Constatations

Première partie : Caractéristiques de l’échantillon

Données démographiques

La majorité des participantes interrogées ont reçu ou reçoivent un soutien de la part de Voice Found, et deux (2) d’entre elles travaillent en tant que défenseures des intérêts des survivants dans ce secteur. L’ensemble des données démographiques recueillies dans le cadre de cette étude se trouvent à l’annexe C.

Genre, ethnicité et identité raciale

Les participantes ont été invitées à se présenter en utilisant la langue qu’ils préfèrent pour exprimer leur genre et leur identité ethnique et/ou raciale. Voice Found vient en aide à des clients de tous sexes, mais les hommes qui sont victimes de la traite sont moins susceptibles de demander de l’aide. Cette étude comprend vingt-et-une (21) femmes et une (1) femme transgenre. Les trois quarts des participantes se sont identifiées comme blanches et ont inclus les termes suivants : « Française/Croate », « Canadienne française » et « Canadienne ». L’étude a porté sur six (6) personnes racialisées, dont deux (2) se sont identifiées comme « blanches et autochtones », et les quatre (4) autres comme hispaniques, autochtones, marocaines ou mongoles.

Données démographiques spécifiques à la traite de personnes

L’âge des participantes au moment où ils ont été victimes de la traite de personnes était compris entre 13 et 25 ans, et la plupart d’entre eux avaient 17 ou 18 ans la première fois qu’ils en ont été victimes (figure 1).

Figure 1 : L’âge des participantes à l’étude au début de la traite de personnes
Figure 1 : L’âge des participantes à l’étude au début de la traite de personnes
Figure 1 : L’âge des participantes à l’étude au début de la traite de personnes – Version texte

Le graphique à barres verticales comporte 11 catégories dont chacune représente l’âge des participantes à l’étude lors de leur entrée à la traite à des fins sexuelles.

La première barre représente une participante qui avait 13 ans lors de son entrée à la traite de personnes.

La deuxième barre représente deux participantes qui avaient 14 ans lors de leur entrée à la traite de personnes.

La troisième barre représente deux participantes qui avaient 15 ans lors de leur entrée à la traite de personnes.

La quatrième barre représente deux participantes qui avaient 16 ans lors de leur entrée à la traite de personnes.

La cinquième barre représente cinq participantes qui avaient 17 ans lors de leur entrée à la traite de personnes.

La sixième barre représente trois participantes qui avaient 18 ans lors de leur entrée à la traite de personnes.

La septième barre représente une participante qui avait 19 ans lors de son entrée à la traite de personnes.

La huitième barre représente deux participantes qui avaient 20 ans lors de leur entrée à la traite de personnes.

La neuvième barre représente une participante qui avait 21 ans lors de son entrée à la traite de personnes.

La dixième barre représente une participante qui avait 22 ans lors de son entrée à la traite de personnes.

La onzième barre représente deux participantes qui avaient 22 ans lors de leur entrée à la traite de personnes.

Le nombre de trafiquants dont les participantes ont été victimes est compris entre 1 et 12, mais la moyenne est de 4. La durée de la traite de personnes varie de 3 mois à 14 ans, et la plupart des participantes ont été victimes de la traite pendant 1 à 3 ans (figure 2).

Figure 2 : Le nombre d’années que les participantes à l’étude ont été victimes de la traite de personnes
Figure 2 : Le nombre d’années que les participantes à l’étude ont été victimes de la traite de personnes
Figure 2 : Le nombre d’années que les participantes à l’étude ont été victimes de la traite de personnes – Version texte

Le graphique à barres verticales comporte six catégories dont chacune représente la durée que les participantes à l’étude ont été victimes de la traite à des fins sexuelles.

La première barre représente deux participantes qui étaient victimes de la traite de personnes pour moins d’un an.

La deuxième barre représente huit participantes qui étaient victimes de la traite de personnes pour un à trois ans.

La troisième barre représente cinq participantes qui étaient victimes de la traite de personnes pour trois à six ans.

La quatrième barre représente quatre participantes qui étaient victimes de la traite de personnes pour six à neuf ans.

La cinquième barre représente deux participantes qui étaient victimes de la traite de personnes pour plus que neuf ans.

La sixième barre représente une participante qui n’a pas déclaré le nombre d’années qu’elle était victime de la traite de personnes.

Le nombre de fois où les participantes ont été victimes de la traite de personnes se situe entre une à 12 fois et la plupart des participantes ont été victimes de la traite environ 4 fois. Le nombre de fois où les participantes ont tenté de se sortir de la traite de personnes avant d’y parvenir allait de zéro (0) à plus de cent (100+) tentatives. La moitié des participantes ont indiqué avoir fait « plus de cinq tentatives » pour se sortir de la traite de personnes.

Un nombre égal de participantes ont reçu ou non de l’aide pour se sortir de la traite de personnes, dont onze (11) ont indiqué qu’ils avaient reçu de l’aide et onze (11) ont indiqué qu’ils s’en étaient sortis par eux-mêmes. Les participantes ont reçu, ou reçoivent actuellement, une aide pendant un (1) mois à sept (7) ans, soit en moyenne 3,5 ans. Une (1) participante n’a pas donné de réponse. Les participantes peuvent ou non avoir commencé à recevoir un soutien alors qu’ils étaient encore victimes de la traite de personnes.

Principales conclusions

La vulnérabilité de cette population précise est mise en évidence par le fait que la majorité des participantes ont été victimes de la traite à un jeune âge et plus d’une fois. Cela suggère que ces personnes n’ont pas reçu le soutien, le traitement ou les soins nécessaires pour éviter qu’elles ne soient à nouveau exploitées ou pour guérir des traumatismes subis avant et pendant leur exploitation.

Deuxième partie : Début de la traite de personnes

Cette partie donne un aperçu de la vie des survivantes au moment où ils ont commencé à être victimes de la traite de personnes. On a invité les participantes à décrire la nature de leur relation avec leur trafiquant, la manière dont elles se sont retrouvées dans cette situation, ainsi que les influences positives et les défis, les obstacles et les influences négatives dans leur vie au moment où ils ont été victimes de la traite. Il convient de noter que certaines participantes qui ont été victimes de la traite de personnes plus d’une fois ont décrit les différentes relations qu’elles entretenaient avec chaque trafiquant, de sorte que le nombre de réponses est supérieur à vingt-deux (22).

