JusteRecherche, numéro 15

Profil de recherches (suite)

Profil de recherches (suite)

Les possibilités de la recherche autochtone : résultats du Dialogue du CRSH sur la recherche et les peuples autochtones

Craig McNaughton et Daryl Rock, Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH)[21]

Objectif du document

En mars 2002, dans le cadre de son programme global de recherche stratégique, le Conseil d’administration du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) a demandé à son personnel de faire de la recherche autochtone un secteur prioritaire.

En suivant les conseils d’un certain nombre d’organismes et d’intervenants autochtones importants, nous avons pris la décision d’amorcer un dialogue public approfondi à plusieurs niveaux auprès de tous les intervenants s’intéressant à la recherche portant sur et pour les peuples autochtones, ainsi qu’à la recherche effectuée par et de concert avec ces peuples. Plus de 500 personnes provenant de différents organismes autochtones, universitaires, gouvernementaux et non gouvernementaux ont pris part au Dialogue du CRSH sur la recherche et les peuples autochtones. Ce document présente les résultats de ce Dialogue sous forme d’initiatives, de programmes ou de politiques envisageables.

Structure du document

Ce document se divise en deux parties principales :

Observation essentielle du document

Le processus de Dialogue du CRSH a permis d’élaborer deux démarches complémentaires de la recherche autochtone – la première sur la promotion conjointe des possibilités d’apprentissage; la seconde sur les questions d’équité.

La première démarche propose un ensemble de mesures axées sur le mandat principal du CRSH, soit la promotion des possibilités d’apprentissage offertes par des démarches de collaboration comme :

  1. la création de partenariats de recherche solides avec les communautés autochtones (par l’intermédiaire d’organismes communautaires);
  2. le soutien à la recherche sur les systèmes de connaissance autochtones;
  3. un investissement stratégique dans la capacité de recherche autochtone et dans les chercheurs non autochtones intéressés à faire carrière dans la recherche autochtone[22].

La seconde démarche propose un ensemble de mesures pour corriger les situations qui semblent entraver le développement positif et complet du potentiel de recherche que représentent les chercheurs autochtones et leurs traditions respectives en matière de connaissances :

A. Le processus de Dialogue du CRSH

1. La recherche autochtone

Le Dialogue sur la recherche et sur les peuples autochtones reflète un changement sans équivoque dans la façon dont la recherche est comprise et organisée en ce qui a trait aux peuples autochtones. S’ils étaient auparavant plutôt perçus comme des sujets de recherche fascinants ou pertinents, les Autochtones sont de plus en plus perçus comme des chercheurs et des partenaires menant des recherches dans le cadre des traditions de connaissances autochtones, en appliquant des méthodes autochtones et des méthodes issues de l’interaction avec les traditions intellectuelles non autochtones.

Par la même occasion, les chercheurs non autochtones sont moins perçus comme les « experts de l’extérieur » traditionnels et de plus en plus comme des partenaires à part égale engagés dans l’élaboration d’une nouvelle compréhension du savoir autochtone et veillant à ce que la recherche et la formation en recherche bénéficient directement aux nations et aux communautés autochtones.

La recherche autochtone devient rapidement une méthode d’étude plutôt qu’un domaine d’étude. Il en ressort une conception de la « recherche autochtone » dont le dynamisme procède des traditions de pensée et des expériences acquises parmi, et en partenariat avec, les nations autochtones du Canada et d’autres parties du monde.

2. Le point de départ du Conseil en matière de recherche autochtone

En mars 2002, le Conseil d’administration du CRSH établissait quatre priorités stratégiques fondées sur les consultations antérieures menées dans le milieu de la recherche : la culture, la citoyenneté et l’identité; l’environnement et le développement durable; les textes, les documents visuels, le son et la technologie; les peuples autochtones.

