L’inclusion pour tous : Comment instaurer la cohésion sociale au Canada Aperçus de conversations structurées
1. Participation, citoyenneté et gouvernance
La consultation a mis en évidence le fait qu’aux yeux des Canadiens, la participation constitue un élément crucial de la cohésion sociale. Pour qu’un citoyen ait un sentiment d’appartenance et d’attachement à la société, il faut qu’il ait à la fois la capacité et le désir de participer à diverses activités et d’intégrer un réseau de relations. En tant que pays comptant de multiples cultures, langues et régions, le Canada a développé des pratiques basées sur l’adaptation et le respect mutuel qui permettent à différents groupes de conserver leur identité sans être marginalisés en raison de leur différence. La participation à la vie politique et économique est importante, au même titre que le bénévolat, l’aide, le fait de dispenser des soins ou de jouer simplement le rôle de « gardien » pour des voisins. Au cours des discussions, les participants ont réitéré les valeurs habituellement associées à la participation à la vie sociale au Canada inclusion, équité, justice et acceptation. Selon certains, le modèle canadien de cohésion sociale se caractérise par une participation inclusive et active à l’établissement d’objectifs collectifs et communautaires, puis à la réalisation de ces objectifs.
Comment les liens, les collectivités et la participation évoluent-ils?
Les personnes consultées pensent que la recherche stratégique devrait porter sur la nature actuelle de la participation, et non s’appuyer sur une façon dépassée de définir les relations entre les gens et leur participation à la vie politique et sociale. La nature de la participation et des relations sociales à l’échelle nationale pourrait changer avec l’évolution des technologies des communications, du travail et d’autres aspects de la société. Par exemple, les contacts peu fréquents risquent de devenir monnaie courante dans notre culture axée sur la vitesse et le numérique. Les relations à long terme ou les rencontres de personne à personne risquent de se raréfier.
Selon les participants, c’est au sein de sa famille, dans le cadre de ses relations personnelles et avec ses voisins que chacun apprend à coexister, à faire des compromis, à faire confiance aux gens et à partager. L’enfance est considérée comme une étape cruciale de la vie pour ce qui est de l’inclusion, du développement personnel et de la constitution du capital social. Si ces étapes ne sont pas franchies durant l’enfance, les occasions de les franchir peuvent ne plus jamais se présenter. C’est pourquoi, selon les participants, nous devons veiller à ce que tous les Canadiens aient l’occasion de participer dès leur enfance au développement social, dans le contexte des transformations que subissent la famille et les collectivités.
Comment pouvons-nous développer le sens de la justice et de l’équité – qui sont deux valeurs précieuses aux yeux de tous?
La cohésion sociale est liée à de nombreux aspects de la vie en collectivité. Un des exemples propres au Canada est la compréhension des collectivités autochtones dans une société multiculturelle; la recherche devrait porter sur les enjeux typiquement canadiens.
Les institutions, éléments d’une infrastructure vitale
Lors de chaque séance, les participants ont insisté sur l’importance des institutions, des politiques et des pratiques qui caractérisent depuis longtemps la « réalité canadienne », en particulier sur le plan des soins de santé, de l’éducation, des transports, des communications, du logement, de la protection des droits et libertés et du filet de sécurité sociale. Ces institutions sont le résultat d’une volonté de servir des attentes et des intérêts communs et du partage des responsabilités. Un grand nombre de participants ont dit craindre que l’accès universel et équitable à ces institutions ne soit menacé. Ils pensent qu’un accès limité aux soins de santé communautaires, garants du bien-être, est une source d’anxiété et d’isolement considérable pour les populations vulnérables et pour les aidants naturels. Par ailleurs, il se peut que les groupes dépendant tout particulièrement de ces services aient le sentiment qu’on ne leur accorde pas beau-coup de considération. Par exemple, les Canadiens âgés pourraient avoir le sentiment que les restrictions imposées au secteur des soins de santé témoignent d’un manque de préoccupation des autorités en ce qui concerne leur qualité de vie.
Les résidants d’un village peuvent vivre dans un esprit de cohésion tout en étant quand même isolés.
