Changements d’attitudes chez les participants aux Programmes d’intervention auprès des partenaires violents (PIPV) : un projet pilote
Points saillants
La présente étude décrit la création et l'examen d'outils d'autoévaluation des attitudes et de la reconnaissance qui permettent d'étudier les progrès des hommes[1] qui participent aux programmes ontariens d'intervention auprès des partenaires violents.
On a créé quatre outils que l'on recommande d'étudier et d'utiliser. Il s'agit des outils suivants :
- Une évaluation en dix points de la responsabilité personnelle à l'égard du comportement violent et de ses effets sur les autres.
- Une évaluation en dix points de la mesure dans laquelle les hommes continuent de blâmer leur partenaire pour les difficultés au sein de leur relation.
- Une évaluation en neuf points du déni des hommes des difficultés conjugales prévisibles.
- Un outil en treize points de la reconnaissance des hommes des cognitions qui alimentent les comportements sains et malsains dans une relation.
Il n'est pas recommandé d'utiliser à titre d'indicateur de l'efficacité du programme l'évaluation en dix points des attitudes des hommes à l'égard de l'intervention qui a été créée dans le cadre de la présente étude. On peut toutefois s'en servir pour examiner les effets modérateurs de l'approche des hommes par rapport à l'intervention.
On a créé un outil en 17 points pour évaluer dans quelle mesure les hommes reconnaissent leur comportement violent. On peut s'en servir pour évaluer l'efficacité du programme si on s'attend à ce que les participants aux PIPV reconnaissent entièrement ou presque entièrement leur comportement.
D'autres études devront déterminer si les outils d'évaluation des changements d'attitudes permettent d'observer un changement significatif du comportement violent des hommes envers leur partenaire.
Résumé
Introduction
Les programmes d'intervention spécialisés sont une composante de plus en plus populaire du système de justice pénale et des services communautaires pour les hommes qui ont agressé leur partenaire. En Ontario, il s'agit des programmes d'intervention auprès des partenaires violents (PIPV) qui sont administrés par les services pour l'instruction des causes de violence conjugale. En 2003, environ 7 000 hommes de l'Ontario ont participé aux PIPV.
Malgré la popularité des programmes d'intervention auprès des hommes violents, peu de résultats indiquent qu'ils réduisent les comportements violents des hommes envers leur partenaire. De récents examens de la documentation laissent entendre que, au mieux, ces programmes entraînent une faible réduction des taux d'agressions ultérieures. On s'est nettement moins penché sur d'autres répercussions possibles des programmes pour hommes violents, comme l'incidence sur les collectivités et sur la qualité de vie des femmes en général (p. ex., les sentiments de sécurité et de bien-être).
À la lumière de ces résultats, on doit absolument approfondir la question pour améliorer les programmes d'intervention auprès des hommes violents dans leurs relations intimes. En particulier, on doit déterminer les facteurs les plus susceptibles de promouvoir le changement dans le comportement violent des hommes.
Un secteur d'étude prometteur est le changement d'attitudes des hommes. Trois types d'attitudes des hommes - attitudes envers la violence, attitudes envers les femmes et attitudes envers l'intervention - sont particulièrement prometteurs si on parvient à établir des liens entre ces attitudes, d'une part, et le développement et le changement du comportement violent, d'autre part.
La reconnaissance des hommes est ciblée par les PIPV comme un autre mécanisme de changement. On insiste sur deux champs d'étude : la reconnaissance des hommes de l'éventail des comportements violents et des cognitions ou pensées qui alimentent les comportements sains ou violents dans une relation intime.
La présente étude visait à élaborer des outils d'autoévaluation des attitudes et de la reconnaissance, et à mener un examen pilote de ces outils à partir d'un petit échantillon d'hommes qui participent à un PIPV. Dans le cadre des analyses, on a comparé les attitudes avant l'intervention des hommes aiguillés vers les PIPV par les services d'intervention précoce ou les services de poursuite coordonnée et des hommes s'y étant portés volontaires, et on a examiné le changement d'attitudes des hommes au fil de l'intervention. On s'attendait que ces travaux pilotes jettent les bases d'un examen de l'importance, le cas échéant, du changement d'attitudes des hommes au fil du programme.