Les participantes ont expliqué le caractère unique de chaque cas de traite de personnes. Il n’y a pas deux histoires identiques. Cependant, elles se ressemblent beaucoup, notamment en ce qui concerne la vulnérabilité de ces femmes lorsqu’elles ont été victimes de la traite de personnes pour la première fois – souvent lorsqu’elles étaient mineures – et la manière dont les trafiquants ont exploité cette vulnérabilité. La tromperie et la coercition sont les tactiques les plus courantes utilisées par les trafiquants pour recruter leurs victimes.

De nombreuses participantes décrivent une panoplie de difficultés, d’obstacles et d’influences négatives pour expliquer ce qui les a menées à être victimisés. Le facteur de risque le plus courant est une vie familiale instable ou négative, suivie par des relations sociales négatives. Toutefois, bon nombre des autres facteurs décrits par les survivantes semblent également découler d’une vie familiale instable ou négative.

Nature de la relation avec le premier trafiquant et entrée à la traite de personnes

Les participantes ont décrit des relations variées avec leurs trafiquants : petit ami, ami, connaissance, trafiquant de drogue ou étranger. Malgré ces différences dans la nature de la relation, la plupart des trafiquants ont utilisé des moyens similaires pour inciter la participante à entrer dans le système de la traite de personnes; la tromperie et la coercition. Ces survivantes ont raconté que leur petit ami, un ami, un trafiquant de drogue, une connaissance ou un étranger leur avait promis une vie meilleure, de l’argent ou un style de vie somptueux, et que ces promesses ne s’étaient pas concrétisées (figure 3). Un quart des participantes ont spécifiquement mentionné que leur trafiquant leur avait fait des promesses de cette nature pour ensuite leur dérober tout leur argent.

Figure 3 : Nature de la relation entre les participantes à l’étude et le premier trafiquant
Figure 3 : Nature de la relation entre les participantes à l’étude et le premier trafiquant
Figure 3 : Nature de la relation entre les participantes à l’étude et le premier trafiquant – Version texte

Le graphique à barres verticales comporte sept catégories dont chacune représente la nature de la relation entre les participantes à l’étude et leur premier trafiquant.

La première barre représente neuf participantes qui sont entrées à la traite de personnes par l’intermédiaire d’un petit ami.

La deuxième barre représente cinq participantes qui sont entrées à la traite de personnes par l’intermédiaire d’un ami.

La troisième barre représente trois participantes qui sont entrées à la traite de personnes par le biais d’un lien avec une connaissance.

La quatrième barre représente trois participantes qui sont entrées à la traite de personnes par le biais d’un lien avec un trafiquant de drogues.

La cinquième barre représente une participante qui est entrée à la traite de personnes par l’intermédiaire d’un collègue de travail et d’un patron.

La sixième barre représente une participante qui est entrée à la traite de personnes par l’intermédiaire d’un professeur.

La septième barre représente cinq participantes qui sont entrées à la traite de personnes par l’intermédiaire d’un étranger.

Le type de relation qui a été relevé le plus souvent avec un trafiquant est celui du « petit ami ». C’est le cas d’un peu moins de la moitié des vingt-deux (22) personnes interrogées. Parmi ces réponses, la tromperie et la coercition ont été les principales méthodes utilisées pour inciter les participantes à se livrer à la traite de personnes. Une (1) participante a déclaré qu’elle avait des difficultés financières et qu’elle subissait des pressions de la part de la société d’aide à l’enfance. Un petit ami, qu’elle décrit également comme son patron, lui a expliqué comment gagner de l’argent en se livrant au travail du sexe, et on lui a montré comment le faire en publiant de fausses annonces de mannequinat. Une autre participante a déclaré qu’un petit ami l’avait forcée à déménager dans une autre ville et à vivre dans un motel pour vendre des services sexuels, et qu’il la faisait chanter en la menaçant de tout raconter à sa mère.

Un quart des participantes ont déclaré être entrés à la traite de personnes par l’intermédiaire d’un « étranger ». Une (1) participante a raconté avoir rencontré son trafiquant par l’intermédiaire d’un contact de son trafiquant de drogue qui, selon elle, était un client. Dans la même veine, une participante travaillait dans un bar de danseuses à l’âge de dix-huit (18) ans et a été embarquée par un inconnu. Un autre participante vivait à l’époque avec des personnes impliquées dans des affaires criminelles et s’est inscrite sur un site Web fétichiste pour tenter de se faire embaucher comme travailleuse du sexe concubine, d’où elle est devenue une victime de la traite de personnes. Une participante qui était sans domicile fixe à l’époque a dit avoir rencontré son trafiquant dans un centre d’hébergement, qui l’a « amadouée pour lui offrir une vie meilleure », et une autre participante a confié qu’elle était sans domicile fixe et qu’un inconnu l’a ramassée dans la rue.

Un autre quart des participantes ont déclaré être entrés à la traite de personnes par l’intermédiaire d’un « ami ». Dans deux (2) de ces cas, les participantes ont indiqué que leur vulnérabilité à la traite de personnes était due en grande partie au fait qu’elles étaient sans abri. Dans les trois (3) autres cas, les trafiquants les ont dupées. Une (1) participante a rencontré un vieil ami qui lui a proposé de l’aider à gagner de l’argent. Une autre participante a mentionné que sa « meilleure amie travaillait et [lui a] montré à quel point la vie pouvait être belle avec tout l’argent qu’elle gagnait ». Une autre participante a décrit avoir rencontré, par le biais d’une application de rencontre, quelqu’un qu’elle considérait comme un « ami », qui lui a proposé de l’aider à gagner de l’argent mais qui ensuite « lui a tout pris ».

Trois (3) participantes ont également déclaré être entrées à la traite de personnes par le biais d’un lien avec une « connaissance ». Une (1) des participantes a raconté avoir été présentée par un ami à un couple, lequel a eu recours à l’intimidation et à la manipulation au travers d’une « dynamique de pouvoir » pour la pousser à se lancer dans le commerce du sexe. Une autre participante a mentionné qu’un ami de son petit ami, qualifié de connaissance, l’avait enfermée dans une relation de servitude par endettement après que son petit ami a été envoyé en prison. Des menaces ont été proférées à son encontre et à celle de sa famille, la contraignant à travailler dans le commerce du sexe. Une dernière participante a raconté avoir été dupée par une connaissance qui, lui demandant si elle voulait gagner de l’argent, l’a poussée à devenir travailleuse du sexe, pour lui voler finalement l’intégralité de l’argent gagné.

