Conclusions
Principes relatifs à l’expression des enfants et des adolescents dans le contexte de l’élaboration de politiques
La Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant (CNUDE), plus particulièrement ses articles 12, 13, 14 et 17, énoncent les droits de l’enfant âgé de moins de 18 ans quant à l’expression de son opinion sur toute question l’intéressant et à son accès à l’information. Ces droits sont au cœur de la Politique jeunesse pour le Canada, qui repose sur la reconnaissance du fait que la diversité des points de vue aide à prendre des décisions éclairées et alimente l’élaboration des politiques (gouvernement du Canada, 2019).
Afin d’entreprendre des activités respectueuses des droits des enfants et des adolescents, et de l’engagement que le gouvernement a pris de tenir compte des perspectives des adolescents, il est important d’adopter l’éventail de principes fondamentaux qui sont ressortis dans la littérature et qui visent à guider la participation des jeunes au processus d’élaboration de politiques et de prise de décisions. Ces principes permettent de se rapprocher d’une participation efficace des enfants et des adolescents, et représentent des fondements efficaces pour toutes les activités et les étapes de l’élaboration de politiques.
Faire preuve de respect à l’égard de l’expression et de la compétence des enfants et des jeunes
Le respect sous-entend d’écouter les jeunes et de les prendre au sérieux, d’intégrer au processus d’élaboration de politiques la conviction que les enfants et les adolescents apportent des connaissances et une expertise précieuses en utilisant une approche axée sur les forces, et d’éviter l’inclusion symbolique (Khanna et al., sous presse; McCart et Khanna, 2012; Nesrallah et al., 2023; Oswald et al., 2023; Pancer et al., 2002; Ramey et al., 2019; Zeldin, 2004). Ce principe reconnaît l’existence de compétences à perfectionner depuis la petite enfance (p. ex., enfants de 3 à 6 ans, Correia et al., 2019) jusqu’au début de l’âge adulte. Il est essentiel d’offrir de vrais choix et de vraies occasions de contribuer à la prise de décision (lorsque celle-ci n’a pas déjà été prise) (Khanna et al., 2014).
Veiller à un équilibre dans la répartition des pouvoirs et dans les relations avec les adultes
Les attentes élevées, le soutien, l’encouragement et les conseils des adultes motivent les jeunes (McCart et Khanna, 2012; Zeldin, 2004; CYCC Network, 2013). À ce titre, des efforts continus doivent être faits en ce qui a trait aux méthodes de travail, de communication et de prise de décision. Souvent, l’accent est mis sur les tâches, et le temps qui devrait être consacré à l’établissement de relations est en partie négligé. Or celui-ci est essentiel pour mobiliser les enfants et les adolescents (Ingman et al., 2023; Merati, 2020; Ramey et al., 2019; Sime et Behrens, 2023; Smith et al., 2022; Switzer, 2020; Thew, 2021; Young et al., 2023). Un soutien accru et rémunéré venant d’adultes alliés est une approche prometteuse pour faciliter la participation, le débreffage et la rétroaction (Fischer et Radinger-Peer, 2024; Nzinga et al., 2024; Tjahja et Potjomkina, 2024).
Des efforts doivent être déployés pour assurer une égalité accrue, en vue de soutenir une vision commune et un modèle de partenariat entre les jeunes et les adultes (McCart et Khanna, 2012; Zeldin et al., 2014). Par exemple, les documents doivent être accessibles (p. ex., dans le cadre d’une initiative, une terminologie commune et un document de définitions ont été élaborés pour que tous les participants comprennent les termes, les acronymes et les abréviations : Nzinga et al., 2024). De façon similaire, d’autres mesures de renforcement des capacités pourraient être nécessaires en vue de parvenir à une vision commune (p. ex., modèle de partenariat entre les adolescents et les adultes, principaux éléments du travail et autre contexte lié à l’activité politique). Une pratique prometteuse consiste à concevoir une formation pour les jeunes et une formation pour les adultes, en fonction de leurs besoins et de leurs perspectives, puis à les jumeler en vue d’unir les jeunes et les adultes (p. ex., Nzinga et al., 2024). En ce qui concerne le processus, il est essentiel de s’adapter aux canaux de communication privilégiés et d’organiser les activités en fonction des horaires des jeunes et des adultes (p. ex., soirs et fins de semaine) (Nzinga et al., 2024). Cette approche peut être appropriée pour les jeunes si elle est adaptée à l’âge des participants.
Favoriser le sentiment d’appartenance et d’importance des jeunes dans le processus
Les adultes peuvent favoriser le sentiment d’appartenance des enfants et des adolescents en les accueillant, en les guidant et en soulignant l’importance de leurs contributions (Zeldin, 2004). Il est important que les adultes fassent part des résultats aux jeunes, leur donnent l’occasion de participer à des activités de suivi de l’état d’avancement des idées politiques vers la mise en œuvre, et rendent compte des réussites et des changements politiques attribuables à leurs contributions (Jenkins et al., 2020; McCart et Khanna, 2012; Nesrallah et al., 2023; Smith et al., 2022; Swist et al., 2022; Thew, 2021; Tjahja et Potjomkina, 2024; Young et al., 2023).
Permettre aux jeunes de faire leurs contributions comme ils l’entendent
Les jeunes sont motivés à participer à l’élaboration de politiques parce qu’ils veulent contribuer à quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes et apporter leur contribution à leur communauté (Lawford et al., 2023; Pancer et al., 2002; Zeldin, 2004). Offrir de multiples points d’entrée et façons de participer, et veiller à ce qu’ils puissent choisir quand et comment ils veulent participer. Par exemple, proposer différentes activités et différents modes d’expression, comme une combinaison d’activités écrites, orales et orientées vers l’action, afin que les jeunes puissent choisir la manière dont ils préfèrent contribuer (Ingman et al., 2023; Switzer, 2020). Pour les enfants plus jeunes, proposer de multiples options qui reposent moins sur les mots, comme les discussions de groupe, la prise de photos, les dessins et les jeux (p. ex., pour les enfants de deux à quatre ans : O'Donnell, 2024).
Pratiques efficaces, prometteuses et émergentes
Les pratiques décrites dans le présent document sont principalement celles qui permettent de se rapprocher de l’extrémité du spectre qui correspond à l’engagement. La section qui suit décrit des pratiques efficaces, prometteuses et émergentes en matière d’expression des enfants et des adolescents dans le contexte de l’élaboration de politiques.