Le « développement autochtone » (terme utilisé à l’époque pour désigner les questions de recherche autochtone) était compris comme étant « une question de plus en plus présente dans les ministères fédéraux, [un domaine qui a] été reconnu comme une priorité par le gouvernement fédéral…. » Les consultations menées auprès des universitaires en 2001 ont permis de dégager un très large éventail de thèmes de recherches autochtones : le patrimoine culturel (arts, langues, traditions); la gouvernance autochtone; les soins de santé; le développement communautaire et les modes de vie sains; l’affaiblissement des cultures autochtones; le rôle des femmes autochtones dans la culture traditionnelle et la société moderne; les identités autochtones par rapport à la Loi sur les Indiens de 1995; les pratiques exemplaires dans ledéveloppement de communautés autochtones fortes, etc.[23]

En fait, la présence d’une vaste gamme de thèmes de recherche autochtone est confirmée par les mémoires déposés par des chercheurs autochtones et non autochtones en septembre 2002 à la suite de la demande de mémoires lancée à l’échelle nationale dans le cadre du Dialogue.

3. Un changement de paradigme en émergence

La réception en mai 2002 d’un mémoire non sollicité de la part du Saskatchewan Indian Federated College (SIFC) a donné le ton au Dialogue sur la recherche et les peuples autochtones du CRSH[24]. Ce mémoire portait sur un thème dont la pertinence a été confirmée à maintes reprises tout au long du Dialogue, c’est-à dire la nécessité de reconnaître un changement de paradigme dans la recherche autochtone.

Le mémoire du SIFC s’ouvrait sur l’observation selon laquelle la Commission royale sur les peuples autochtones (CRPA) et d’autres études « s’entendent pour dire qu’une partie importante de la solution [aux coûts des problèmes sociaux auxquels sont confrontés les peuples autochtones] est la nécessité de changer le paradigme de la recherche pour passer d’un paradigme où des intervenants de l’extérieur cherchent des solutions au « problème indien » à un paradigme où les peuples autochtones ménent les recherches et trouvent eux-mêmes les solutions »[25].

Le mémoire du SIFC poursuit en énumérant un certain nombre de caractéristiques de ce nouveau paradigme de recherche :

Le commentaire du SIFC était accompagné de ceux des membres de la Canadian Indigenous and Native Studies Association (CINSA) formulés lors du Congrès des sciences humaines de 2002; et des suggestions de planification de la part d’un groupe ad hoc formé durant l’été de 2002[27].

Ces premières interventions et réunions ont aidé à formuler la demande de mémoires à l’échelle nationale lancée en août 2002 à un vaste échantillonnage de personnes œuvrant au sein d’organismes autochtones, universitaires et gouvernementaux.

4. Faire connaître le point de vue élargi de la collectivité

En réponse à l’appel national, nous avons reçu plus de 50 mémoires provenant d’un bon échantillonnage de personnes et d’organismes. Ces mémoires reflétaient les commentaires d’au moins 100 personnes dont plusieurs travaillaient dans des groupes de discussion. Nous avons fait la synthèse de ces réponses dans un document de 50 pages[28].

Cette synthèse a servi de pivot à la toute première table ronde nationale du Conseil sur la recherche et les peuples autochtones qui a eu lieu le 29 novembre 2002 à Ottawa. La table ronde a réuni 65 personnes provenant de tout le pays et des trois principaux groupes autochtones (Premières Nations, Métis et Inuits), d’un échantillonnage d’établissements et de disciplines postsecondaires, du gouvernement fédéral et des gouvernements provinciaux et territoriaux, de même que d’organismes communautaires.

La table ronde a fait ressortir plus de 100 recommandations qui ont été présentées dans un rapport sommaire distribué en février 2003[29]. Nous avons invité les participants à la table ronde, ceux qui avaient soumis les mémoires originaux et bon nombre d’intervenants  potentiels parmi les Autochtones, les universitaires et les décideurs à examiner les recommandations présentées dans le rapport sommaire. Nous avons aussi invité les vice-recteurs (recherche et études universitaires) et les corps professoraux d’universités et de collèges canadiens, ainsi que les présidents et les membres de toutes les sociétés savantes  à revoir les recommandations. De plus, nous avons invité les 600 participants à la Conférence fédérale sur la recherche en matière de politique autochtone (du 26 au 28 novembre 2002) à nous faire connaître leurs commentaires.

Nous avons recouru à quatre groupes de discussion en ligne pour aborder les quatre principaux thèmes sous lesquels ont été regroupées les recommandations dans le rapport sommaire :

Dès le mois de mai 2003, quelque 350 personnes étaient inscrites sur les listes de diffusion, notamment un bon mélange de personnes provenant de différentes nations autochtones (entre autres des Inuits, des Métis, des Salish, des Anishinaabe, des Haudenosaunee, des Lenape/Delaware et des Cris); de la plupart des régions du pays; d’une vaste gamme de disciplines universitaires et d’institutions; d’organismes communautaires autochtones; d’organisations professionnelles et d’entreprises; d’organismes gouvernementaux, etc.