Trois (3) participantes ont par ailleurs déclaré être entrées à la traite de personnes par le biais d’une relation avec un « trafiquant de drogue ». Une (1) participante témoigne : « La première fois, c’était mon dealer. Il m’a simplement demandé si je voulais gagner de l’argent et m’a présenté cela comme une chance à saisir; mais il a ensuite pris tout mon argent. » Une autre participante victime de la traite de personnes par un trafiquant de drogue décrit avoir été dans une situation d’itinérance et « consommer beaucoup de drogues à l’époque ». Une dernière participante qualifie son exploiteur de petit ami, à l’origine son fournisseur en drogues (ce cas a été inclus dans cette catégorie et non dans celle du « petit ami » en raison de la nature spécifique de la relation première).

Enfin, une des (1) participantes a déclaré qu’elle avait postulé pour travailler dans un bar en étant mineure, et avoir été victime dans cet établissement d’exploitation par son patron et par son collègue de travail. Selon une deuxième participante, son entrée à la traite de personnes a commencé « avec un professeur qui a commencé à abuser [d’elle] pour son propre plaisir, avant d’abuser [d’elle] avec d’autres ».

Influences positives pendant l’exploitation

Lorsqu’on leur a demandé quelles étaient les influences positives dans leur vie à l’entrée dans l’exploitation, un peu moins de la moitié des vingt-deux (22) participantes ont répondu qu’elles n’en avaient aucune. Une (1) participante seulement a déclaré avoir eu quelques éléments de positivité, et un quart a répondu que la famille avait eu à ce moment une influence positive, dont trois (3) ont mentionné leur mère en particulier. Le sport, l’école, le travail, les amis, les colocataires et les Alcooliques Anonymes ont également été cités comme des influences positives.

Difficultés, obstacles et influences négatives pendant l’exploitation

La figure ci-dessous présente les facteurs ayant eu une influence négative dans la vie des participantes à leur entrée dans l’exploitation. Certaines participantes ont évoqué plusieurs facteurs, et ont donc donné plusieurs réponses. Les données de cette partie et des parties suivantes s’appuient en effet sur le nombre de réponses plutôt que sur le nombre de participantes, car plusieurs réponses pouvaient être données, et ont abouti par conséquent à un nombre de réponses supérieur au nombre total de participants (22).

Figure 4 : Influences négatives dans la vie des participantes à l’étude à leur entrée dans l’exploitation
Figure 4 : Influences négatives dans la vie des participantes à l’étude à leur entrée dans l’exploitation
Figure 4 : Influences négatives dans la vie des participantes à l’étude à leur entrée dans l’exploitation – Version texte

Le graphique à barres horizontales comporte 14 catégories dont chacune représente les différents types d’influences négatives dans la vie des participantes à l’étude lors de leur entrée à la traite de personnes.

La première barre représente 14 participantes qui avaient des relations familiales négatives lors de leur entrée à la traite de personnes.

La deuxième barre représente six participantes qui avaient des relations sociales négatives lors de leur entrée à la traite de personnes.

La troisième barre représente cinq participantes qui avaient des relations malsaines avec des hommes lors de leur entrée à la traite de personnes.

La quatrième barre représente cinq participantes qui consommaient des drogues lors de leur entrée à la traite de personnes.

La cinquième barre représente cinq participantes qui avaient des problèmes personnels de santé mentale lors de leur entrée à la traite de personnes.

La sixième barre représente quatre participantes qui étaient dans une situation d’itinérance lors de leur entrée à la traite de personnes.

La septième barre représente quatre participantes qui avaient quitté le domicile familial ou avaient été mises à la porte très jeune lors de leur entrée à la traite de personnes.

La huitième barre représente trois participantes qui avaient des domiciles familiaux avec la consommation de drogues lors de leur entrée à la traite de personnes.

La neuvième barre représente trois participantes qui avaient des traumatismes lors de leur entrée à la traite de personnes.

La dixième barre représente trois participantes qui avaient du stress financier lors de son entrée à la traite de personnes.

La onzième barre représente deux participantes qui avaient des associations avec des personnes impliquées dans le crime lors de leur entrée à la traite de personnes.

La douzième barre représente deux participantes qui avaient un manque de connaissances de la traite de personnes lors de leur entrée.

La treizième barre représente deux participantes qui avaient des problèmes liées à l’école lors de leur entrée à la traite de personnes.

La quatorizième barre représente quatre participantes qui avaient d’autres influences négatives dans leur vie lors de leur entrée à la traite de personnes.

Parmi les difficultés, les obstacles et les influences négatives à l’entrée dans l’exploitation, plus de la moitié des participantes ont cité des relations familiales négatives (figure 4). Une (1) des participantes a déclaré n’avoir « aucun lieu sécuritaire où vivre » et « manquer d’amour et d’affection ». A aussi été mentionnée une mère ayant quitté le domicile familial ou encore une famille violente. Dans le même ordre d’idée, une participante a déclaré qu’elle « n’avait pas eu de soutien pendant son enfance, qu’elle avait été chassée de chez elle et que sa mère ne la soutenait pas ». Les participantes ont également mentionné un problème avec un parent en particulier, des « relations familiales fragiles », une vie familiale stressante et le refus de vivre en leur compagnie; et, enfin, une mise en faute pour les brimades et les violences subies. Une des (1) participantes témoigne : « Je n’avais pas d’argent, pas de maison et aucune relation avec ma famille ».

Six (6) participantes ont mentionné des relations sociales négativesNote de bas de page 4, et cinq (5) participantes ont toutes évoqué des relations malsaines avec des hommes, des problèmes personnels de santé mentale et une consommation de drogues. Deux (2) des participantes ont indiqué qu’elles faisaient partie d’un gang. Les participantes ont mentionné des activités telles que consommer des drogues, faire la fête et avoir de « mauvaises fréquentations » ou de « mauvais amis ». Une (1) des participantes a déclaré avoir une vie familiale toxique, un appui négatif de la part de ses pairs, et manquer de soutien social et de modèles positifs. Une (1) autre des participantes a répondu ne pas avoir de père à la maison et chercher une figure paternelle, qu’elle pensait avoir trouvée « chez un proxénète ». Une autre participante a déclaré avoir quitté très jeune le domicile familial en raison de règles strictes et rigides à la maison, et a également mentionné qu’elle « sortait avec des garçons de mauvaise réputation ». Une dernière a évoqué « chercher constamment à attirer l’attention des hommes, comme si cela définissait sa valeur ». Enfin, les problèmes personnels de santé mentale mentionnés sont « l’absence de limites saines et de compréhension du bien et du mal », l’automutilation et l’autoculpabilisation.