Les pratiques efficaces sont celles qui sont fondées sur des données probantes (c.-à-d., les pratiques ont été décrites et ont fait l’objet d’une évaluation dans le cadre d’une recherche officielle évaluée par des pairs). Elles ont été jugées efficaces en raison de :
- Leurs résultats (c.-à-d., les pratiques ont permis aux jeunes de contribuer à une activité liée aux politiques);
- Leur transférabilité (c.-à-d., les pratiques peuvent être reprises dans d’autres activités ou contextes liés aux politiques);
- Données cumulatives (c.-à-d., les pratiques ont été renforcées dans plus d’une étude).
Malheureusement, la littérature universitaire sur les pratiques efficaces pour mobiliser les jeunes enfants (de moins de 12 ans) dans le contexte de l’élaboration de politiques est limitée (Yamaguchi et al., 2023), et aucun ouvrage universitaire ne porte sur les enfants de moins de deux ans (Horgan, 2024). Les pratiques qui concernent les enfants, lorsqu’elles existent, sont incluses.
Les pratiques prometteuses sont celles qui, bien qu’elles puissent être appliquées depuis longtemps, sont sous-évaluées ou sous-décrites dans la littérature universitaire, font l’objet de conclusions mitigées ou n’ont été publiées que dans des rapports organisationnels n’ayant pas fait l’objet d’une évaluation universitaire par des pairs.
Enfin, les pratiques émergentes comprennent celles qui sont novatrices et récentes, mais qui n’ont pas encore été évaluées. Il s’agit souvent de nouvelles occasions portées par le numérique. Étant donné que les jeunes utilisent davantage Internet que le reste de la population, il est inévitable de l’envisager comme une option pour mobiliser les enfants et les adolescents dans le contexte de l’élaboration de politiques. Plus précisément, les options en ligne permettent de répondre aux préférences et aux besoins des jeunes (Park, 2023) :
- Communication et rétroaction instantanées;
- Contenu facilement accessible et novateur (c.-à-d., visuel, interactif et clair);
- Formes de participation informelles en dehors des institutions (p. ex., médias sociaux);
- Effets concrets à court terme de la participation (Andersen et al., 2021);
- Récompenses issues de la ludification, comme l’obtention de points de récompense ou le gain immédiat de prix lors de concours (c.-à-d., motivation à participer);
- Occasions de socialisation et d’influence par les pairs dans les réseaux sociaux;
- Attachement à l’identité individuelle et à l’expression de soi;
- Confiance accrue envers les institutions publiques.
Pratiques relatives au lancement de l’activité
Avant la mobilisation des enfants et des adolescents, plusieurs facteurs donnent à penser qu’un environnement est plus propice qu’un autre à la participation des jeunes (Jacobs et George, 2022) :
- Il y a un moment où, sur le plan stratégique, les contributions des jeunes sont plus susceptibles d’être prises en compte sérieusement et potentiellement intégrées à l’élaboration de politiques;
- La participation des enfants ou des adolescents auprès de l’institution a une valeur ou est une priorité importante;
- Dans la mesure du possible, des jeunes participent déjà au processus participatif existant avec des adultes de confiance;
- Dans la mesure du possible, il existe des occasions d’établir des relations entre les jeunes et le gouvernement;
- Si des processus participatifs sont utilisés, il existe des occasions de donner aux jeunes la possibilité d’apporter leurs contributions en prêtant attention aux agents de contrôle et d’influence (c.-à-d., sans être trop influencés par l’autorité des adultes qui ont organisé l’activité concernant les politiques);
- Dans la mesure du possible, il existe une marge de manœuvre pour élaborer les politiques de manière novatrice.
Si les jeunes ont l’occasion de contribuer de façon significative au processus d’élaboration de politiques, les pratiques suivantes peuvent être utilisées pour les sensibiliser et entrer en relation avec eux, leur présenter l’occasion, et élaborer conjointement les lignes directrices de cette collaboration.
Pratiques efficaces
Selon le sujet, les intervenants responsables de l’organisation ciblent les perspectives sociales qui sont de la plus grande importance lorsqu’il est question de l’enjeu ou des politiques (Lansdown, 2001; McCart et Khanna 2012; Sime et Behrens, 2023; Smith et al., 2022; Young et al., 2023). Ils entrent ensuite en relation avec des jeunes par l’intermédiaire de réseaux ou d’organisations du secteur de l’enfance et de l’adolescence afin de les inviter à participer à l’activité d’élaboration de politiques (p. ex., Li, 2020; Smith et al., 2024). En fonction des objectifs des politiques, il peut être particulièrement efficace d’entrer en relation avec des groupes de jeunes qui ont travaillé sur des enjeux connexes. Le recours aux groupes ou aux réseaux existants pour les jeunes, comme les comités consultatifs des jeunes, peut permettre d’accéder plus rapidement aux jeunes et constituer un mécanisme durable pour mobiliser les jeunes à différentes étapes de l’élaboration de politiques (Chow et al., 2024). Les organisations pour les enfants et les adolescents sont des environnements favorables à leur participation à l’élaboration de politiques. Les occasions en matière de croissance personnelle, de capital social et de soutien des adultes sont des indicateurs clés (Krauss et al., 2020). De plus, le recrutement par l’intermédiaire du secteur de l’enfance et de l’adolescence (p. ex., organisations, enseignants et travailleurs après des adolescents) permet de sensibiliser de façon efficace une diversité d’enfants et d’adolescents, et de mobiliser les jeunes dans des contextes où des relations sont déjà établies et où ils partagent des caractéristiques de marginalisation qui leur permettent d’avoir des conversations plus approfondies sur ces facteurs (Smith et al., 2024).