Les jeunes participants ont fait part de leur inquiétude à propos des difficultés d’accès à une éducation abordable et ont indiqué qu’un grand nombre de jeunes considéraient les restrictions imposées dans ce secteur comme un manque de respect à leur égard. En outre, selon eux, la limitation de l’accès à l’enseignement supérieur constitue un frein potentiel à l’inclusion, puisque l’éducation est l’un des moyens importants d’offrir les mêmes chances à tous et de multiplier les débouchés pour ceux qui ne viennent pas d’un milieu favorisé.
Les jeunes consultés sont favorables à l’éducation civique, à l’apprentissage de la citoyenneté et à la promotion de la connaissance de la Charte canadienne des droits et libertés et de la Loi canadienne sur les droits de la personne, ainsi que de programmes encourageant la participation à la vie civique et aux travaux communautaires. Selon eux, tous les jeunes, y compris ceux qui sont à l’extérieur du courant dominant ou de la société traditionnelle, devraient pouvoir jouer un rôle dans l’évolution de la société.
Nous devons penser au concept de citoyenneté et à ce qu’il signifie sur le plan de la gouvernance, du pouvoir et de l’éthique; nous devons également comprendre quels sont nos droits et nos responsabilités sociales.
En tant que résidants d’une nation aussi étendue que diversifiée, nous avons en commun des institutions, des valeurs et des activités, et nous entretenons des liens avec des gens qui vivent parfois très loin ou ont vécu des expériences très différentes. Les participants ont insisté sur l’importance des activités de liaison qui reconnaissent le rôle des personnes et des collectivités, par exemple les Autochtones et les groupes ethniques, les francophones vivant hors Québec et les jeunes marginalisés. Ils ont recommandé que les responsables de la recherche déterminent des modèles acceptables ou des pratiques exemplaires qui reconnaissent et respectent les différences tout en facilitant le travail collectif. Lors de la quatrième consultation avec les représentants des collectivités francophones, les participants ont évoqué les problèmes liés à la fragmentation régionale, à la mise à l’écart et aux limites de la représentation politique. Ils ont insisté sur la nécessité d’intégrer et de promouvoir les collectivités linguistiques minoritaires. Ils jugent que la langue et la culture constituent des aspects essentiels de la cohésion sociale pour les Canadiens.
Gouvernance
Les participants représentant le gouvernement et les ONG ont tous affirmé que la majeure partie des mesures gouvernementales ont une incidence sur la cohésion sociale et sur ses composantes. Les politiques ou les programmes qui ne sont pas axés sur la cohésion sociale peuvent avoir des répercussions négatives non intentionnelles sur certaines composantes de la cohésion sociale, en raison de leur structure ou de leur mode de mise en œuvre.
Les participants considèrent qu’il est primordial d’offrir des services au public et de mettre en œuvre les programmes dans un souci d’équité et d’humanité. Selon les cadres supérieurs, il faut que les programmes et les services offerts soient crédibles. Lors des séances suivantes, les représentants de la société civile ont indiqué que, selon eux, il faudrait chercher avant tout à mettre en place de saines méthodes de gouvernance axées sur l’inclusion et la participation.
Un participant travaillant auprès des populations défavorisées a observé que, lorsque les politiques accordent trop peu d’importance aux personnes marginalisées et les considèrent comme des sources de problèmes, ou lorsqu’elles limitent les capacités d’un certain nombre d’organisations communautaires, elles vont à l’encontre de la volonté de cohésion sociale. La cohésion sociale est assurée lorsque les interventions, les politiques et les programmes gouvernementaux démontrent aux Canadiens qu’ils sont tous considérés comme des personnes importantes.
Les hauts fonctionnaires fédéraux ont discuté de la confiance dans le gouvernement que témoigne la population et des préoccupations de certains à propos du « désengagement » du peuple. Voici ce qu’ils ont observé :
Le gouvernement ne devrait pas définir ce que doivent être les valeurs de ses citoyens — en intervenant de la sorte, il risque de s’éloigner de la population. Vous avez soulevé [lors de la première séance] la question de la confiance dans le gouvernement. La confiance est un indicateur qui pose certains problèmes. J’ai peur que nous ne nous contentions de ce que nous connaissons; parce que nous sommes au gouvernement, nous avons peut-être tendance à percevoir les problèmes avec le point de vue du gouvernement. Quelle perception les citoyens ont-ils de ces mêmes problèmes?