En résumé, le Dialogue n’avait rien d’une conversation superficielle entre quelques douzaines d’universitaires. Plus de 500 personnes représentant une vaste gamme d’expériences et de professions ont investi temps et énergie pour conseiller le CRSH. Si plusieurs points nécessitent des discussions soutenues, il en est un qui se dégage clairement du Dialogue. Nous nous entendons entre autres sur l’émergence et la nécessité d’un changement dans la démarche.

B. Création de programmes de recherche autochtone

Les participants au Dialogue ont travaillé en groupe pour présenter au Conseil deux « directions stratégiques » connexes mais distinctes qui ont dégagé un consensus relativement fort et qui semblent avoir des chances de succès raisonnables :

  1. une exploration conjointe des occasions d’apprentissage;
  2. un traitement équitable pour les chercheurs autochtones.

Les participants ont aussi proposé sept programmes que le Conseil pourrait envisager. Ces sept propositions reflétent pratiquement toutes les recommandations formulées dans le rapport de synthèse de l’automne dernier, lors de la table ronde et dans les discussions en ligne.

  1. Programme de recherche des communautés autochtones (RCA)
    Initiative conjointe proposée :

    Cette initiative conjointe viendrait en aide aux recherches amorcées par les organismes communautaires autochtones ayant des mandats de recherche. L’initiative serait élaborée en partenariat avec des chercheurs des universités et des collèges, ainsi qu’avec les gouvernements et d’autres organismes politiques de recherche, et traiterait des projets touchant les possibilités et les difficultés politiques, sociales, économiques et culturelles reconnues dans les communautés autochtones urbaines et non urbaines du Canada.

    Contexte :

    Ce programme pourrait permettre de se pencher sur plusieurs questions d’intérêt pour la recherche, notamment la préservation des langues, la survie culturelle, la pauvreté, la santé,  la guérison, la violence, l’autonomie gouvernementale, le développement économique, l’éducation, etc.

    Cependant, la recommandation ferme des participants au Dialogue est que l’on donne aux communautés autochtones (c.-à-d. à différents organismes communautaires) la chance de décider pour elles-mêmes de leurs priorités de recherche (chaque collectivité ayant des capacités et des besoins différents), et que les décideurs gouvernementaux et les universitaires offrent d’agir en tant qu’alliées en apportant leur soutien aux projets de recherche de la collectivité.

    Le programme proposé pourrait profiter grandement de l’expérience du CRSH avec le programme d’Alliances de recherche universités-communautés (ARUC).[30]

    Partenaires potentiels :

    En se servant des suggestions des organismes autochtones (par ex. Inuit Tapiriit Kanatami, le Ralliement national des Métis, l’Assemblée des Premières Nations, l’Association nationale des centres d’amitié, les organismes régionaux), ainsi que de celles des membres du groupe du Dialogue, le personnel du CRSH pourrait s’adresser aux organismes des gouvernements fédéral et provinciaux (par ex., le ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada, le Bureau du Conseil privé, Patrimoine canadien, Statistique Canada, Justice Canada, Santé Canada, les Instituts de recherche en santé du Canada, etc.) pour définir quels domaines de recherche intéressant les communautés autochtones ces organismes pourraient vouloir financer par l’entremise d’initiatives conjointes.

    Évaluation :

    Il a été proposé que tous les membres du comité de sélection soient des chercheurs reconnus ou des gardiens du savoir très respectés au sein des nations autochtones. Les membres du comité doivent respecter les peuples et les connaissances autochtones.

    Une majorité des membres du comité serait formée de chercheurs autochtones appartenant aux Premières Nations, ou aux groupes métis ou inuits. Le comité comprendrait aussi au moins un Aîné autochtone provenant tour à tour des Premières Nations et des collectivités métisses ou inuites.

    Le comité de sélection ferait régulièrement rapport au Conseil sur les besoins auxquels le programme a répondu et ceux auxquels il n’a pas répondu.