Pratiques prometteuses
Pour jeter les bases de l’activité d’engagement et l’entreprendre, il est important de chercher à s’entendre sur des objectifs, des valeurs et des principes communs. Cette harmonisation se fera au fil du temps, tout au long du processus, mais commence au moment d’entreprendre l’activité (McCart et Khanna, 2012). Le fait d’établir des principes communs de façon collaborative et de les revisiter au début de chaque interaction permet de s’éloigner des normes, comportements et préjugés préexistants (Nzinga et al., 2024). Bien que les principes choisis par chaque groupe puissent différer, plusieurs d’entre eux sont les mêmes pour de nombreuses initiatives. Par exemple, le cadre du projet CO-CREATE résume ces principes communs en matière de participation (Nesrallah et al., 2023) :
- Respectueux : élaborer un code de conduite commun pour promouvoir le respect mutuel (Nesrallah et al., 2023) et l’apprentissage mutuel (Swist et al., 2022). Renforcer l’idée que toutes les personnes doivent être traitées avec respect et s’efforcer de promouvoir la compréhension mutuelle (Nesrallah et al., 2023);
- Inclusif : rencontrer les jeunes à l’endroit où ils se trouvent, à la fois physiquement (p. ex., dans ou près des écoles, des centres communautaires locaux et des clubs d’adolescents) et en fonction de leurs intérêts et de leurs capacités (Nesrallah et al., 2023; la Commission des étudiants du Canada, 2016). Veiller à ce que les jeunes puissent participer de la façon qui leur convient le mieux (Fischer et Radinger-Peer, 2024; Ingman et al., 2023) en tenant compte de l’accessibilité (physique, numérique et cognitive);
- Volontaire : communiquer clairement que les jeunes ont le choix de participer, et leur expliquer comme mettre fin à leur participation s’ils le souhaitent (Nesrallah et al., 2023);
- Ouvert et transparent : établir des rôles et des attentes clairs, et consacrer du temps au processus de consentement. Communiquer l’objectif et le processus en étant honnête quant aux limites afin d’atténuer toute attente irréaliste quant aux résultats (Fischer et Radinger-Peer, 2024; Nesrallah et al., 2023; Swist et al., 2022; Thew, 2021; Tjahja et Potjomkina, 2024; Young et al., 2023);
- Responsable : faire part des résultats aux participants; dans la mesure du possible, donner aux jeunes l’occasion de participer à des activités de suivi de l’état d’avancement des idées politiques en vue de leur mise en œuvre (Augsberger et al., 2023; Fischer et Radinger-Peer, 2024; Nesrallah et al., 2023; Swist et al., 2022; Thew, 2021; Tjahja et Potjomkina, 2024; Young et al., 2023). Rendre compte des réussites et des changements de politiques attribuables à la contribution des jeunes (Jenkins et al., 2020; la Commission des étudiants du Canada, 2016);
- Sûr et sensible aux risques : indiquez aux jeunes à qui ils peuvent s’adresser s’ils ont besoin d’aide. Faire part des mesures de sécurité qui sont en place en vue de permettre aux adultes et aux jeunes de travailler ensemble (Nesrallah et al., 2023).
- Habilité : offrir des occasions aux jeunes d’assumer de nouveaux rôles ou de prendre des mesures après l’activité d’élaboration de politiques, et renforcer leurs capacités à cet égard (Nesrallah et al., 2023).
Pratiques émergentes
Les médias sociaux sont de plus en plus utilisés pour élargir la portée des occasions; ils permettent d’identifier les organisations au service des enfants et des adolescents ou directement les jeunes, et d’entrer en relation avec eux. Par exemple, les chercheurs ont constaté que Snapchat et Instagram étaient les plateformes de médias sociaux les plus efficaces pour recruter des jeunes (cette étude visait des adolescents âgés de 15 à 17 ans) dans le cadre d’occasions de recherche (Smith et al., 2023). Cependant, avec l’évolution rapide de la culture des adolescents en ligne, la popularité des plateformes change rapidement. Les études indiquent également que l’utilisation d’un langage positif et un accent sur la nécessité des contributions des jeunes suscitent un intérêt accru (Smith et al., 2023). Toutefois, certains chercheurs ont constaté que, malgré la possibilité de sensibiliser un grand nombre et une grande diversité de jeunes, une première communication sur les médias sociaux est généralement beaucoup moins efficace qu’une invitation personnelle ou en personne (Moreno et al., 2017).
Pratiques pour déterminer l’enjeu et sa portée
Selon l’activité en matière de politiques, la détermination de l’enjeu et de sa portée peut être réalisée par les décideurs politiques, par les jeunes ou par les deux. Les pratiques suivantes décrivent la façon de déterminer l’enjeu et sa portée avec les jeunes, le cas échéant.
Pratiques efficaces
Intégrer la pensée systémique dès le départ : la littérature montre que la pensée systémique est une façon efficace de mobiliser les jeunes dans le contexte de changements à l’échelle du système, notamment l’élaboration de politiques. Par exemple, dans une étude, les jeunes participants (âgés de 16 à 21 ans) ont signalé qu’ils étaient plus motivés et avaient davantage l’intention de participer, étaient davantage engagés dans l’action collective et qu’ils étaient moins découragés par les enjeux complexes grâce à la pensée systémique (Sayal et al., 2016). Les chercheurs recommandent d’aider les jeunes à comprendre l’enjeu de façon globale et à cerner les renseignements qui doivent être recueillis concernant les principaux facteurs ayant une influence sur l’enjeu, leurs causes et les raisons pour lesquelles ils demeurent en place au fil du temps, et là où il est possible d’intervenir efficacement dans le système (Knai et al., 2023). Les chercheurs recommandent également de prendre en compte un large éventail d’influences à l’échelle du système, y compris les pratiques organisationnelles (c.-à-d., déterminants commerciaux de la santé) (Pitt et al., 2024).
L’élaboration de modèles en groupe (c.-à-d., schématisation visuelle des facteurs ayant une influence sur l’enjeu principal) est une façon de faire participer les jeunes à la pensée systémique. Elle peut s’avérer utile lorsque vient le temps de cibler les facteurs clés et la façon dont ils sont interreliés (Savona et al., 2021). À mesure que le processus se poursuit, cette schématisation peut être mise à jour de manière itérative afin d’y intégrer de nouveaux renseignements ainsi que de refléter et de mettre à l’essai les facteurs. Dans certaines études de recherche, ces schémas ont servi de points d’ancrage qui ont permis aux jeunes de rester axés sur la pensée systémique (Knai et al., 2023; Savona, 2022). Dans le cadre d’une étude participative menée auprès d’adolescents (cette étude s’intéressait à des adolescents âgés de 16 à 18 ans), les schémas ont également aidé les jeunes participants à participer et à apporter leurs contributions, et ont favorisé l’appropriation du processus par les jeunes (Knai et al., 2023).
