avons vu, des nombres croissants d'enfants de foyers brisés sont nés de parents qui ne s'étaient pas mariés. La figure 11 ci-dessous présente les données sous une forme quelque peu différente : elle montre la répartition de l'ensemble des enfants de 11 ans et moins et celle des enfants de familles désunies, selon le type d'union des parents.

La majorité des enfants (52 %) sont nés de couples qui n'avaient pas cohabité avant le mariage et 32 % sont nés de parents mariés qui avaient vécu au préalable en union libre. Enfin, 13 % sont nés de parents en union libre qui ne s'étaient pas mariés au moment de l'enquête (figure 11).

Figure 11 : Répartition des enfants de 11 ans et moins et des enfants issus d'une famille désunie, selon le type d'union des parents  - Canada - ELNEJ 1994-1995

Parmi les enfants dont les parents s'étaient séparés, seuls 30 % étaient nés de couples mariés qui n'avaient pas cohabité auparavant. Une proportion un peu plus grande (34 %) étaient nés de couples en union libre qui ne s'étaient pas mariés au moment de l'enquête. Les enfants nés d'unions libres étaient clairement surreprésentés parmi les enfants qui avaient été témoins de la rupture de leur foyer.

Schémas de séparation et de divorce

L'évolution des types d'unions est-elle accompagnée d'une évolution de la façon dont ces unions se terminent? Les couples légalement mariés qui se séparent sont-ils de plus en plus nombreux à ne plus se soucier de légaliser leur rupture par un divorce?

Les courbes de survie présentées dans la figure 12 fournissent les données nécessaires pour répondre à ces questions. Les courbes montrent, pour diverses régions, le pourcentage d'enfants issus d'un mariage rompu dont les parents n'ont pas divorcé, selon le temps écoulé depuis la séparation. De toute évidence, les résultats de la figure 12 sont liés aux motifs pour lesquels un divorce peut être accordé et aux différences régionales caractérisant le processus même de divorce, qui peuvent influer sur le temps qu'il est nécessaire d'attendre avant que le divorce soit prononcé.

Figure 12 : Pourcentage d'enfants issus d'un mariage rompu dont les parents n'ont pas encore divorcé, selon le temps écoulé depuis la séparation - ELNEJ 1994-1995 (méthode des tables de survie)

Comme le montre la figure 12, près de la moitié (47 %) des enfants issus de mariages rompus au Canada n'ont pas vu leurs parents divorcer trois ans après la séparation. La proportion passe à 28 % après cinq ans de séparation. On peut se demander si les couples qui n'ont pas obtenu le divorce après cinq ans le feront jamais.

Ailleurs qu'au Québec, la proportion d'enfants des différentes régions du pays dont les parents n'avaient pas encore divorcé après cinq ans de séparation ne s'écartait pas très sensiblement de la moyenne nationale. La figure 12 montre qu'au Québec, 74 % seulement des enfants (94 % en Ontario) issus de mariages rompus n'avaient pas vu leurs parents divorcer après un an de séparation. Ce pourcentage tombait à 21 % après cinq ans.