    Formation :

    Le programme RCA comprendrait des dispositions supplémentaires pour la formation et le mentorat d’étudiants autochtones et non autochtones intéressés à développer leurs compétences en recherche à la fois dans les traditions du savoir autochtone et non autochtone.

    Stratégies de mobilisation des connaissances :

    On mettra l’accent sur des stratégies de mobilisation des connaissances qui serviront d’abord les intérêts des communautés autochtones et en second lieu les intérêts d’un public plus vaste.

    Option du programme :

    Certains des objectifs de ce programme pourraient être atteints par le programme des ARUC du CRSH. On pourrait envisager un effort concerté pour encourager et adopter des propositions venant d’organismes communautaires autochtones.

  2. Programme des systèmes de connaissance autochtones (SCA)
    Démarche stratégique proposée :

    Cette démarche stratégique viendrait appuyer la recherche sur les systèmes de connaissance autochtones tant pour leur propre compte que dans le contexte de leurs interactions avec les systèmes de pensée non autochtones.

    Contexte:

    Inspiré dans une certaine mesure du programme des Initiatives de développement de la recherche (IDR) révisé du CRSH[31],ce programme a pour objectif de mobiliser les connaissances autochtones, d’abord pour le bénéfice des nations et des communautés autochtones du Canada,puis pour celui des communautés autochtones et non autochtones du monde entier.

    Le programme des SCA proposé porte une attention particulière aux projets de recherche axés sur la préservation du savoir détenu par les Aînés autochtones. Ce savoir est crucial pour la compréhension, le développement et l’application des connaissances autochtones, ainsi que pour le bien-être des communautés et des intellectuels autochtones. Tous les chercheurs seront admissibles au programme.

    Le comité de sélection du programme des SCA serait chargé d’évaluer l’importance des propositions reçues en fonction de deux besoins : (1) l’enrichissement, la récupération et la restauration du savoir autochtone; et (2) l’exploration de l’application du savoir autochtone par rapport à d’autres traditions en matière de connaissances.

    Formation :

    Le programme des SCA pourrait être élaboré pour comprendre des dispositions supplémentaires pour la formation et le mentorat d’étudiants autochtones et non autochtones intéressés à développer leurs compétences en recherche à la fois dans les traditions du savoir autochtone et non autochtone.

    Stratégies de mobilisation des connaissances :

    Le programme doit être flexible en matière de mobilisation des connaissances. L’idéal serait que tous les Canadiens profitent de la préservation et de la restauration du savoir autochtone. Cependant, il existe plusieurs façons pour les nations et les communautés autochtones de se situer par rapport à ce savoir, avoir de pouvoir l’apporter dans des forums interactifs avec d’autres traditions en matière de connaissances. Le comité de sélection et les chercheurs devront décider des stratégies de mobilisation les mieux indiquées.

    Évaluation :

    Il a été proposé que tous les membres du comité de sélection soient des chercheurs reconnus ou des gardiens du savoir très respectés au sein des nations autochtones. Les membres du comité doivent respecter les peuples et les connaissances autochtones.

    Une majorité des membres du comité serait formée de chercheurs autochtones appartenant aux Premières Nations, ou aux groupes métis ou inuits. Le comité comprendrait aussi au moins un Aîné autochtone provenant tour à tour des Premières Nations et des collectivités métisses ou inuits.

    Élaboration du programme :

    La recherche dans le cadre du programme des SCA pourrait constituer la « pierre angulaire » de l’engagement du CRSH en matière de recherche autochtone. Les non-Autochtones ont particulièrement besoin de comprendre en quoi les traditions autochtones en matière de connaissances sont distinctes et complètent les traditions non autochtones. Il est fort probable que des programmes de recherche plus spécifiques découleront de ces travaux. Le comité de sélection ferait rapport chaque année au Conseil sur les besoins auxquels le programme a répondu et ceux auxquels il n’a pas répondu.

    Option du programme :

    Certains des objectifs de ce programme pourraient être atteints dans le cadre du programme des Initiatives de développement de la recherche (IDR) rècemment révisé par le CRSH. Il pourrait être nécessaire de porter une attention toute spéciale à la valeur d’une recherche sur les traditions autochtones en matière de connaissances.