Dans la littérature, diverses méthodes et techniques d’exploration et de visualisation ont été utilisées dans le cadre d’activités liées aux politiques afin de faire participer les enfants et les adolescents à la pensée systémique et de les aider à comprendre l’enjeu en question. Par exemple, la schématisation (comme la schématisation communautaire et la schématisation corporelle) s’est avérée efficace pour mobiliser les jeunes (Flodgren et al., 2024). La recherche montre que la schématisation communautaire est efficace : il s’agit d’un outil inclusif et approprié pour solliciter les points de vue des jeunes (Amsden et VanWynsberghe, 2003). La schématisation communautaire est une méthode utile pour obtenir des connaissances locales sur ce qui fonctionne (c.-à-d., les ressources et les endroits importants au sein des communautés des jeunes, ou les endroits où ils se sentent en sécurité et soutenus); sur les visions pour l’avenir et les aspects à améliorer ou les enjeux; les relations entre les éléments spatiaux, terrestres et culturels du milieu (Amsden et VanWynsberghe, 2003; Jagger, 2014). Elle permet de faire ressortir les points de vue des jeunes enfants et d’influencer le processus décisionnel. Par exemple, dans un quartier économiquement défavorisé de Londres, au Royaume-Uni, des enfants (âgés de 4 à 5 ans) ont créé une carte de leur environnement local et de ce qu’ils souhaitaient qu’il soit. Les enfants préféraient tous un revêtement en béton, car les aires de jeux recouvertes de gazon (largement considérées par les planificateurs comme les plus appropriées) cachaient le verre cassé et d’autres dangers (Lansdown, 2001). La schématisation corporelle consiste à tracer son corps sur une grande feuille de papier; à partir d’amorces liées à l’enjeu en question, les participants remplissent leur « corps » à l’aide de peinture ou de collage afin d’explorer leurs expériences en lien avec l’enjeu. Elle est souvent utilisée pour en apprendre davantage sur les façons dont les enfants et les adolescents vivent les enjeux dans leur corps et pour faire des liens entre ces expériences corporelles individuelles et les facteurs structurels. Les schémas corporels sont particulièrement accessibles et attrayants pour une large fourchette d’âges, et ont été utilisés avec succès auprès d’enfants de 5 ans et plus (Jager et al., 2016; Mitchell, 2006).
Pratiques prometteuses
Prendre les expériences des jeunes pour point de départ : il peut s’agir de demander aux jeunes de cibler les principaux enjeux dans leur vie ou de réfléchir à leurs propres expériences en lien avec un enjeu ou un sujet prédéterminé. Prévoir du temps pour que les jeunes puissent réfléchir aux raisons qui les motivent à participer, explorer ce qu’ils savent déjà en tant qu’experts de leur propre vie, et faire part de leurs expériences les uns avec les autres (la Commission des étudiants du Canada, 2016).
Élaborer un modèle souple et hybride pour sensibiliser divers jeunes, en virtuel et en personne : la Commission des étudiants sollicite actuellement l’opinion de 2 000 adolescents de l’ensemble du Canada aux fins du deuxième Rapport sur l’état de la jeunesse du gouvernement du Canada dans le cadre de la mise en œuvre de la Politique jeunesse pour le Canada. Les séances sont organisées et animées par des organisations du secteur de l’adolescence, des animateurs auprès des adolescents, et des alliés adultes en ligne et en personne afin de sensibiliser les jeunes là où ils se trouvent. L’intention, dans le contexte de la sensibilisation et des invitations, accorde la priorité aux adolescents confrontés à de multiples obstacles, ce qui a permis de faire participer une grande diversité d’adolescents à la consultation sur le premier État de la jeunesse. Aux fins du premier Rapport sur l’état de la jeunesse, en raison de la pandémie de COVID-19, des séances d’une heure menées auprès de 1 000 adolescents ont principalement été menées en ligne. Ces séances avaient été conçues en partenariat avec le Secrétariat des jeunes du gouvernement et un groupe consultatif d’adolescents. Parmi ces séances, une fête des données a été organisée. Au cours de celle-ci, des adolescents étaient invités à discuter de données sur les principaux points liés aux politiques, à les interpréter, à discuter de leurs besoins et de leurs expériences en la matière, et souvent à remettre en question les renseignements présentés (Patrimoine canadien, 2021). Les jeunes ont fait part de leur opinion quant aux priorités énoncées dans la Politique jeunesse. Dans le contexte de l’élaboration de politiques concernant les enfants et les adolescents, la question de savoir comment l’enjeu ou le sujet en matière de politique est défini est importante. De fait, par le passé, de nombreuses politiques concernant les jeunes étaient fondées sur l’idée que les enfants et les adolescents étaient à risque et qu’ils devaient être protégés, ce qui se traduisait souvent par une hausse de la surveillance plutôt que de l’autonomie. Lorsqu’ils s’expriment, les jeunes mentionnent souvent l’autonomie dont ils jouissent. « Lorsque des récits contradictoires sur l’autonomie, la responsabilité, la vulnérabilité et le risque des adolescents sous-tendent les politiques jeunesse, il est probable que les intentions et les résultats des politiques soient confus » [Traduction] (Waite et al., 2024, p. 4). S’efforcer d’harmoniser la définition et la portée du sujet permet d’accroître la pertinence du processus et de le faciliter.
Pratiques émergentes
Les plateformes numériques peuvent permettre de sensibiliser un grand nombre d’enfants et d’adolescents en vue de cibler les priorités et de définir la portée de l’enjeu. Par exemple, la plateforme Arab Youth Facts invite les adolescents, les chercheurs et les organisations qui travaillent auprès d’adolescents à répondre à des questions sur huit secteurs essentiels pour les adolescents. Les adolescents peuvent ajouter de nouvelles questions et donner leur rétroaction sur cette plateforme interactive. De façon similaire, U-Report de l’UNICEF permet de joindre les adolescents par l’intermédiaire de robots conversationnels, par messagerie, par les médias sociaux et par SMS, afin de comprendre leurs besoins et leurs préoccupations. Les résultats sont transmis aux communautés locales et aux décideurs politiques (Park, 2023). Selon le site Web de U-Report Canada, il y a actuellement plus de 2 600 U-Reporters au Canada. U-Report est conçu pour recevoir des données en temps réel sur les opinions des adolescents, pour sonder les adolescents pour que leurs opinions se fassent davantage entendre, pour fournir des renseignements aux adolescents, et pour créer un dialogue avec les décideurs politiques (Berdou et Lopes, 2017). La plateforme se veut un espace apolitique où les adolescents peuvent apprendre à connaître leurs droits et à les défendre, et sert de voie d’accès à l’engagement civique (Ayres et Krohling, 2020). Dans une étude réalisée avec des U-Reporters en Ouganda, les adolescents ayant participé à des groupes de discussion ont dit apprécier la possibilité d’exprimer leur point de vue et les renseignements qui leur avaient été transmis sur des enjeux liés à la santé et à l’éducation. Cependant, ils ne savaient pas très bien si et comment leurs contributions avaient été utilisées ou si elles avaient eu une incidence. Dans des études de cas, des chercheurs ont constaté que U-Report avait permis de faire ressortir des problèmes émergents et d’obtenir une vision des opinions et des priorités, mais leurs conclusions n’étaient pas aussi claires quant à la mesure dans laquelle les contributions étaient utiles ou la mesure dans laquelle les perspectives des adolescents avaient guidé l’élaboration de politiques (Berdou et Lopes, 2017).
