Profil de la criminalité dans les villes canadienne : analyse statistique multidimensionnelle
2. Méthode
L'étude met à contribution les données transmises par tous les services de police du Canada dans le cadre du Programme de déclaration uniforme de la criminalité (PDUC1) mené par le Centre canadien de la statistique juridique de Statistique Canada. Les données sont celles de 1999. Il faut souligner qu'elles ne tracent pas un portrait complet de la criminalité; en effet, de nombreuses enquêtes ont démontré qu'environ la moitié seulement des crimes sont signalés à la police.
Bien que nous disposions de données pour tous les services et tous les détachements de police du Canada, nous avons exclu celles qui portent sur les régions rurales parce que nous possédions aucune estimation exacte des populations dans ces régions, ce qui empêche le calcul des taux. Cependant, le rayon d'action de certains services de police régionaux comprend des zones rurales. De plus, quelques services de police autochtones œuvrant dans les réserves indiennes ont déclaré la population de la réserve, ce qui nous permet de les inclure. Abstraction faite de ces exceptions mineures, on peut dire que les données analysées représentent la très grande majorité des crimes déclarés en milieu urbain.
Au total, la base de données du PDUC1 fournit des chiffres sur exactement 600 villes. Le tableau montre la répartition de ces villes entre les dix provinces. Bien qu'il existe de petites villes dans les territoires (Yukon, Territoires du Nord-Ouest, Nunavut), nous n'en connaissons pas la population, et c'est pourquoi elles sont exclues.
| Province | Nombre | Pourcentage |
|---|---|---|
| Terre-Neuve | 4 | 0,7 |
| Île-du-Prince-Édouard | 6 | 1,0 |
| Nouvelle-Écosse | 29 | 4,8 |
| Nouveau-Brunswick | 23 | 3,8 |
| Québec | 157 | 26,2 |
| Ontario | 149 | 24,8 |
| Manitoba | 32 | 5,3 |
| Saskatchewan | 50 | 8,3 |
| Alberta | 75 | 12,5 |
| Colombie-Britannique | 75 | 12,5 |
| TOTAL | 600 | 100,0 |
La première étape consiste à regrouper les infractions en catégories pour faciliter l'analyse. Cette mesure est rendue nécessaire par le fait que le taux des petites villes serait extrêmement bas pour certaines infractions et qu'un nombre élevé de valeurs presque nulles fausserait les résultats. Le tableau 2 montre les groupements utilisés.
| CATÉGORIE | INFRACTIONS VISÉES ET EXEMPLES | |
|---|---|---|
| 1 | Homicide | Meurtre, homicide involontaire, infanticide |
| 2 | Agression sexuelle I | Agression sexuelle simple (niveau 1) |
| 3 | Agression sexuelle grave | Agression sexuelle armée (niveau 2), agression sexuelle grave (niveau 3) |
| 4 | Autres infractions d'ordre sexuel | Ex. : Relations sexuelles avec une personne de moins de 14 ans |
| 5 | Voies de fait I | Voies de fait simple (niveau 1) |
| 6 | Voies de fait graves | Tentative de meurtre, voies de fait avec arme (niveau2), voies de fait graves (niveau 3) |
| 7 | Autres voies de fait | Ex. : Voies de fait contre un agent de police |
| 8 | Vol qualifié | |
| 9 | Enlèvement | |
| 10 | Entrée par effraction | |
| 11 | Vol de véhicule automobile | |
| 12 | Vol de plus de 5000$ | |
| 13 | Vol de 5000$ ou moins | |
| 14 | Possession de biens volés | |
| 15 | Fraude et contrefaçon | Fraude, contrefaçon de monnaie |
| 16 | Incendie criminel | |
| 17 | Vandalisme | Avaries faites avec intention |
| 18 | Infraction contre la moralité | Prostitution, jeu, paris, actes indécents, moralité publique |
| 19 | Armes offensives | Ex. : Possession d'armes prohibées ou à autorisation restreinte |
| 20 | Autres infractions au Code criminel | Ex. : Violation des conditions de liberté sous caution, évasion |
| 21 | Possession de stupéfiants | Héroïne, cocaïne, cannabis et autres |
| 22 | Trafic de stupéfiants | Héroïne, cocaïne, cannabis et autres |
| 23 | Drogues réglementées et d'usage restreint | |
| 24 | Infractions à diverses lois fédérales | Ex. : Loi sur les douanes, Loi sur les jeunes contrevenants |
| 25 | Infractions routières prévues au Code criminel | Ex. : Conduite avec facultés affaiblies, refus de fournir un échantillon d'haleine |
Nous avons analysé le taux de criminalité (par 100000 habitants) pour ces 25 catégories dans les 600 villes au moyen d'une technique statistique appelée analyse factorielle[1]. Ce procédé a pour but de trouver le plus petit nombre de « composantes » ou de « facteurs » pouvant représenter les 25 variables d'origine. Chaque composante représente un groupe de variables présentant un fort degré de corrélation. Autrement dit, si deux variables présentent un fort taux de corrélation, elles se retrouveront normalement dans la même composante (comme les paires de variables liées par une forte corrélation que nous avons présentées précédemment).
L'analyse factorielle révèle que les groupements optimaux donnent lieu à quatre composantes. Nous avons donc utilisé ces quatre composantes (facteurs) pour représenter les 25 catégories d'infractions que nous avions au départ. En d'autres termes, on aurait pu utiliser les 25 taux de criminalité pour établir un profil détaillé, mais on pouvait aussi obtenir un résultat similaire satisfaisant, quoique moins détaillé, avec les quatre composantes. Chaque composante combine les taux d'un petit nombre d'infractions présentant un fort degré de corrélation. Par exemple, la première composante, libellée « crimes mineurs », regroupe sept crimes mineurs, tandis que la deuxième, libellée « crimes violents », regroupe cinq crimes violents et cinq autres types de crimes (voir plus loin la section 3). C'est ainsi que pour chaque ville, au lieu de créer un profil faisant appel à 25 taux de criminalité, on peut le faire au moyen d'un bilan à quatre facteurs.
L'étape suivante consiste à déterminer si le profil varie selon la région géographique et la taille de la ville. Méthode statistique utilisée ici : l'analyse discriminante. Cette analyse a pour but de vérifier si les villes d'un région donnée présentent un profil unique ou s'il existe un profil régional. La même technique est appliquée au sujet de la taille de la ville. On cherche ainsi à connaître les différences entre les régions (ou les villes de différentes tailles). Ensuite, à partir des cotes obtenues, on reclasse chaque ville dans une région qui pourrait ou non être la sienne et dans un ensemble de villes d'une taille donnée qui pourrait ou non être le sien. On pourrait ainsi découvrir qu'une ville présente un profil de criminalité semblable à celui des villes d'une autre région (ou d'une autre taille) que la sienne.
On obtient ainsi des renseignements sur les profils de la criminalité partout au Canada, pour différentes régions et différentes tailles de villes, ainsi que des renseignements sur le profil de criminalité de chaque ville.
[1] Plus exactement, la technique utilisée était l'« analyse en composantes principales »; il s'agit du type d'analyse factorielle le plus courant, qui comporte diverses opérations statistiques.
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