  3. Programme de carrières dans la recherche autochtone (CRA)
    Démarche de formation proposée :

    On pourrait concevoir le programme de carrières dans la recherche autochtone (CRA) de manière à ce qu’il améliore les capacités des chercheurs autochtones et non autochtones dans le contexte de la recherche autochtone.

    Contexte :

    Le programme de CRA fera écho à la recommandation issue du Dialogue voulant que le CRSH adopte « une approche à multiples facettes prévoyant la formation des étudiants de premier cycle, des bourses de recherche, des bourses d’études, le mentorat, des stages et de l’appui en vue d’un réseautage continu par l’entremise d’instituts d’été, de conférences et d’ateliers. »[32]

    L’objectif principal de ce programme est le développement des capacités en recherche par et pour les chercheurs autochtones. Le programme de CRA reconnaîtrait que les personnes ayant des ancêtres autochtones sont de façon générale confrontées à une foule de difficultés particulières au sein du milieu universitaire et que l’on a besoin de ces personnes pour participer au développement efficace de la recherche autochtone.

    Le programme sera cependant ouvert aussi aux universitaires non autochtones. Il incombera au comité de sélection d’évaluer les besoins relatifs et les possibilités.

    Les modes de financement pourraient dans une certaine mesure s’inspirer des bourses de recherche, des conférences et des autres programmes existaient déjà au CRSH, même s’il est proposé que les demandes de programmes de carrières proviennent des organismes communautaires autochtones travaillant en partenariat avec les établissements d’enseignement postsecondaires canadiens.

    Le programme de CRA pourrait par exemple pendre en considération des mesures innovatrices pour :

    • permettre aux chercheurs autochtones œuvrant au sein des facultés et détenteurs de maîtrises de faire leur doctorat (par ex. grâce à des ateliers d’été);
    • permettre aux chercheurs autochtones non universitaires d’augmenter leurs crédits en recherche;
    • accroître l’intérêt des jeunes autochtones pour les carrières en sciences humaines.
    Évaluation :

    Il a été proposé que tous les membres du comité de sélection soient des chercheurs reconnus ou des gardiens du savoir très respectés au sein des nations autochtones. Les membres du comité doivent respecter les peuples et les connaissances autochtones.

    Une majorité des membres du comité serait formée de chercheurs autochtones appartenant aux Premières Nations, ou aux groupes métis ou inuites. Le comité comprendrait aussi au moins un Aîné autochtone provenant tour à tour des Premières Nations et des collectivités métisses ou inuits.

    Élaboration des futurs programmes :

    Au fur et à mesure que surgiront de nouveaux besoins, des programmes distincts pourront être proposés et créés. Le programme de CRA pourrait de bien des façons être orienté vers l’observation de faits, faire l’objet de demandes d’évaluation et servir à reconnaître des occasions non réalisées. Le comité de sélection informera régulièrement le Conseil quant aux besoins auxquels le programme répond et à ceux auxquels il ne répond pas.

    Options du programme :
    • Certains des objectifs de cette démarche pourraient peut-être être atteints grâce aux programmes de bourses et de conférences du CRSH. Il pourrait être nécessaire d’insister particulièrement sur la possibilité d’approfondir les talents de chercheurs en ce qui concerne la recherche autochtone;
    • Le programme pourrait s’adresser uniquement aux chercheurs et aux étudiants autochtones;
    • L’étendue des options du programme pourrait être réduite (le Conseil pourrait décider de se concentrer, pour commencer, uniquement sur les Autochtones inscrits au doctorat[33]);
    • Les demandes pourraient être déposées par des particuliers plutôt que par des organismes commanditaires.
  4. La participation des Autochtones aux comités de pairs et aux évaluations externes
    Démarche proposée :

    Par cette démarche nous proposons d’engager le Conseil à faire en sorte que les chercheurs et les experts autochtones participent, au besoin, à tous les comités d’évaluation du CRSH et qu’ils soient embauchés pour la tenue des évaluations externes par des pairs pour ces comités.

    Contexte :

    Les chercheurs autochtones sont actifs dans tous les domaines d’études. La recherche autochtone ne se limite pas uniquement à l’étude des sujets autochtones.

    On peut s’attendre à un accord généralisé sur la participation des chercheurs autochtones aux comités et aux évaluations externes. Le défi à relever consiste à élaborer des moyens efficaces (par exemple dans les bases de données du CRSH) pour savoir quels chercheurs sont des Autochtones.