Pratiques relatives à l’élaboration et à la mise en œuvre de politiques
Pratiques efficaces
Les approches qui combinent plusieurs méthodes de collecte de données probantes et de contributions sont particulièrement efficaces pour améliorer la représentation et la diversité parmi les enfants et adolescents participants, et pour cerner les besoins précis de la population (adolescents autochtones : Blanchet-Cohen et al., 2021; adolescents migrants : Delahaye et al., 2024; Desiderio et al., 2024; méthodes spatiales auprès d’enfants : Million, 2017). Dans une étude comparant des stratégies distinctes de participation des élèves à la prise de décisions à l’école, des chercheurs ont constaté que l’utilisation d’une combinaison de méthodes générait des perspectives complémentaires provenant de chacune d’entre elles et permettait d’obtenir des renseignements pertinents pour orienter la prise de décision (Ingman et al., 2023). Les processus comportant des cycles itératifs sont particulièrement efficaces pour instaurer la confiance et valider les résultats, car chaque cycle de collecte de données valide le précédent et s’appuie sur celui-ci, et a le potentiel de mobiliser progressivement d’un plus grand nombre de jeunes (Desiderio et al., 2024; Waite et al., 2024). Par exemple, Desiderio et ses collègues (2024) ont fait participer de jeunes adultes à des groupes de discussion pour explorer des scénarios de politique alimentaire extrapolés de la littérature. Les thèmes abordés par les groupes de discussion ont ensuite été validés au moyen d’un sondage réalisé auprès d’un plus grand nombre de personnes. Par conséquent, ces cycles ont permis de déterminer les priorités et de mobiliser de jeunes intervenants afin d’orienter l’élaboration de politiques. Une approche participative itérative permet de veiller à ce que les opinions des enfants et des adolescents soient représentées de façon exacte; cette approche répond aux préoccupations selon lesquelles les opinions exprimées par les enfants et les adolescents pourraient être utilisées à mauvais escient pour légitimer des revendications politiques relatives aux besoins des jeunes (Waite et al., 2024).
L’étude d’Ingman et de ses collègues sur de multiples techniques de mobilisation des enfants et des adolescents dans le cadre d’un processus de planification stratégique dans 28 districts scolaires ruraux M-12 des États-Unis a révélé que les séances d’écoute (similaires aux groupes de discussion avec des activités et des amorces pour structurer la discussion), les sondages anonymes, la mobilisation des adolescents dans des groupes de travail (une série de réunions intergénérationnelles au cours desquelles les membres avaient la responsabilité d’apporter leurs propres perspectives et d’autres opinions à la table pour orienter le plan) et les entrevues mobiles (les adolescents mènent des entrevues courtes et informelles avec leurs pairs) étaient les plus populaires auprès des élèves et du personnel. En outre, les intervenants ont indiqué que l’établissement de relations de confiance, l’utilisation de stratégies multiples pour mobiliser les jeunes, et le respect de l’équité tout au long du processus étaient des éléments clés de la réussite (Ingman et al., 2023).
Les séances d’écoute ou les discussions de groupe sont efficaces parce qu’elles permettent de faire participer les jeunes, y compris les enfants, et sont adaptées au développement des enfants de 6 ans et plus (Ingman et al., 2023; Peterson-Sweeney, 2005). Pour les groupes de discussion composés de jeunes enfants, de plus petits groupes pourraient mieux permettre aux enfants de participer (Peterson-Sweeney, 2005). Par rapport à d’autres méthodes, les séances permettent de recueillir des renseignements et des données précieuses, et de décrire plus en détail les enjeux et les préoccupations des jeunes (Ingman et al., 2023). Les groupes de discussion sont intentionnellement conçus pour en savoir plus sur la façon dont un enjeu est perçu par différentes personnes et mettre en commun les perceptions ou les opinions des membres du groupe sans que celui-ci soit contraint de parvenir à un consensus (Peterson-Sweeney, 2005). Ces séances peuvent être utilisées comme les fêtes de données pour permettre aux jeunes d’interpréter et de contextualiser les données existantes (p. ex., données à l’échelle de la population). Les jeunes peuvent également contribuer de multiples façons (p. ex., de vive voix et par écrit), à la fois dans des groupes de discussion en personne et dans des groupes de discussion en ligne (Smith et al., 2024). Cependant, la confidentialité, particulièrement dans les petites communautés, peut constituer un obstacle (Ingman et al., 2023). Le soutien d’adultes alliés (c.-à-d., d’adultes qui soutiennent les jeunes) est nécessaire dans le cadre de groupes de discussion en ligne en vue d’y donner accès aux jeunes, de mettre en place la technologie et de gérer les exigences techniques. De plus, les activités en ligne peuvent rendre l’établissement de la confiance et la lecture du langage corporel plus difficiles, et limiter les activités de renforcement de la communauté. En ligne, la dynamique peut passer d’une discussion de groupe interactive à des réponses adressées davantage à l’animateur (Smith et al., 2024).
Les sondages anonymes peuvent être un complément efficace d’autres méthodes et permettre de cerner les enjeux pertinents concernant les enfants et les adolescents et de définir ces enjeux du point de vue des enfants et des adolescents. Les sondages permettent de recueillir l’avis sincère des enfants et des adolescents dans les petites communautés où il peut être difficile de protéger la confidentialité des jeunes. L’anonymat, un administrateur externe, et des mesures incitatives (cartes-cadeaux) se sont avérés efficaces pour encourager la participation (Ingman et al., 2023).
Dans une étude menée auprès d’adolescents (âgés de 13 à 22 ans) en milieu rural, les méthodes participatives et visuelles fondées sur la conception permettaient convenablement aux adolescents de faire part de leurs idées (Laursen, 2024). Les approches participatives de ce genre sont efficaces dans des contextes plus fragiles, comme en zone rurale périphérique, où les jeunes peuvent contribuer à des mesures qui permettront d’augmenter les ressources locales (Freires et al., 2023). Laursen a utilisé trois méthodes fondées sur la conception : les papillons adhésifs; le nuage de rêve; et les cartes postales. Les adolescents ont inscrit les bons et les « moins bons » endroits de leur communauté sur des papillons adhésifs de différentes couleurs qu’ils ont collés sur une carte, afin de donner un aperçu visuel de leurs observations et de leurs points de vue. Les adolescents ont ensuite affiché leurs souhaits pour une vie meilleure sur un nuage de rêve visuel au mur. Enfin, ils ont écrit des cartes postales dans lesquelles ils envisageaient l’avenir. Chacune de ces méthodes fondées sur la conception a mené à des discussions et à une réflexion sur le sens, et a été suivie d’un dialogue avec des politiciens locaux. La majorité des adolescents (86 %) ont signalé que l’atelier participatif leur avait permis d’exprimer leurs idées. Bien que les activités aient permis aux adolescents de mettre leurs expériences en commun, d’élaborer et d’échanger des idées et des connaissances précieuses, et de créer un sentiment d’appartenance à la communauté, les adolescents n’avaient aucun pouvoir décisionnel (Laursen, 2024).