Méthode
Entre janvier et mars 2004, les hommes ont été recrutés séquentiellement pour l'étude. Ces hommes ont rempli un formulaire de données démographiques. Voici les outils d'évaluation qui ont été conçus pour la présente étude :
- Évaluation des attitudes envers la violence : un outil d'autoévaluation en 78 points des attitudes des hommes envers leur comportement violent, envers les femmes et envers l'intervention
- Attitudes envers l'incident ayant conduit au renvoi : un outil d'autoévaluation en 16 points des perceptions des hommes de leur responsabilité à l'égard de l'incident qui a entraîné leur renvoi à un PIPV
- Reconnaissance du comportement violent : une évaluation en 22 points de la capacité des hommes à bien cerner un éventail de comportements violents et non violents
- Reconnaissance des cognitions qui alimentent la violence : une évaluation en 14 points de la reconnaissance des hommes des pensées saines et malsaines
À la fin de l'intervention, les conseillers devaient examiner les progrès réalisés par les hommes en groupe et la rétroaction des partenaires des hommes afin de juger s'il était « probable », « très probable » ou « improbable » que ceux-ci évitent d'adopter des comportements violents à l'endroit de leur partenaire dans l'avenir.
Participants
Avant l'intervention, on a recueilli des données concernant 41 hommes. Tous les hommes ont été aiguillés vers les PIPV par les services de poursuite coordonnée (63 %), les services d'intervention précoce (17 %) ou s'y sont portés volontaires (20 %). Conformément aux autres échantillons, de nombreux indicateurs montrent que ces clients étaient à risque d'éprouver des difficultés dans différentes sphères de leur vie. Environ 25 % des répondants ont déclaré être sans emploi, 39 %, gagner moins de 10 000 $ par année, 24 %, avoir un passé de violence et 13 %, consommer de l'alcool sur une base quotidienne.
Après le PIPV, on a évalué les hommes à nouveau. En fait, on en a évalué 14 parce que les autres avaient abandonné le programme avant la fin (13 hommes) ou avaient été éliminés du suivi pour diverses raisons (14 hommes). Les hommes qui ont fait l'objet de l'évaluation avant et après le programme avaient les mêmes caractéristiques que les autres.
Résumé des principales constatations
L'analyse factorielle de l'outil d'évaluation en 78 points des attitudes envers la violence a entraîné la création de cinq sous-échelles d'attitudes :
- Attitudes sexistes envers les femmes : une évaluation en 10 points (p. ex., « La plupart des femmes n'apprécient pas pleinement tout ce que les hommes font pour elles. »)
- Méfiance ou manque de réceptivité à l'égard de l'intervention : une évaluation en 10 points (p. ex., « Le seul but du programme est de blâmer les hommes pour leurs problèmes. »)
- Absence de responsabilité personnelle à l'égard de la violence et de ses effets : 10 points (p. ex., « Mon comportement a mis ma partenaire en colère, mais n'a pas eu d'effets négatifs durables sur elle. »)
- Blâme attribué à sa partenaire : une évaluation en 10 points (p. ex., « Mon comportement n'est pas aussi mauvais que ce que ma partenaire laisse entendre. »)
- Déni des difficultés conjugales prévisibles : une évaluation en 9 points (p. ex., « Ça ne m'a jamais ennuyé que ma partenaire exprime des idées différentes des miennes. »)
Pour les quatre premières échelles, on prend la moyenne des réponses des hommes pour tous les points sur une échelle de quatre points allant de « fortement en accord » à « fortement en désaccord ». Pour la cinquième échelle, les réponses extrêmes suggérant un déni complet des difficultés conjugales ont été additionnées d'un point à l'autre.
D'après l'examen des attitudes des hommes dans ces cinq types avant l'intervention, il semble que la plupart des hommes avaient des problèmes dans trois types d'attitudes - absence de responsabilité personnelle, blâme attribué à sa partenaire et déni des difficultés conjugales prévisibles. En revanche, la plupart des hommes ont déclaré avoir des attitudes non sexistes envers les femmes et des attitudes relativement positives envers l'intervention. On n'observe pas de différences importantes dans les attitudes avant l'intervention des hommes aiguillés par les services de poursuite coordonnée, les services d'intervention précoce ou s'étant portés volontaires.