Quatre (4) des participantes ont indiqué avoir connu l’itinérance (canapé d’hôte compris) et qu’elles avaient quitté le domicile familial ou avaient été mises à la porte très jeune. La consommation de drogues à la maison et le stress financier ont quant à eux été cités trois (3) fois. Trois (3) participantes ont également employé le terme de traumatisme pour décrire un aspect de leur état mental et émotionnel au moment de leur entrée dans l’exploitation. Parmi ces trois personnes, une (1) des participantes a dit avoir subi un traumatisme dans son enfance; une autre a fait état de violences sexuelles subies avant son exploitation; la dernière, enfin, n’a pas donné davantage d’explications. Pour finir, une (1) des participantes a expliqué qu’elle vivait avec un parent souffrant d’un problème de santé mentale, rendant sa vie familiale instable.

Principales conclusions

L’entrelacement de plusieurs facteurs, décrit par nombre des participantes, entre un milieu familial difficile, des relations négatives ou mauvaises avec la famille et le manque de soutien social positif, produit un cocktail nocif d’expériences et de circonstances traumatisantes conduisant à la vulnérabilité et à l’exploitation. Bien que seulement quatorze (14) des participantes aient explicitement cité la vie familiale négative en difficulté, obstacle ou influence négative, d’autres indicateurs comme les relations sociales négatives, l’itinérance, les problèmes personnels de santé mentale, la consommation individuelle de drogues, le fait d’avoir quitté le domicile familial ou d’avoir été mis à la porte très jeune, la consommation de drogues à la maison, les traumatismes et le stress financier, semblent également se rattacher à ce facteur précis.

La qualité de vie, la santé mentale et le bien-être avant l’entrée dans l’exploitation sont exprimés par les participantes en termes de désespoir, d’isolement et de peur. Les trafiquants – qu’ils se fassent passer pour des petits amis, des amis, des trafiquants de drogue, des connaissances ou des étrangers– exploitent ces vulnérabilités en promettant une vie meilleure, de l’argent facilement gagné ou encore une vie de luxe pour en réalité s’emparer des moyens de subsistance de ces survivantes.

Troisième partie : Pendant la traite et sortie de la traite de personnes

Cette partie nous renseigne sur la situation des survivantes pendant la période de l’exploitation jusqu’à leur affranchissement. Les participantes nous donnent des informations sur les auteurs des violences, si elles ont travaillé avec d’autres pour fournir des services sexuels et si c’était un choix, si s’affranchir de l’exploitation était un choix, quelles aides leur étaient connues avant de s’en sortir, à quel moment ont-elles accédé ou essayé d’accéder à de l’aide (avant, au moment de la sortie ou après la sortie de l’exploitation), les appuis qui leur ont été utiles et ceux qui ne l’ont pas été, et enfin les appuis non disponibles qui auraient pu leur être utiles.

Les descriptions faites par les survivantes de leur vie pendant l’exploitation dépeignent pour ces femmes un univers très sombre, effrayant et vecteur d’isolation. La violence qu’elles ont subie des trafiquants et de leurs clients dénote une vie marquée par des traumatismes réguliers, voire quotidiens. Plusieurs participantes ont indiqué travailler intentionnellement avec d’autres personnes pour fournir des services sexuels, tandis que d’autres ont confié avoir été forcées à le faire. Si certaines de ces survivantes ont pu bénéficier d’un appui pendant leur exploitation, nombre des participantes (10) ont indiqué qu’elles n’avaient pu en bénéficier qu’après leur affranchissement.

La majorité des participantes ont nommé les programmes et services spécialisés de lutte contre la traite de personnes et ceux tenant compte des traumatismes comme les dispositifs les plus utiles pour accéder à de l’aide, des dispositifs dont nombre d’entre elles n’ont pas eu connaissance lors de leur exploitation. Les participantes ont également déploré la carence en logements sûrs et sécurisés qui ne soient pas des maisons d’hébergement, et leur difficulté d’accès, alors même qu’ils constituent un appui essentiel.

Les auteurs de violences

Interrogées sur les formes et les auteurs de la violence, sept (7) participantes ont d’abord cité les trafiquants, cinq (5) ont plutôt cité les clients, neuf (9) ont répondu que les deux étaient violents, et une (1) personne ne savait pas. Les participantes ayant cité les deux types d’auteurs de violence décrivent une multiplicité de formes de violence, l’une (1) des participantes attribuant notamment la violence physique aux clients et la violence mentale aux trafiquants. Une autre participante a mentionné que les trafiquants étaient effectivement violents mais prévisibles et proches, tandis que les clients provoquaient davantage de peur en raison de leur caractère imprévisible. Une participante se dit « chanceuse avec les clients » en ce qui concerne la violence, car ce sont surtout les trafiquants qui ont commis des actes de violence à son encontre. Les participantes n’ont pas parlé de blessures qu’elles auraient pu subir lors de l’exploitation ni des soins médicaux qu’elles auraient pu demander à la suite de ces blessures.

Travailler avec d’autres personnes pour fournir des services sexuels

La majorité des participantes ont répondu qu’elles avaient travaillé avec d’autres personnes pour fournir des services sexuels. La moitié des participantes ont déclaré avoir été contraintes de travailler avec quelqu’un d’autre; et trois (3) des participantes ont également confirmé avoir travaillé avec quelqu’un d’autre sans fournir davantage d’explications. Deux (2) des participantes seulement ont répondu ne pas avoir travaillé avec une autre personne, et trois (3) participantes ont indiqué qu’il s’agissait d’un choix. Ainsi l’explique une des participantes : « C’était plus amusant et plus sûr [de faire ça] avec des amis ». Une autre participante a indiqué avoir fait ce choix « pour, la plupart du temps, gagner plus d’argent ou pour impressionner [son] trafiquant ». Une (1) des participantes a enfin déclaré qu’elle avait à la fois agi sous la contrainte et sous son propre choix. Elle a précisé dans le deuxième cas qu’elle avait généralement agi ainsi pour des raisons de sécurité. Les participantes n’ont pas fourni d’autres données démographiques sur les personnes avec lesquelles elles ont travaillé et n’ont pas précisé s’il s’agissait également de victimes de la traite de personnes.

L’aide à la sortie et la sortie de l’exploitation comme choix

La question de l’aide à la sortie de l’exploitation a reçu une réponse partagée : la moitié des participantes en ont bénéficié quand l’autre moitié n’a reçu aucune aide. Une des (1) participantes qui a subi par deux fois ce phénomène a mentionné l’absence d’aide pour la première fois et la présence d’une aide la seconde fois. Deux (2) participantes ont indiqué que le principal appui à la sortie avait été un membre de la famille ou un proche, cinq (5) ont indiqué avoir été aidées par une ou plusieurs structures d’aide, et quatre (4) ont évoqué avoir été aidées par une structure d’aide et une unité de police de lutte contre la traite de personnes. Une (1) des participantes fait état de l’intervention pendant son exploitation d’une unité de police de la lutte contre la traite de personnes par le rayonnement proactive de la police tout en précisant que c’est l’arrestation de son trafiquant qui a véritablement permis son affranchissement.