Pratiques prometteuses
Les forums jeunesse rassemblent des jeunes pour qu’ils conçoivent, passent en revue et arrivent à une décision sur des recommandations quant à l’orientation des politiques. Il est prouvé que les contributions des jeunes dans le cadre d’événements ont une influence sur la prise de décisions. Par exemple, Youth 2030 Cities a organisé sept forums jeunesse en vue d’élaborer et d’adopter des « déclarACTIONS » nationales qui ont ensuite été adoptées lors de l’assemblée des adolescents du Forum urbain mondial (ONU-Habitat, 2023).
Dans une étude qui portait sur la conférence nationale de la jeunesse de la Commission des étudiants du Canada, Pancer et ses collègues (2002) ont constaté que les conférences jeunesse peuvent représenter des contextes efficaces pour mobiliser les jeunes parce qu’elles sont favorables au processus d’engagement. Les jeunes délégués ont indiqué qu’ils se sentaient habilités et ont souligné l’importance de travailler sur des solutions, de changer les choses et d’acquérir les compétences nécessaires pour faire entendre leurs opinions. Depuis 1991, la Commission des étudiants organise des conférences nationales de la jeunesse pour permettre aux adolescents d’établir l’ordre de priorité de leurs préoccupations et de faire part de leurs recommandations aux décideurs politiques. Elles reposent toutes sur les quatre piliers de la Commission des étudiants : le respect; l’écoute; la compréhension; et la communicationMD (McCart, 1992). Ces valeurs offrent un environnement social favorable pour les jeunes (Pancer et al., 2002). Ces conférences offrent aux décideurs politiques l’occasion de solliciter une rétroaction sur les sujets faisant l’objet de travaux et d’entendre les recommandations d’un large éventail d’adolescents de partout au pays (la Commission des étudiants du Canada, 2025; Pancer et al., 2002). Alignées sur le modèle des Jeunes décideurs, conçu par un partenariat de jeunes et d’adultes, les jeunes suivent un processus cyclique au cours duquel ils étudient l’enjeu à partir de leur propre point de vue et d’autres sources de connaissances, discutent avec leurs pairs pour mieux comprendre les expériences des jeunes qui sont différentes des leurs, élaboreent des recommandations et travaillent dans le cadre d’un processus décisionnel consensuel, puis informent les décideurs politiques. Ce cycle éprouvé est renforcé par des occasions offertes aux jeunes d’entrer en communication avec des électeurs, de sorte qu’ils s’expriment non seulement à partir de leur propre point de vue et de leur propre expérience, mais qu’ils représentent également un plus grand nombre de leurs pairs. Les adolescents s’adressent aux décideurs politiques et au secteur de l’adolescence au dernier jour de l’événement (la Commission des étudiants du Canada, 2016; conférences le Canada que nous souhaitons).
De façon similaire, les événements Shaking the Movers permettent de mobiliser les jeunes depuis 2007. Shaking the Movers est un modèle de conférence jeunesse qui adopte une approche respectueuse des droits et qui a permis de mobiliser des enfants et des adolescents (âgés de 10 à 20 ans) dans le cadre de discussions sur des enjeux de politique publique. Les jeunes sont invités à participer au comité de travail afin de planifier l’événement, et des adolescents volontaires agissent à titre d’animateurs, de rapporteurs et d’assistants. Les enfants et les adolescents qui y participent se préparent aux discussions au cours d’activités préalables. Lors de la consultation, les adultes qui participent à l’événement forment leur propre groupe afin que les jeunes puissent discuter librement sans influence de leur part (Pearson et Collins, 2011). Les rapports sur les résultats de Shaking the Movers sont publiés afin d’informer les décideurs.
Les jeunes n’ont souvent pas accès aux ressources et aux renseignements auxquels les adultes qui participent à l’élaboration de politiques peuvent avoir accès. Cela dit, des processus plus intensifs, soutenus et dotés de ressources qui font place au renforcement des capacités ont l’avantage d’atténuer cette inégalité (Faiesall et al., 2023). Par exemple, la récente Assemblée jeunesse sur les droits numériques et la sécurité au Canada a réuni 35 adolescents (18 ans) au cours d’une séance virtuelle et d’une séance de quatre jours en personne. Ces séances étaient composées de diverses conférences d’experts et de discussions animées visant à en apprendre davantage et à donner un sens aux connaissances et aux expériences des jeunes. À titre de résultat, l’assemblée a formulé des recommandations politiques à l’intention du gouvernement et de l’industrie (Assemblée jeunesse canadienne sur les droits numériques et la sécurité, 2023).
La participation d’adolescents à des groupes de travail ou des conseils jeunesse peut être efficace si l’institution est prête, par exemple s’il y a un engagement de la part de l’institution, si la culture est appropriée, si les attentes sont claires et si les adolescents disposent d’espaces sûrs (Augsberger et al., 2023; Young et al., 2023). Les adolescents se sont davantage approprié l’initiative et ont été des vecteurs efficaces pour communiquer les plans du groupe de travail à leurs pairs et les inciter à donner leur avis. Cependant, le caractère transitoire de l’adolescence (p. ex., obtention du diplôme d’études secondaires), la représentation démographique limitée (c.-à-d., les étudiants les plus mobilisés étaient plus susceptibles d’être invités ou de participer au groupe de travail) et l’établissement d’un calendrier (pendant l’école) représentaient un défi (Ingman et al., 2023).
La recherche participative est plus intensive et plus soutenue, ce qui en fait une approche appropriée aux fins de l’enquête itérative approfondie nécessaire à la formulation de politiques. Les processus de recherche participative mobilisent les enfants et les adolescents en tant que cochercheurs. En tant que chercheurs et participants, les jeunes cocréent les questions de recherche et le processus de recherche. Faire participer les jeunes qui ont des connaissances expérientielles des systèmes en tant que cochercheurs peut améliorer le processus et favoriser l’expression collective des enfants et des adolescents comme moteur d’influence des politiques. Par exemple, les jeunes cochercheurs qui ont des connaissances expérientielles des services de protection de la jeunesse au Québec ont participé à chaque étape du processus de recherche participative. Les cochercheurs, adolescents et adultes, ont interrogé de jeunes adultes sortis du système de protection de la jeunesse afin de comprendre et d’amplifier leurs expériences et de prendre des mesures pour améliorer la capacité d’action des jeunes dans le système (Diaz et al., 2024). De façon similaire, la Commission des étudiants du Canada organise des fêtes de données participatives à l’intention d’adolescents pour interpréter de manière collaborative et itérative les résultats des recherches et des évaluations axées sur les adolescents. Dans chaque cycle successif, les jeunes participent à une réflexion sur le sens, ce qui mène à une analyse plus approfondie, apporte de nouvelles données ainsi que de nouvelles questions à explorer dans un autre cycle (McCart et Khanna, 2012; Ramey et al., 2020). Des mécanismes réguliers permettant de voir les résultats et d’avoir une véritable occasion de façonner l’analyse ont permis d’instaurer la confiance et ont mené à une mobilisation accrue dans des cycles successifs de collecte de données.