  5. Information sur les protocoles des communautés (IPC)
    Démarche proposée :

    Par cette démarche, on propose d’engager le CRSH à faire en sorte que, dans le contexte des efforts actuels pour réviser la section 6 de l’énoncé de politique des trois Conseils : éthique de la recherche avec des êtres humains[34], on déploie des efforts à l’échelle nationale pour reconnaître, analyser et promouvoir les protocoles de recherche établis par les différentes communautés et organisations autochtones.

    Contexte :

    Le Dialogue a permis d’attirer l’attention sur les efforts déployés par les communautés autochtones pour élaborer des protocoles de recherche et des procédures d’évaluation éthique. Ces efforts comprennent notamment :

    • le protocole de recherche dans les communautés autochtones élaboré dans le cadre du First Nations Aboriginal Counselling Program de l’Université de Brandon;
    • les protocoles de recherche d’Akwesasne;
    • les protocoles et principes pour la recherche dans un contexte autochtone élaborés (et actuellement révisés) dans le cadre des programmes d’études sur la gouvernance des Autochtones de la University of Victoria;
    • le bon traitement des connaissances autochtones mis en place par la Aboriginal Healing and Wellness Strategy du gouvernement de l’Ontario[35];
    • la surveillance de la déontologie mi’kmaq (Mi’kmaq Ethics Watch) – Principes et directives pour les chercheurs menant des travaux de recherche avec le peuple mi’kmaq;
    • le code de déontologie en matière de recherche du Kahnawake Schools Diabetes Prevention Project[36];
    • les principes de la propriété, du contrôle, de l’accès et de la possession (Ownership, Control, Access and Possession - OCAP)[37];
    • les régles en matière de recherche élaborées par l’Alaska Federation of Natives[38].

    Les protocoles de recherche des communautés semblent utiles pour renforcer l’autonomie des communautés et apporter plus de certitude aux chercheurs en matière de propriété de l’information, de diffusion, d’accès à différents types de savoir, la confidentialité, etc.[39]

    La démarche en matière d’IPC pourrait aussi constituer un moyen utile pour l’élaboration d’ententes pratiques entre les chercheurs et les comités d’éthique sur différentes questions de déontologie, notamment celles touchant la propriété intellectuelle et culturelle.

    Partenaires :

    Le CRSH pourrait collaborer avec le Secrétariat inter-conseils en éthique de la recherche, ainsi qu’avec d’autres partenaires, peut-être en commençant par un atelier conjoint ou une petite conférence sur les protocoles des communautés dans les domaines de la recherche couverts par les trois conseils subventionnaires fédéraux. Le ministère du Patrimoine canadien et le Bureau de la Convention sur la biodiversité d’Environnement Canada pourraient aussi participer, compte tenu de leur intérêt pour les questions de propriété intellectuelle des Autochtones.

  6. Réseau sur le Web pour la recherche autochtone
    Démarche proposée :

    Par cette démarche on propose d’engager le CRSH à faire en sorte de maintenir le réseau en ligne créé dans le cadre du Dialogue en y ajoutant des caractéristiques de promotion de la recherche, de mobilisation des connaissances et d’évaluation des effets de la recherche.

    Contexte :

    Le Dialogue a permis de reconnaître le besoin d’un réseau de recherche autochtone d’appui — un lieu d’échange d’information sur des idées de recherche, des ressources pour la recherche, des possibilités de formation et d’emploi, etc.

    Un réseau sur le Web pourrait aussi servir à la diffusion des résultats de recherche, principalement les recherches non publiées ou les recherches qui ne sont disponibles que par l’intermédiaire de la littérature clandestine[40]. Un tel réseau pourrait aussi servir de source permanente de conseils pour le CRSH dans la conduite de ses programmes de recherches sur les Autochtones.

    Partenaires :

    Pour cette démarche, le CRSH pourrait établir des partenariats avec des organismes comme la Canadian Indigenous and Native Studies Association (CINSA), des universités ou des collèges autochtones ou d’autres organismes intéressés. L’animation du réseau pourrait être confiée à un partenaire du CRSH travaillant en étroite collaboration avec le personnel du CRSH.