Parmi les participantes qui ont déclaré n’avoir reçu aucun appui pour s’en sortir, deux (2) ont mentionné s’être enfuies. Pour reprendre les termes d’une (1) des participantes, « [elle] l’[a] fait toute seule et [a] simplement couru aussi longtemps qu’elle pouvait ». Une autre participante a mentionné l’appui d’une travailleuse sociale d’un hôpital qui lui a permis de comprendre la situation dans laquelle elle se trouvait et l’a mise en relation avec un organisme d’aide aux victimes de la traite de personnes. Enfin, une (1) des participantes qui s’en est sortie il y a plus de 20 ans a évoqué l’absence à l’époque de structures et dispositifs spécialisés dans la lutte contre la traite de personnes. Elle avait pu toutefois contacter les services de la ville et bénéficier d’un logement d’urgence.

La grande majorité des participantes ont répondu qu’elles avaient elles-mêmes formulé le choix de s’affranchir de l’exploitation. Parmi celles-ci, trois (3) des répondantes ont déclaré qu’elles n’avaient pas eu à l’époque l’impression de faire un choix. Une (1) des participantes témoigne : « j’ai eu eu l’impression au début qu’on me l’imposait, mais je me suis rendu compte plus tard qu’il s’agissait bien d’un choix ». Deux (2) participantes ont déclaré qu’elles ignoraient si elles avaient choisi de changer de voie, et une (1) participante a souligné qu’elle n’avait pas l’impression d’avoir fait un tel choix, car elle n’avait nulle part où aller.

L’accès au soutien

Quand les services ont-ils été utilisés?

Un peu moins de la moitié des participantes ont eu recours à de l’aide après s’être affranchies de la traite de personnes, soit de quelques jours à vingt (20) ans après leur départ. Sept (7) participantes ont bénéficié d’un soutien pendant qu’elles étaient exploitées, et quatre (4) participantes ont bénéficié d’un soutien au moment de leur affranchissement.

Figure 5 : Quand les participantes à l’étude ont accédé aux services (pendant l’exploitation et après leur affranchissement)
Figure 5 : Quand les participantes à l’étude ont accédé aux services (pendant l’exploitation et après leur affranchissement)
Figure 5 : Quand les participantes à l’étude ont accédé aux services (pendant l’exploitation et après leur affranchissement) – Version texte

Le graphique à barres horizontales comporte neuf catégories dont chacune représente quand les participantes à l’étude ont accédé aux services, pendant l’exploitation et après leur affranchissement.

La première barre représente sept participantes qui ont accédé aux services pendant l’exploitation.

La deuxième barre représente quatre participantes qui ont accédé aux services au moment de leur affranchissement.

La troisième barre représente cinq participantes qui ont accédé aux services mois d’un an après leur affranchissement.

La quatrième barre représente une participante qui a accédé aux services deux ans après son affranchissement.

La cinquième barre représente une participante qui a accédé aux services sept ans après son affranchissement.

La sixième barre représente une participante qui a accédé aux services 10 ans après son affranchissement.

La septième barre représente une participante qui a accédé aux services 11 ans après son affranchissement.

La huitième barre représente une participante qui a accédé aux services 20 ans après son affranchissement.

La neuvième barre représente une participante qui n’a pas accédé aux services.

Les services les plus utiles

Quant au soutien reçu, les participantes ont indiqué que ce sont les fournisseurs de services d’aide aux victimes de traite de personnes et les services mêmes qui se sont révélés les plus utiles. Quatre (4) participantes ont mentionné notamment la gestion des cas liés à l’expérience vécue et le soutien reçu par des pairs. La thérapie figure quant à elle dans quatre (4) réponses, suivie des soins médicaux tenant compte des traumatismes, dans trois (3) réponses. Ajoutons que la moitié des participantes ont indiqué que des services avaient été utiles, sans toutefois préciser lesquels et sans expliquer leur réponse.

Pour une (1) des participantes, le meilleur aspect des services reçus était l’approche sans jugement. Deux (2) participantes ont déclaré que l’élément le plus important était le soutien continu, sans égard au temps écoulé depuis qu’elles ont quitté le milieu. Une (1) de ces participantes a ajouté que, sans le soutien, elle serait maintenant toxicomane ou morte. Les participantes ont également décrit diverses aides financières ou occasions qui leur ont été utiles. Citons notamment l’aide financière pour la thérapie et le détatouage. D’autres ont mentionné comme principaux soutiens reçus : un logement sécuritaire, l’accès au soutien ou à un traitement pour aborder la toxicomanie, et un plan de sécurité.

Les services les moins utiles

Un quart des participantes ont affirmé que le soutien reçu leur a été utile. D’autres ont décrit divers soutiens moins utiles, principalement en raison du manque de personnel ayant vécu une expérience de la traite de personnes ou ayant une faible connaissance du sujet. Une (1) participante a expliqué qu’elle a fréquenté un centre de traitement de la toxicomanie où se trouvaient également des hommes. Le centre offrait une trop grande liberté et les clients avaient tendance à rechuter, ce qui a créé un environnement peu sécuritaire, provoquant la rechute de la participante. Une autre participante a parlé d’un centre de traitement qui utilisait la thérapie d’exposition, lui posait des questions inappropriées et lui « imposait la religion ». Deux (2) participantes ont souligné qu’elles ont bénéficié de programmes destinés aux victimes de violence conjugale et d’agression sexuelle, mais que ces programmes et groupes de soutien ne répondaient pas à leurs besoins. Une (1) participante a avoué avoir consulté un médecin, mais ce dernier n’a pas tenu compte des traumatismes vécus et lui a retiré son permis de conduire.

Connaissance des services offerts avant leur affranchissement

La majorité des participantes ont déclaré qu’elles n’étaient pas au courant, avant leur affranchissement, de l’aide offerte, à l’exception des services courants comme les refuges, les hôpitaux, les cliniques de santé sexuelle et la police. Une (1) participante a précisé qu’aucun service lié à la traite de personnes n’était disponible à l’époque où elle était une victime de la traite, et une autre a expliqué qu’un des obstacles à sa recherche de services était que les fournisseurs de services ne comprenaient pas totalement ce qu’elle avait vécu. Deux (2) participantes ont admis connaître les services de lutte contre la traite de personnes avant leur affranchissement, mais n’ont pas précisé comment elles avaient appris l’existence de tels services. Deux (2) participantes savaient que la police était à leur disposition, mais ont affirmé avoir trop peur de la contacter. Une (1) de ces participantes a déclaré que les trafiquants lavent le cerveau de leurs victimes, leur faisant croire que la police est méchante et qu’elle ne les aidera pas. Deux (2) participantes ont déclaré que c’était leur mère qui leur avait appris l’existence des services offerts après avoir cherché des ressources en leur nom. D’autres ont indiqué avoir été informées des ressources à leur disposition par la police responsable de la lutte contre la traite de personnes ou par le personnel hospitalier.