Dans la littérature, divers outils visuels artistiques, comme les cartes postales, la photovoix, la réalisation de films et la narration d’histoires peuvent représenter des méthodes attrayantes pour mobiliser les adolescents afin d’élaborer et de mettre en commun des idées (Blanchet-Cohen et al., 2021; Delahaye et al., 2024; Flodgren et al., 2024). Les consultations axées sur les arts et les activités, qui permettent de mobiliser les jeunes, sont un autre outil particulièrement accessible pour les enfants, car de nombreuses méthodes, comme le dessin, font partie intégrante de la vie des enfants et peuvent être utilisées par les enfants qui ne se sentent pas à l’aise ou qui ne peuvent pas s’exprimer de vive voix ou par écrit. Par exemple, Martin et ses collègues (2018) ont animé une activité de ligne de vie au cours de laquelle des enfants (âgés de 7 à 12 ans) ont ciblé les contributeurs et les obstacles à leur santé aux différentes étapes de leur vie. Ils ont ensuite participé à une activité de schématisation corporelle au cours de laquelle ils ont tracé leur corps sur de grandes feuilles de papier et y ont inscrit leurs idées. Enfin, ils ont participé à une activité du napperon au cours de laquelle chaque napperon représentait différents environnements de leur vie (maison, école et communauté) afin de réfléchir aux différentes mesures de soutien nécessaires dans chacun d’entre eux. De façon similaire, certaines techniques ont été utilisées dans le cadre de consultations réalisées auprès d’enfants, comme des concours de dessin (Coalition canadienne pour les droits des enfants : enfants âgés de 7 ans et plus), des activités mettant en scène des livres d’histoires ainsi que des jeux de rôle avec des marionnettes et des émoticônes pour permettre aux enfants d’exprimer ce qu’ils ressentent (Ballarat City Council et al., 2023; Care & Learning Alliance, 2021; enfants âgés de 5 ans et plus : Willow, 2001), et également des séances de photographie et de dessin suivies de la sélection d’émoticônes qui représentent une gamme d’émotions illustrant ce que les enfants ressentent à propos des photos (enfants âgés de 2 à 3 ans : O'Donnell, 2024). Lorsque les arts visuels sont utilisés, il est important d’encourager les enfants et les adolescents à ajouter des légendes ou à enregistrer leur discussion afin de veiller à une interprétation exacte (Horgan, 2024). Dans une autre étude portant sur les méthodes visuelles participatives, des enfants et des adolescents nouveaux arrivants ont créé des masques qui représentaient leur expérience et les organismes d’État. Avec leurs pairs, ils ont créé des sculptures vivantes pour exprimer leurs besoins et illustrer leurs expériences des systèmes dans leur nouveau pays, et ils ont pris des photos de la scène pour faire part de leurs conclusions lors de discussions et les communiquer à différents publics (Delahaye et al., 2024).
Dans le cadre du projet CO-CREATE, des jeunes ont reçu du soutien au chapitre de la constitution de groupes ainsi que de la formation et d’un apprentissage sur les politiques et les données probantes existantes concernant l’enjeu. Ils ont utilisé la photovoix et la schématisation des systèmes pour cerner les principaux facteurs ayant une incidence sur l’enjeu et la façon dont ces facteurs étaient interreliés (Klepp et al., 2023). La photovoix est une méthode de recherche participative axée sur les arts qui consiste à prendre des photos pour documenter les forces et les faiblesses d’une communauté, à susciter un dialogue critique sur les enjeux au moyen d’une réflexion collaborative sur le sens des images, et à mobiliser les connaissances par l’intermédiaire d’une présentation photographique aux décideurs politiques et à d’autres publics (Wang et Burris, 1997). Les jeunes qui ont participé au projet CO-CREATE ont également eu l’occasion de renforcer leurs capacités en matière de défense des intérêts et de budgétisation, ainsi que leurs capacités dans d’autres domaines à l’appui de la formulation de politiques. De plus, chaque groupe disposait d’un budget pour mettre à l’essai les éléments d’une idée de politique et a participé à des forums de discussion avec des décideurs politiques et d’autres experts (Klepp et al., 2023; Savona et al., 2022).
Dans une étude portant sur une approche en laboratoire du monde réel faisant intervenir plusieurs méthodes et cycles, des jeunes (âgés de 11 à 17 ans) en Autriche ont collaboré avec des représentants de la communauté pour inviter leurs pairs à participer à un processus de consultation comprenant un événement de lancement, une schématisation visant à recueillir des suggestions (améliorations, endroits à éviter et lieux de rencontre) et un atelier pour développer des idées. Le bureau municipal a sélectionné trois propositions financièrement réalisables d’après les recommandations, et les jeunes ont voté pour leur proposition préférée. Dans un atelier subséquent, les jeunes ont élaboré les étapes de la mise en œuvre en collaboration avec la municipalité (Fischer et Radinger-Peer, 2024). Fischer et Radinger-Peer (2024) ont déterminé les principaux facteurs qui ont contribué à la réussite du processus : 1) un enjeu concret pertinent pour les jeunes, sur lequel ils peuvent vraiment agir; 2) un adulte allié de confiance (p. ex., intervenant auprès de la jeunesse) agissant à titre d’intermédiaire entre les jeunes, les scientifiques et les décideurs politiques locaux; 3) un processus légitimé par le soutien des décideurs politiques; 4) des ressources humaines et financières depuis le lancement jusqu’à la mise en œuvre; 5) une prise de décision partagée entre les jeunes et les décideurs politiques, au cours de laquelle l’apport des jeunes est pris au sérieux.