L'examen des attitudes des hommes au fil du temps montre qu'au moins deux des outils créés étaient sensibles à l'incidence de l'intervention. Il s'agit de l'« absence de responsabilité personnelle à l'égard de la violence et de ses effets » et du « déni des difficultés conjugales prévisibles ».
Les attitudes des hommes envers l'incident ayant conduit au renvoi ressemblaient sensiblement à leurs attitudes générales envers leur responsabilité personnelle à l'égard du comportement violent.
D'après l'examen des réponses des hommes à l'égard de leur reconnaissance du comportement violent, on constate que, avant l'intervention, les hommes cernaient bien environ 80 % des comportements violents. En général, les hommes reconnaissent que des comportements comme crier, frapper et forcer des relations sexuelles sont des comportements blessants et contrôlants. Ils étaient moins unanimes à reconnaître que des comportements comme la prise de décisions financières unilatérale, le contrôle des activités ou des allées et venues de leur partenaire, ainsi que des menaces proférées à leur partenaire étaient aussi des comportements violents. L'analyse d'un petit sous-échantillon d'hommes indique que, tout au long de l'intervention, les hommes reconnaissent mieux les comportements violents de façon presque significative.
Avant de commencer l'intervention, les hommes ne cernaient pas bien la valeur potentielle (ou le danger) d'un tiers des pensées. Les hommes étaient plus nombreux à reconnaître la valeur des cognitions se rapportant à l'efficacité, comme « Je n'ai pas à me défendre, je la vois venir » et nettement moins nombreux à reconnaître le danger potentiel des pensées persistantes (p. ex., « Je ne peux pas croire qu'on parle encore de ça - on en a parlé hier ») et des dialogues internes (p. ex., « Je n'ai pas à écouter ce genre de critique »). Tout au long de l'intervention, les hommes ne reconnaissaient pas vraiment mieux les cognitions saines et malsaines.
Avant l'intervention, on ne constate pas de différences significatives entre les hommes qu'ils aient été aiguillés vers le programme par les services de poursuite coordonnée, les services d'intervention précoce ou qu'ils s'y soient portés volontaires.
Conclusions et recommandations
Les outils d'évaluation des attitudes sont très prometteurs dans le cadre de l'évaluation des PIPV. On recommande en particulier les échelles sur l'absence de responsabilité personnelle à l'égard des comportements violents et de ses effets, le blâme attribué à sa partenaire et le déni des difficultés conjugales prévisibles. L'échelle sur la méfiance ou le manque de réceptivité à l'égard de l'intervention n'est pas recommandée comme indicateur de l'efficacité du programme; elle peut toutefois servir à examiner les effets modérateurs de l'approche des hommes par rapport à l'intervention. Par exemple, cette échelle peut permettre d'infirmer ou de confirmer l'hypothèse selon laquelle un certain degré de confiance et de réceptivité envers l'intervention est nécessaire pour que l'intervention des PIPV ait une incidence importante.
Le changement de la reconnaissance, en particulier la reconnaissance des pensées qui alimentent la violence, peut aussi permettre d'évaluer les PIPV. Pour examiner le changement de la reconnaissance, on recommande de se servir de l'outil créé pour les cognitions saines et malsaines.
Les besoins des hommes qui participent aux PIPV sur une base volontaire, qui y sont aiguillés par les services d'intervention précoce ou les services de poursuite coordonnée ne diffèrent pas considérablement. Par conséquent, on pourrait appliquer les mêmes outils d'évaluation des attitudes et de la reconnaissance à tous les groupes.
Il est essentiel d'étudier en profondeur les liens anticipés entre les attitudes et la reconnaissance. On s'assurerait ainsi que les changements observés dans les attitudes donnent une idée des changements dans les comportements violents des hommes et ne sont pas des résultats fallacieux de la participation au programme.
Compte tenu de l'incidence potentielle du comportement violent sur les victimes de violence, il faut continuer d'étudier l'efficacité des PIPV de manière à y inclure une mesure du changement de comportement, ainsi que des mesures des changements d'attitudes et de la reconnaissance. Il est particulièrement important d'ajouter une mesure du comportement, comme les rapports de victimes d'agressions qui se perpétuent, dans les études qui visent à faciliter la prise de décisions critiques au sujet des modèles de service utilisés dans le cadre des PIPV.
[1] L’échantillon ne compte pas de femmes parce que la plupart des PIPV s’adressent aux hommes.
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