Il faut également noter que deux (2) participantes ont précisé ne pas comprendre à l’époque ce qui leur arrivait. Ne sachant pas qu’elles étaient victimes de la traite de personnes, elles ignoraient quels soutiens auraient pu leur être offerts.

Services qui auraient été utiles, mais qui n’étaient pas offerts

Lorsque les participantes ont été interrogées sur les services qui leur auraient été utiles, mais qui n’étaient pas offerts, la réponse la plus fréquente (un quart des participants) concernait un plus grand nombre de logements sûrs et un meilleur accès à de tels logements. Parmi ces participantes, la moitié (3) ont souligné que les refuges ne suffisaient pas. Une (1) d’elles a déclaré qu’il était vraiment difficile de passer d’un hôtel de luxe à un centre d’hébergement avec des toxicomanes. Une autre participante a suggéré qu’un logement sûr offrant un équilibre entre liberté et soutien aurait été utile. Une participante a d’ailleurs dit : « Nous avons besoin d’un plus grand nombre de logements pour les victimes de la traite de personnes et il faudrait les obtenir rapidement pour des raisons de sécurité. Il n’y a tout simplement pas assez de logements sûrs de qualité pour les gens qui quittent le milieu. »

L’accès à la thérapie est également un soutien clé dont auraient voulu bénéficier quatre (4) des participantes. Trois (3) participantes ont mentionné qu’il était nécessaire d’avoir plus de personnel ayant vécu l’expérience de la traite de personnes, d’avoir plus de programmes (comme le développement des compétences de deuxième niveau, le renforcement de l’estime de soi et de la confiance en soi, les groupes de discussion, le yoga et la méditation) et d’avoir accès à des avantages (par exemple, un abonnement à une salle de sport ou l’accès à un lieu d’apprentissage ou de loisirs). D’autres aspects importants du soutien qui a manqué à l’époque à plusieurs participantes concernent le financement de l’enseignement postsecondaire et l’absence d’une date de fin ou d’un échéancier pour le financement gouvernemental. D’autres ont mentionné un revenu de base universel, le détatouage, les soins de santé tenant compte des traumatismes et l’aide financière pour régler les dettes contractées lors de la traite de personnes. Deux (2) participantes ont mentionné les affaires juridiques, souhaitant éviter une procédure judiciaire qui impliquerait une rencontre avec leur trafiquant. Elles cherchaient à obtenir une protection totale contre les trafiquants même après le procès.

Principales conclusions

Les participantes ont insisté sur le manque de sécurité et d’autonomie qui existe dans le monde de la traite de personnes. Des recherches sont actuellement financées, mais à un rythme lent, pour étudier le cerveau des femmes qui ont été victimes de violence conjugale. Les chercheurs estiment qu’environ une Canadienne sur huit souffre probablement d’une lésion cérébrale non reconnue liée à la violence conjugale (Hayes, 2022). Bien que la traite de personnes soit très différente de la violence conjugale et que les chiffres n’incluent pas la violence perpétrée par les trafiquants, cette recherche souligne le manque d’information dont nous disposons actuellement sur les effets à court et à long terme que la violence peut avoir sur les victimes de la traite et les survivantes.

La recherche d’aide auprès de la police, hormis les unités responsables de la lutte contre la traite de personnes, ne semble pas être une option pour bon nombre des participantes, qui craignent les conséquences négatives pouvant découler d’une demande d’aide, tant de la part de leur trafiquant que des forces de l’ordre.

Quatrième partie : Après s’être affranchies de la traite de personnes

Dans la présente section, les participantes décrivent leur vie après s’être affranchies de la traite. Elles ont présenté des influences positives, des défis, des obstacles et des influences négatives qu’elles rencontrent actuellement dans leur vie; le soutien ou les ressources les plus utiles depuis leur affranchissement de la traite de personnes; l’indication à savoir si elles ont fourni des services sexuels consensuels après leur sortie et si elles participent toujours au travail du sexe, mais consensuel, et si c’est ce qu’elles souhaitent ou si la situation est circonstancielle.

Les participantes ont parlé en détail de leur vie depuis qu’elles se sont affranchies de la traite de personnes et ont décrit un ensemble de défis, d’obstacles et d’influences négatives qui ont toujours une incidence considérable sur leur quotidien. La lutte qui est au cœur de la vie de nombreuses survivantes, c’est leur capacité à joindre les deux bouts financièrement. Bon nombre d’entre elles bénéficient d’une aide gouvernementale, mais expliquent que ce revenu ne suffit pas, tout en décrivant les difficultés qu’elles rencontrent lorsqu’elles tentent de subvenir à leurs besoins en optant pour un travail en dehors des services sexuels.

Influences positives actuelles

La majorité des participantes ont déclaré que la famille exerçait actuellement une influence positive sur leur vie, la moitié d’entre elles mentionnant particulièrement leur mère. Les amis, les relations sociales saines et l’aide spécialisée en traite de personnes ont été nommés par un peu moins de la moitié des participantes. Les enfants ont été mentionnés par plus d’un quart des participantes, de même que les animaux de compagnie, la thérapie et le soutien axé sur l’expérience vécue de traite de personnes. L’école ou les études postsecondaires, un logement stable ainsi que le soutien et le traitement axés sur la toxicomanie ont tous été mentionnés à trois (3) reprises, et quatre (4) participantes ont indiqué que l’emploi était une influence positive actuelle. Deux (2) participantes ont décrit leur propre personne comme une influence positive, et une (1) participante a mentionné un programme de recouvrement de dettes comme une influence positive essentielle.