Lorsqu’il n’est pas possible de mobiliser directement les jeunes, la conduite de recherches secondaires (c.-à-d., l’intégration des résultats de rapports de tiers sur l’opinion des enfants et des adolescents ou de recherches académiques auxquelles ont participé des enfants et des adolescents) peut permettre de tenir compte de leurs opinions dans le processus de formulation de politiques. Les recherches secondaires qui reposent sur une consultation active des jeunes et dont les recommandations découlent de manière transparente de leur rétroaction peuvent être utiles aux fins de l’élaboration de politiques. Toutefois, il peut y avoir un décalage si les données recueillies ne portent pas spécifiquement sur la question politique et, par conséquent, peuvent n’être utiles qu’aux fins de l’avant-propos ou de la mise en contexte de la discussion sur la politique (Waite et al., 2024).
Pratiques émergentes
Une combinaison d’outils virtuels utiles à différentes fins peut faciliter la mobilisation des enfants et des adolescents dans les processus complexes de formulation de politiques. Par exemple, dans le cadre d’une recherche participative auprès d’étudiants autochtones, noirs et d’autres groupes racisés du secondaire, Macias et ses collègues (2022) ont utilisé : la plateforme de vidéoconférence Zoom en formule individuelle et en formule de groupe aux fins de planification et d’élaboration; le courriel pour la collecte de données et l’évaluation; Slack pour les rappels; la galerie virtuelle en ligne Gathertown pour la mise en commun des photovoix; Google Jamboard (abandonné) pour la formation; Kahoot pour les soirées de jeu-questionnaire; et Dropbox pour les journaux.
Les assemblées générales virtuelles peuvent être utilisées afin d’établir le programme et de contribuer à la formulation de politiques. Par exemple, la série d’assemblées générales virtuelles jeunesse est une plateforme dirigée par les jeunes qui leur permet de contribuer au programme jeunesse dans la ville de New York (Park, 2023). De façon similaire, des assemblées générales virtuelles en ligne auprès d’adolescents de la Malaisie ont permis de formuler des orientations clés pour l’élaboration de politiques et de stratégies liées à la santé planétaire (Faiesall et al., 2023).
Les plateformes numériques peuvent être utilisées pour élaborer des politiques et déterminer leur mise en œuvre. Le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme de la République de Corée a utilisé une plateforme du métavers dans le cadre d’une campagne de participation des adolescents à la politique intitulée The Youth Made Changes. Ils ont utilisé la plateforme pour organiser une série de discussions et consultations politiques virtuelles auprès des adolescents afin d’élaborer des politiques culturelles et de sélectionner des projets de mise en œuvre (Park, 2023). Young Scot est une plateforme numérique dont le processus de vote électronique permet de faire participer les adolescents à la budgétisation; elle est utilisée par les gouvernements locaux en Écosse (https://youngscot.net/participatory-budgeting-voting). Les adolescents peuvent gagner des points de récompense en participant à des activités.
L’utilisation d’outils numériques existants, comme les jeux vidéo, est une pratique émergente de mobilisation des enfants et des adolescents dans le contexte des politiques. Par exemple, l’initiative Young Gamechangers (lancée en 2023) utilise Minecraft comme outil participatif pour mobiliser les jeunes et les inciter à exprimer leur vision de villes saines et prospères, afin qu’ils contribuent à la politique urbaine et à la politique sur le logement (ONU-Habitat, 2023).
Les ateliers de conception participative peuvent permettre de faire participer les enfants et les adolescents au processus décisionnel en vue de la création d’outils pour leur bienfait. Par exemple, des jeunes autochtones (âgés de 8 à 18 ans) ont participé à la conception de ressources numériques en santé mentale. Le processus comprenait une série d’ateliers de coconception s’adressant aux jeunes et leur permettant d’explorer les concepts, la compréhension, le langage et l’acceptabilité des outils électroniques et d’en cibler les caractéristiques importantes. Divers supports visuels, comme des conclusions antérieures, des maquettes, des scénarimages et des prototypes, ont été préparés, et les jeunes ont participé à des activités et à des discussions interactives dans le but de formuler des recommandations et de prendre des décisions (Povey et al., 2020; Povey et al., 2022).
Les défis de formation d’idées sont des activités structurées qui visent à solliciter des solutions à des enjeux complexes. La mobilisation des enfants et des adolescents peut être assurée à l’aide d’un apprentissage actif, fondé sur l’expérience et axé sur les problèmes, ainsi que d’une approche pédagogique. L’apprentissage par la résolution d’un problème fait intervenir un problème ou une question ouverte (politique) qui a plus d’une solution potentielle, ainsi qu’un apprentissage collaboratif en groupe sur le sujet ou l’enjeu tout au long du processus de résolution du problème. L’approche pédagogique reconnaît que les enfants et les adolescents ont besoin d’apprendre différentes choses et de participer à différentes activités au fil de leur développement. L’examen d’études réalisé par Jenkins et ses collègues (2020) a permis de recenser les éléments qui sont essentiels pour soutenir et pour assurer la mobilisation : activités variées; souplesse quant aux options de tâches individuelles et de tâches de groupe; espace pour les rendez-vous non productifs; « réussites » intermédiaires; et mentorat par des adultes et des adolescents.
Le 30Lab de Youthful Cities est un laboratoire d’innovation éphémère au sein duquel 30 jeunes influenceurs urbains locaux peuvent élaborer et cocréer des solutions innovantes pour les villes. Le laboratoire d’innovation comprend quatre ateliers au cours desquels les adolescents travaillent avec des experts de la communauté pour former des idées. Le processus débouche sur la mise en œuvre de projets dans les villes (Youthful Cities, pas de date). À l’échelle individuelle, le robot conversationnel Paryavaran Saathi en Inde mobilise les jeunes sur la question de la lutte contre la pollution. Les jeunes en apprennent davantage sur les politiques environnementales et peuvent envoyer des photos de leurs idées et de mesures pour lutter contre la pollution atmosphérique. Des aspects ludiques permettent d’inciter les jeunes à participer : les participants gagnent des points, et les 100 meilleurs participants gagnent des récompenses (Park, 2023).
Les marathons de programmation sont axés sur la technologie. Un accès aux données du gouvernement ouvert peut permettre aux jeunes de stimuler l’innovation des données. Par exemple, lors d’un marathon de programmation virtuel, les GeoYouthMappers ont utilisé le logiciel libre OpenStreetMap pour cartographier les districts frontaliers de l’Ouganda, contribuant ainsi à l’effort de planification lors de la pandémie de COVID-19. De façon similaire, les marathons de programmation de la jeunesse de l’ONU ont mobilisé des centaines d’équipes d’adolescents dans le monde entier qui, en s’appuyant sur des données de la Division des statistiques du Département des affaires économiques et sociales de l’ONU, ont mis à profit l’apprentissage automatique et l’IA en réponse à des défis mondiaux (Park, 2023).
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