Compte tenu de ce que nous savons à propos du regain de cynisme au sein de la population, nous pouvons agir dès aujourd’hui — sans nécessairement faire beau-coup de recherches. Nous pouvons nous efforcer d’établir des liens avec les gens et de les encourager à participer à la vie publique. Les membres du gouvernement doivent respecter les engagements qu’ils prennent.
Les représentants du gouvernement et de la société civile, quel que soit leur âge, se sont dits préoccupés par la « rupture de contact » entre les citoyens et les gouvernements. Les jeunes se disent pleins de cynisme et se sentent étrangers aux systèmes judiciaire, éducatif et parlementaire; les jeunes membres des minorités visibles n’ont pas confiance dans les policiers. La confiance dans le gouvernement est souvent considérée comme un indice de la cohésion sociale mais, selon certains participants, il n’est peut-être pas mauvais que certains Canadiens au niveau de scolarité élevé hésitent à faire confiance aux autorités et aux experts lorsque ceux-ci doivent prendre des décisions à leur place. On pourrait trouver une solution positive à ce problème en cherchant des moyens plus intelligents de faire participer les citoyens aux processus décisionnels du gouvernement. Il faudra peut-être instaurer des approches de la gestion publique davantage axées sur la collaboration et l’inclusion, afin de faciliter la formation de partenariats avec le secteur privé et les organismes sans but lucratif. Certains participants pensent qu’il faut mieux expliquer au public ce qui fonctionne en pratique, grâce à des projets pilotes et à des études portant sur les activités en cours. Ils se sont dits favorables aux efforts visant à déterminer les pratiques exemplaires en matière de gouvernance des Premières nations et de renforcement des capacités des dirigeants des collectivités autochtones.
On pourrait procéder à l’élaboration et à l’analyse de tous les programmes et de toutes les politiques dans une optique de cohésion sociale.
Une optique de cohésion sociale
Un grand nombre de participants pensent que l’on peut appliquer le principe de la cohésion sociale à toutes les politiques gouvernementales, afin de garantir qu’elles n’entament pas le capital social, et ne nuisent en rien aux collectivités et à l’esprit de solidarité et d’équité. Depuis nos politiques existantes, notre politique ou le multiculturalisme et celle sur les langues officielles n’étant que deux exemples, il serait possible de promouvoir l’inclusion et la participation en visant la cohésion sociale. Parfois, pour garantir l’équité et l’inclusion, il n’est pas nécessaire de mettre en œuvre de nouveaux programmes; il faut plutôt prendre des mesures efficaces et rapides à propos des lois en vigueur ou des droits des citoyens. Dans d’autres cas, il faudra élaborer de nouveaux modèles et de nouvelles politiques.
Par ailleurs, si l’on accorde la priorité à l’inclusion/la cohésion sociale, on risque de voir certaines activités sociales sous un autre jour (par exemple, certaines formes de contestation politique). Les jeunes ayant participé aux séances de discussion pensent que la démocratie a tout à gagner de l’existence de courants dissidents. Selon eux, il faudrait reconnaître que les critiques des politiques en place constituent une forme de participation et de préoccupation pour le pays. C’est l’inertie, et non la critique, qu’ils jugent la plus dangereuse.
En raison de l’augmentation des frais de scolarité, les jeunes ont moins facilement accès à l’enseignement supérieur; l’éducation devient un privilège réservé aux plus nantis. Les résidants des quartiers pauvres ont davantage besoin de services de santé, mais ils y ont plus difficilement accès.
En accordant la priorité à la cohésion sociale, les décideurs pourraient en outre chercher le meilleur moyen de promouvoir la compassion, le souci des autres et la responsabilisation, ainsi que les liens entre collectivités. Selon les participants, en cherchant de quelle façon on établit un climat de cohésion sociale, on pourrait faire en sorte que les politiques et programmes aillent dans le sens de cette cohésion sociale au lieu de la menacer.
Nous amplifions le problème lorsque nous approuvons des politiques commerciales internationales qui risquent de nuire à nos institutions. L’américanisation de nos procédés et de nos valeurs peut se traduire par l’adoption de pratiques susceptibles de limiter la cohésion; c’est le cas de l’établissement de profils teinté de préjugés raciaux.
- Date de modification :