Difficultés, obstacles et influences négatives actuels et les plus importants

Les problèmes de santé mentale constituent la difficulté la plus courante et la plus importante qu’ont nommée les participantes. Les participantes ont déclaré avoir peur d’être seules, manquer d’estime de soi et de confiance en soi, être constamment anxieuses, vivre dans la honte et la paranoïa, éprouver des problèmes de confiance envers les autres, souffrir du syndrome de l’imposteurNote de bas de page 5, se sentir comme un paria, et avoir du mal à fixer ses limites. Les liens d’amitié, les relations saines et les finances sont également des difficultés courantes, qui reviennent fréquemment dans les descriptions données par les participantes des difficultés les plus importantes auxquelles elles se sont heurtées depuis leur affranchissement. Le traumatisme est une difficulté actuelle, mentionnée par un peu moins de la moitié des participantes, qui ont déclaré souffrir de « flash-back », de cauchemars, d’anxiété et de troubles du sommeil. Quatre (4) participantes ont d’ailleurs admis vivre avec un trouble de stress post-traumatique (TSPT)Note de bas de page 6. La participante qui s’identifie comme transgenre a indiqué que le fait d’être transgenre est un énorme obstacle, car elle est souvent méprisée pour cette raison. L’isolement a été mentionné par trois (3) participantes, et deux (2) autres ont précisé qu’une vie sur le droit chemin représentait actuellement un défi.

Parmi les autres difficultés, obstacles et influences négatives rencontrés par les participantes, citons le sevrage des drogues, l’ennui, l’absence d’un logement sûr et le manque d’accès à l’éducation. Soulignons que quatre (4) participantes ont mentionné diverses difficultés liées à l’adaptation à la vie « normale ». Une (1) participante a déclaré qu’il a même été difficile de parler à des personnes « normales ».

Plus d’un quart des participantes ont avoué avoir pensé à reprendre le travail du sexe, ou l’avoir envisagé, en raison des revenus potentiels. Une participante a dit :

Il est difficile de vivre avec l’aide gouvernementale provenant du Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées et du programme l’Ontario au travail comparativement aux revenus issus du travail du sexe, car la différence est énorme. Si vous vous livrez à la prostitution de manière indépendante, vous gagnerez beaucoup plus d’argent.

Une autre participante a souligné qu’il était difficile de trouver des emplois mieux rémunérés que de fournir des services sexuels. Elle a dit qu’elle essayait de gagner de l’argent, mais que le montant ne suffisait pas : « La tentation de gagner beaucoup d’argent par le sexe, même si vous ne pouvez pas le garder, vous avez vu combien d’argent il était possible de gagner. »

Une troisième participante a indiqué qu’à ce stade, on a l’impression qu’il n’existe pas d’autre option que de retourner dans le commerce du sexe, de manière indépendante. D’autres participantes ont affirmé qu’il était difficile de passer de la danse ou de l’effeuillage à un travail standard.

Les soutiens les plus utiles depuis l’affranchissement

Le soutien le plus utile selon les participantes depuis qu’elles se sont affranchies de la traite de personnes est le soutien reçu d’une personne ayant une expérience vécue semblable à la leur. Suivent les services et les programmes axés sur la thérapie et la traite de personnes, chacun ayant reçu cinq (5) mentions. De plus, trois (3) participantes ont mentionné des refuges ou des programmes de traitement destinés aux survivantes de la traite de personnes, ainsi que l’accès à un financement pour la thérapie. Deux (2) participantes ont aussi exprimé l’importance d’un soutien en santé mentale et en soins médicaux tenant compte des traumatismes. D’autres participantes ont quant à elles mentionné le logement supervisé, l’accès à un traitement privé de la toxicomanie ou au traitement de la toxicomanie même, le recouvrement des dettes pour les survivantes de la traite de personnes, l’orientation en matière d’éducation, les programmes de deuxième niveau et l’accès continu et illimité à de l’aide.

Travail du sexe consensuel et circonstanciel après l’affranchissement

La majorité des participantes ont indiqué qu’elles avaient fourni des services sexuels consensuels après avoir quitté la traite de personnes (figure 6). Celles qui ont précisé leurs dires ont indiqué qu’elles l’avaient fait « quelques fois », « une fois », « de quatre à cinq mois après leur affranchissement », « une ou deux fois », « de temps en temps », et « pour survivre de manière sporadique ». Plus d’un quart des participantes ont déclaré qu’elles n’avaient pas fourni de services sexuels consensuels après avoir quitté la traite de personnes. Deux (2) participantes ont déclaré avoir eu ou avoir actuellement un « bienfaiteur », ce qui peut être considéré comme faisant partiellement partie du travail du sexe, car la nature de cette relation diffère de la prestation directe de services sexuels à un client.

Figure 6 : Pourcentage de participantes à l’étude qui ont fourni des services sexuels consensuels après leur affranchissement
Figure 6 : Pourcentage de participantes à l’étude qui ont fourni des services sexuels consensuels après leur affranchissement
Figure 6 : Pourcentage de participantes à l’étude qui ont fourni des services sexuels consensuels après leur affranchissement – Version texte

Le diagramme circulaire comporte trois catégories dont chacune représente le pourcentage de participantes à l’étude qui ont fourni des services sexuels consensuels après leur affranchissement.

La première catégorie représente 64 pour cent des participantes qui ont fourni des services sexuels consensuels après leur affranchissement.

La deuxième catégorie représente 27 pour cent des participantes qui n’ont pas fourni des services sexuels consensuels après leur affranchissement.

La troisième catégorie représente neuf pour cent des participantes qui ont un « bienfaiteur ».

Lorsqu’on a demandé aux participantes si elles participaient toujours au commerce du sexe et si elles souhaitaient poursuivre dans ce milieu, que ce soit pour arrondir leur fin de mois ou comme profession, la majorité a répondu « non ». L’une (1) d’elles a d’ailleurs répondu que le travail du sexe demeure toujours une option dans un coin de son esprit. Une (1) des participantes qui n’a pas répondu « non » a précisé qu’elle envisageait de recommencer, et une (1) autre a déclaré qu’elle fournissait encore parfois des services sexuels consensuels. Une (1) participante a affirmé qu’elle avait actuellement un « bienfaiteur ».

Principales conclusions

L’approche non moralisatrice tenant compte des traumatismes et profondément empathique qu’adoptent les personnes ayant une expérience personnelle de la traite de personnes lorsqu’elles soutiennent des personnes comme elles a été réputé un élément essentiel du processus de guérison des participantes. La possibilité qu’offre cette sécurité a le pouvoir d’aider les victimes à passer au statut de survivantes. Toutefois, il s’agit pour elles d’un processus de guérison long et sinueux.

Il peut être difficile de comprendre pourquoi les survivantes souhaitent s’adonner de nouveau au commerce du sexe en dépit de leurs antécédents. Or, un tel comportement est caractéristique de cette population vu le traumatisme causé par leur expérience. La familiarité du travail, même s’il est difficile, le manque de stabilité les empêchant de s’adonner à des activités plus saines et le désir de combler ses besoins financiers immédiats sont autant de facteurs qui motivent un retour au travail du sexe.

