La diversité culturelle au Canada : La construction sociale des différences raciales
2. Diversité culturelle au Canada
La composition démographique du Canada est hétérogène sur le plan ethnique en ce sens que la population vient de nombreux pays et a donc des origines et des cultures variées. On décrit habituellement la diversité culturelle au Canada en fonction de l'effectif des segments qui n'appartiennent pas aux deux groupes fondateurs. C'est en effet la méthode adoptée par la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, dans les années 1960, qui a d'ailleurs inventé le terme « troisième force » pour désigner les Canadiens et Canadiennes qui ne sont pas d'origine britannique ou française (Canada, Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, 1965, p. 52)[1]. Dans son rapport final, la Commission soulignait que le Canada est une mosaïque ou une société multiculturelle, composée de trois principaux éléments : les Britanniques, les Français et les autres Canadiens. Tout en reconnaissant le statut de fondateurs des Britanniques et des Français, la Commission tenait compte de la contribution des autres groupes. Et cette trichotomie a été fondamentalement adoptée comme la bonne façon de traiter de la nature et de la structure de la diversité de la population canadienne.
La prédominance numérique des personnes d'origine britannique et française est historiquement indubitable. Avant la grande vague de migration des Européens vers le Canada, entre 1896 et le début de la Première Guerre mondiale, la population canadienne était principalement composée de personnes d'origine britannique ou française. Ainsi le recensement du Canada de 1871 indique que 60 pour cent des 3,5 millions de personnes vivant au Canada étaient d'origine britannique et 30 pour cent d'origine française. Les Européens qui étaient d'une autre origine ne représentaient que 7 pour cent de la population canadienne de 1871 et de 1881 (Kalbach, 1990, p. 24). Cette répartition démographique a persisté pratiquement jusqu'au tournant du siècle.
La vague d'immigration au Canada qui a précédé la Première Guerre mondiale a commencé à grossir les rangs d'Européens d'origine autre que britannique ou française. De 1896 à 1914, plus de trois millions d'immigrants sont venus au Canada. Puis, quand le flot venant d'Angleterre et d'Europe occidentale s'est affaibli, le Canada a commencé à accueillir des gens venus d'Europe de l'Est et du Sud (Polonais, Ukrainiens, Huttériens et Doukhobors entre autres). Dans l'entre-deux-guerres, soit de 1915 à 1945, deux millions d'immigrants sont venus au Canada (Statistique Canada, 1983, A125-163).
Selon les données des recensements, le pourcentage de la population canadienne d'origine européenne autre que britannique ou française par rapport à la population canadienne totale est passé de 8,5 pour cent en 1901 à 14,2 pour cent en 1921, puis à 17,8 pour cent en 1941 (Kalbach, 1990, p. 24). Parallèlement, le nombre de Canadiens et de Canadiennes d'origine britannique déclinait en termes relatifs, passant de 57 pour cent de la population totale en 1901 à 50 pour cent en 1941, tandis que les Canadiennes et Canadiens d'origine française représentaient toujours environ 30 pour cent de la population totale en 1901 et en 1941. Bref, si l'on recourt à la composition de l'effectif canadien d'origine européenne autre que britannique ou française comme indicateur de pluralité ethnique, il faut conclure à l'accroissement de la diversité entre 1901 et 1941. Toutefois, la population canadienne, en 1941 comme en 1871, était essentiellement composée de gens d'origine européenne (98 pour cent de la population totale en 1941 et en 1871), malgré l'augmentation de la population, qui est passée de 3,5 millions de personnes en 1871 à 11,5 millions en 1941.
Tableau 1 : Population Canadienne selon l'origine ethnique, 1921 à 1971
De 1941 à 1961, la proportion de la population canadienne d'origine européenne autre que britannique et française a continué d'augmenter. En 1941, elle représentait 17,8 pour cent de la population totale du pays; en 1961, ce pourcentage s'était élevé à 22,6 pour cent (Tableau 1). La population d'origine britannique a au contraire diminué, en termes relatifs, passant de 49,7 pour cent en 1941 à 43,8 pour cent en 1961. Par conséquent, entre 1941 et 1961, la diversité ethnique s'est aussi accrue par l'augmentation de la proportion de la population canadienne d'origine européenne autre que britannique ou française et par la diminution de la proportion de la population canadienne d'origine britannique. Toutefois, la composition ethnique de la population canadienne a continué d'être à prédominance européenne, constituant toujours 97 pour cent de la population totale en 1961 et 96 pour cent en 1971. Ainsi, quand la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme parlait de la « troisième force » et de sa place dans la mosaïque canadienne, les auteurs se plaçaient sous l'angle d'un Canada multiculturel composé principalement de citoyens d'origine européenne, soit britannique, française et autre.
[1] La Commission royale a rédigé un rapport en cinq volumes (Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, 1967, 1968, 1969a, 1969b, 1970). Le cadre utilisé tout au long du rapport était une trichotomie composée de Britanniques, de Français et d'autres Canadiens, et on accordait peu d'attention aux Premières nations en tant que peuples autochtones jouissant de droits distincts.
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