Perceptions du public en ce qui concerne la criminalité et la justice au Canada : Examen des sondages d'opinion

7. Autres questions relatives à la justice pénale

7. Autres questions relatives à la justice pénale

7.1 Légalisation de la marijuana

Lorsqu'on a demandé aux Canadiens, dans le cadre d'un sondage CBC/Maclean's réalisé en 1999, s'ils pensaient que la marijuana devrait être légalisée, 45 % se sont dits très ou plutôt favorables à cette légalisation (mais seulement 18 % y étaient très favorables). En comparaison, 29 % des Américains y sont très ou plutôt favorables (12 % y sont très favorables).

7.2 Agences privées de sécurité

Les Canadiens sont ouverts à l'idée de faire appel à des agences privées de sécurité pour réduire les coûts du système judiciaire. Selon le sondage Environics de 1998, 85 % des répondants sont d'accord pour que les entreprises fassent appel à des agences privées de sécurité. Par contre, 37 % ne sont que « plutôt favorables » à cette idée, et disent craindre que le secteur privé s'approprie des services traditionnellement pris en charge par le secteur public, à savoir les forces de police locales.

Les Canadiens sont également favorables à l'utilisation d'agences de sécurité privées pour patrouiller dans les aéroports et les ports (70 % y sont favorables et 23 %, opposés); 33 % des répondants sont tout à fait favorables à une telle initiative, tandis que seulement 13 % y sont tout à fait opposés.

Il semble que les répondants soient moins favorables à l'utilisation de ces agences de sécurité pour la gestion des prisons : 48 % y sont tout à fait favorables, tandis que 43 % s'y opposent. Le pourcentage de répondants qui sont fortement opposés à une telle initiative (25 %) est plus élevé que le pourcentage de personnes qui y sont tout à fait favorables (18 %).

Lorsqu'on leur pose des questions plus détaillées sur le recours éventuel aux agences de sécurité dans les prisons, 26 % des Canadiens disent craindre que les prisons deviennent moins sûres et que le nombre d'évasions augmente (tableau 18). Ils sont moins nombreux à craindre que les employés des prisons perdent leur emploi ou voient leur salaire baisser (15 %), que les conditions d'incarcération se détériorent (10 %), que les programmes destinés aux détenus perdent en qualité (9 %) ou que les gardiens deviennent moins compétents ou pas assez bien formés (8 %).

Peu de répondants s'inquiètent de la corruption (5 %), d'une diminution des normes (5 %) et du manque de responsabilisation (4 %), ou croient qu'une telle initiative n'est pas une bonne idée en général (2 %). Il est intéressant de noter qu'ils sont 21 % à ne pas être inquiets de la participation du secteur privé à la gestion des prisons.

Question :

Quelles seraient vos éventuelles préoccupations si des agences privées de sécurité participaient davantage à la gestion d'un plus grand nombre de prisons?

Tableau 18 : Préoccupations soulevées par la gestion d'un plus grand nombre de prisons par des agences privées de sécurité
Préoccupation %
Moins de sécurité/plus d'évasions 26
Pertes d'emplois/baisses de salaire pour les employés des prisons 15
Profits pour le secteur privé 12
Détérioration des conditions d'incarcération 10
Baisse de qualité des programmes destinés aux détenus 9
Formation inadéquate/incompétence des gardiens 8
Corruption 5
Normes moins/pas assez strictes 5
Manque de responsabilisation/besoin de réglementation 4
Pas une bonne idée/pas de réponse 2

Source : Environics, 1998.

7.3 Condamnations injustifiées

Un sondage effectué par Angus Reid en mai 1995 nous indique de quelle façon les Canadiens perçoivent les condamnations injustifiées. Ces réponses ont été recueillies à la suite de deux affaires très médiatisées de condamnation injustifiée : le cas de Guy-Paul Morin, acquitté en janvier 1995 après avoir passé dix ans en prison pour meurtre; et le cas de Donald Marshall, dont la condamnation pour meurtre a été annulée après qu'il a passé plus de 20 ans derrière les barreaux.

Ce sondage a révélé que, pour 65 % des Canadiens, certains exemples récents de condamnations injustifiées étaient révélateurs d'un système de justice qui devrait revoir plus systématiquement le dossier des personnes affirmant avoir été condamnées à tort. Ce résultat représente plus de deux fois le pourcentage de répondants (30 %) qui pensent que les condamnations injustifiées sont rares et que le système de justice devrait continuer à traiter comme il l'a toujours fait les personnes qui affirment avoir été condamnées à tort. De plus, 90 % des répondants pensent que les personnes condamnées à tort devraient recevoir un dédommagement financier,estimant que comme les condamnations injustifiées sont imputables au système de justice, ces personnes devraient être dédommagées par les pouvoirs publics pour ce qui leur est arrivé.