  7. Représentation des peuples autochtones au sein du CRSH
    Démarche proposée :

    Par cette démarche, on propose d’engager le CRSH dans l’examen des possibilités d’accroître la participation des peuples autochtones à tous les niveaux de son organisation (conseil d’administration, comités, personnel).

    Contexte :

    Le CRSH pourrait souhaiter examiner le conseil autochtone mis sur pied par la Queen’s University[41] et le Secrétariat des arts autochtones, lequel a été créé par le Conseil des arts du Canada[42] afin de déterminer si on pourrait organiser la représentation des Autochtones au sein du CRSH, et comment il faudrait s’y prendre. On pourrait notamment poser les questions suivantes : Devrait-on établir un rapport consultatif spécial ou formel (par ex., un cercle autochtone ou un comité spécial sur la recherche autochtone)? Le Conseil devrait-il simplement faire en sorte que des Autochtones soient inclus à tous les niveaux de l’organisme? De plus, si l’on procède à des transformations au sein du CRSH, est-il indiqué de se pencher sur la création d’un institut de recherche autochtone semblable à l’Institut de la santé des Autochtones (ISA) des IRSC[43]?

C. Gestion du programme

  1. Surveillance et évaluation

    Comme il s’agit de démarches exploratoires et prometteuses, il faut prévoir des mécanismes de surveillance et d’évaluation dans une optique de refonte stratégique des programmes et d’une « récolte » active des avantages pour les peuples autochtones, les chercheurs et le grand public. Le personnel du CRSH pourrait être désigné pour interagir avec le réseau permanent sur le Web, les comités de sélection et les intervenants intéressés afin de procéder à une évaluation organisée du fonctionnement de ces programmes.

    En matière de surveillance et d’évaluation, les principaux résultats de programmes prévus peuvent se définir comme suit :

    Programme de recherche des communautés autochtones (RCA) :
    • Du point de vue des communautés qui déposent les demandes ou des organisations autochtones, la recherche parrainée par ce programme aura eu un effet positif observable en permettant de relever les défis ou en réalisant les possibilités reconnues par ces communautés.
    Programme des systèmes de connaissance autochtones (SCA) :
    • On aura fait la preuve de la valeur des systèmes de connaissance autochtones pour leur propre compte et en rapport avec d’autres systèmes de connaissance.
    Programme de carrières dans la recherche autochtone (CRA) :
    • L’ensemble des modes de financement établis aura permis d’accroître, tant sur le plan quantitatif que sur le plan qualitatif, la capacité des chercheurs canadiens dans la recherche autochtone.
    Participation des Autochtones aux comités de pairs et aux évaluations externes :
    • Le nombre d’Autochtones participant aux comités de sélection et de planification du CRSH aura augmenté de façon significative.
    Information sur les protocoles des communautés (IPC) :
    • L’information produite sera utile aux chercheurs et aux communautés autochtones pour l’élaboration d’ententes efficaces sur la propriété intellectuelle et culturelle, la mobilisation de l’information sur la recherche, etc.
    Réseau sur le Web pour la recherche autochtone :
    • Le réseau proposé aura entraîné la création d’un nombre quantifiable de liens productifs pour la recherche.
    Représentation des peuples autochtones au sein du CRSH :
    • Le Conseil aura adopté un ensemble de mesures de représentation qui, selon lui, permettent de faire participer le plus grand nombre possible de chercheurs et autochtone.
  2. Exigences particulières du programme

    Dans le cadre des programmes RCA, SCA et CRA, il pourrait être nécessaire de fournir un service de traduction simultanée en français, en anglais et dans certaines langues autochtones. Le financement de ce service pourrait provenir du gouvernement fédéral.

    Comme solution de rechange, le temps alloué aux travaux du comité pourrait être prolongé pour permettre aux membres de s’exprimer dans la langue qu’ils maîtrisent le mieux, et  permettre ensuite aux autres membres ou à des assistants connaissant la langue en  question de fournir une interprétation sommaire.

D. Discussions en cours[44]

Le Dialogue sur la recherche et les peuples autochtones confirme sans cesse qu’un changement de paradigme est bel et bien en cours dans la façon dont on conçoit la recherche autochtone. La nature exacte de ce changement demeure cependant toujours matière à discussion entre les participants au Dialogue.