7.4 Peine de mort

Le soutien à la peine de mort a évolué au cours des 20 dernières années, depuis la première fois que Gallup a demandé leur opinion aux Canadiens à ce sujet. Les résultats du sondage de 1998 indiquent que, si un référendum national était organisé sur la question de l'exécution des personnes condamnées pour meurtre, 61 % des Canadiens voteraient pour le rétablissement de la peine de mort (tableau 19). L'actuel niveau de soutien est similaire à ce qu'il était à la fin des années 1980 et au début des années 1990 (61 % en 1987 et de l'ordre de 59 % en 1994). Ce pourcentage augmente depuis 1996, année où il avait atteint son niveau le plus bas, avec 55 %. C'est en 1984 que le soutien à la peine de mort a été le plus fort, avec 71 % de partisans.

Question : Si un référendum national était organisé sur la question de l'exécution des personnes condamnées pour meurtre, voteriez-vous pour ou contre le rétablissement de la peine de mort au Canada?

Tableau 19 : Soutien au rétablissement de la peine de mort
Année Pour Contre Indécis
1998 61 % 35 % 4 %
1997 63 30 6
1996 55 36 9
1994 59 32 9
1990 60 33 7
1987 61 28 11
1986 68 20 12
1985 68 22 10
1984 71 21 8
1982 70 19 11
1978 68 20 11

Source : Gallup, 1998.

Gallup a demandé aux Canadiens si leur opinion changerait dans l'hypothèse où l'on aurait la certitude que la peine capitale n'est pas dissuasive pour les meurtriers (tableau 20) : 75 % des personnes actuellement en faveur de la peine de mort ne changeraient pas d'avis. Les auteurs du sondage ont donc constaté que les partisans de la peine de mort pensent qu'elle constitue une juste punition pour les meurtriers. Lorsqu'on a présenté la même hypothèse aux répondants opposés à la peine de mort, 76 % ont dit que cela ne les ferait pas changer d'avis. Les auteurs en concluent que les personnes opposées à la peine de mort sont attachées au « caractère sacré de la vie ».

Question : Supposez qu'il soit prouvé que la peine de mort ne joue pas de rôle dissuasif pour les éventuels meurtriers, et qu'elle ne fait pas diminuer le nombre de meurtres. Seriez-vous alors favorable ou opposé à la peine de mort?

Tableau 20 : Attitude à propos de la peine de mort même s'il était prouvé qu'elle ne permet pas de faire diminuer le nombre de meurtres
Année Toujours favorables Maintenant opposés Sans opinion
1998 75 % 22 % 3 %
1997 73 21 6
1996 70 24 6
1994 75 20 6
1990 77 21 3

Source : Gallup, 1998.

Gallup a également demandé aux Canadiens s'ils croyaient que la peine de mort était dissuasive pour les éventuels meurtriers (tableau 21). Depuis que cette question a été posée pour la première fois en 1987, le pourcentage de personnes considérant que la peine de mort est dissuasive est demeuré relativement constant. Le plus grand nombre de partisans de cette théorie a été atteint en 1994 (58 %) et le niveau actuel de 53 % (plutôt bas) est similaire à ceux de 1990 (54 %) et 1996 (53 %). Le pourcentage de personnes ne croyant pas que la peine de mort est dissuasive continue d'augmenter (il est passé de 36 % en 1987 à 41 % en 1998).

Question : Supposez qu'il soit prouvé que la peine de mort joue un rôle dissuasif pour les éventuels meurtriers, et qu'elle fait diminuer le nombre de meurtres. Seriez-vous alors favorable ou opposé à la peine de mort?

Tableau 21 : Attitude à propos de la peine de mort s'il était prouvé qu'elle est dissuasive pour les éventuels meurtriers
Année Toujours opposés Maintenant favorables Sans opinion
1998 76 % 19 % 5 %
1997 72 25 3
1996 68 28 4
1994 71 23 6
1990 70 25 5

Source : Gallup, 1998.

7.5 Récapitulatif

Les Canadiens appuient les efforts visant à réduire les dépenses du système de justice pénale, mais pas si ces réductions mettent en péril la sécurité publique. Le recours à des agences privées de sécurité pour gérer les entreprises privées est acceptable, mais on ne peut pas en dire autant pour ce qui est de la gestion des prisons.

Par ailleurs, les Canadiens s'inquiètent à propos des condamnations injustifiées. Ils aimeraient que les autorités déploient davantage d'efforts pour traiter le cas des personnes affirmant qu'elles ont été condamnées à tort. Inversement, le nombre de Canadiens favorables au rétablissement de la peine de mort pour les personnes condamnées pour meurtre continue à augmenter.