Cinquième partie : Les mots des survivantes

On a demandé aux participantes si elles souhaitaient communiquer autre chose et si elles aimeraient lancer un message aux politiciens et aux bureaucrates à propos de leur expérience. Cette section examine les principaux points à retenir de ces questions ouvertes, en plus de présenter les réponses les plus courantes et les plus pertinentes qu’ont exprimées les survivantes (consultez l’annexe B pour voir les réponses complètes).

Bien des participantes ont admis ne pas en savoir suffisamment, en particulier les jeunes et principalement les jeunes à risque, au sujet de la traite de personnes. La prévention de la traite de personnes a également été mentionnée lors de la discussion sur le soutien offert aux jeunes, et une participante a déclaré ce qui suit :

Nous devons prévenir la traite de personnes en éduquant les enfants et les jeunes, surtout les enfants et les jeunes à risque. Les travailleurs du sexe, les victimes de la traite et les survivants ont beaucoup à donner en retour, nous valons beaucoup plus que ce qui nous est arrivé. J’étais une droguée, je vivais dans la rue, et regardez qui je suis devenue maintenant. Je me suis sentie ignorée, oubliée et inférieure. Je suis devenue sobre, j’ai reçu l’aide et le soutien dont j’avais besoin, et j’ai tellement à offrir à la société.

Plusieurs participantes ont aussi noté que la traite de personnes est plus répandue que nous pouvons le penser et qu’elle concerne des personnes de nationalités, religions, cultures et statuts différents, qu’il s’agisse des victimes, des trafiquants ou des clients. Cette prévalence fait de la prévention un aspect essentiel de la sécurité publique. À ce propos, une (1) participante a déclaré ce qui suit :

Il pourrait s’agir de votre enfant. On n’en parle pas assez. Les femmes ont peur. Il pourrait s’agir de votre tante ou d’une personne âgée d’aussi peu que 12 ans. Nous avons besoin de plus de ressources pour aider ces filles.

Une autre participante a déclaré ce qui suit :

On devrait faire plus d’éducation sur la traite de personnes, car l’enjeu est souvent glorifié, et les gens doivent savoir ce qui se passe réellement.

Une troisième participante a déclaré ce qui suit :

J’aimerais qu’ils sachent ce qu’il en est réellement. La traite de personnes n’est pas comme dans les films. Il faut mieux comprendre les traumatismes à long terme qui en découlent.

Bien des participantes ont exprimé la nécessité d’offrir un plus grand soutien aux victimes et aux survivantes et d’accroître la sensibilisation à un tel soutien afin de répondre à des besoins tels qu’un logement sûr, l’accès à du mobilier et à des produits de première nécessité, la sécurité des victimes et la promotion du bien-être. À ce propos, une (1) participante a déclaré ce qui suit :

Il faut davantage d’aide financière pour les victimes de la traite de personnes. Nous avons gagné beaucoup d’argent, puis on nous l’a enlevé [enlevé par les trafiquants]. C’est comme si nous avions travaillé pour rien. On m’a même volé ma Prestation canadienne d’urgence. Nous devrions pouvoir le prouver devant un tribunal et récupérer notre argent.

Une autre participante a déclaré ce qui suit :

Si nous [victimes et survivantes de la traite] avions des ressources, il serait plus facile de créer notre propre entreprise. Je m’en sortirais mieux. J’aurais pu utiliser les compétences transférables issues de mon traumatisme pour gagner de l’argent légalement. Il m’a fallu toucher le fond pour aimer la vie. Il pourrait toujours y avoir quelque chose de pire. Je n’ai pas peur de lutter, je sais qu’il y a toujours un moyen de s’en sortir.

L’aide financière du gouvernement, en particulier les programmes provinciaux, ne permet pas d’offrir un revenu décent et elle est trop difficile à obtenir. Cette situation constitue donc un obstacle supplémentaire pour les survivantes, qui ne parviennent même pas à satisfaire leurs besoins de base. Le manque de sécurité et l’instabilité qui découlent de cette précarité ne font qu’aggraver les difficultés auxquelles se heurtent les survivantes lorsqu’elles tentent de reprendre le contrôle de leur vie. À ce propos, une (1) participante a déclaré ce qui suit :

On a l’impression que le gouvernement attend que les gens meurent pour leur verser moins d’argent. On ne devrait pas avoir à remplir des conditions pour obtenir de l’aide.

Une autre participante a déclaré ce qui suit :

J’aimerais qu’ils comprennent que ce n’est pas toujours de notre faute. La situation nous est imposée. La plupart du temps, nous en arrivons là lorsque nous n’avons nulle part où aller et que nous ne pouvons pas nous loger.

Une autre participante a mentionné que les victimes de la traite ont besoin d’un soutien rapide, surtout en ce qui concerne les finances. Le programme l’Ontario au travail (OT) et le Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées (POSPH) n’offrent pas un salaire décent. Une troisième participante s’est exprimée à ce sujet :

J’aimerais qu’ils [les politiciens et les bureaucrates] essaient de vivre de l’aide sociale pendant un certain temps pour savoir ce que c’est. Ils nous laissent pratiquement mourir. Ils essaient de faire en sorte que nous acceptions un petit chèque qui ne nous permet même pas de vivre convenablement. Ils nous obligent constamment à faire des choses pour obtenir du soutien. C’est impossible. Les politiciens n’ont pas tout perdu comme nous. En fait, ils nous ressemblent plus qu’ils ne le croient.

Les survivantes se retrouvent souvent dans une situation difficile, soit celle de devoir subvenir à leurs besoins financiers à l’aide des programmes gouvernementaux, qui d’ailleurs ne fournissent pas un montant adéquat, sont souvent longs à obtenir et imposent des contraintes qui ne tiennent pas compte des besoins propres de cette population. Cette situation ne fait qu’augmenter la probabilité que les survivantes retournent dans le commerce du sexe et se fassent de nouveau exploiter. Comme l’a précisé une participante qui :

Bien que j’aie eu beaucoup de chance d’y avoir accès, je ne savais même pas qu’il existait une aide autre que celle de la police. […] Plus une personne sortant de la traite se sent en sécurité, moins elle risque de retomber entre les mains d’un proxénète qui lui fournira des vêtements et des repas. On ne parle pas assez de la façon dont les personnes survivantes choisissent de survivre, que ce soit en tombant ou en retombant dans la toxicomanie, les problèmes de santé mentale extrêmes, les troubles de l’alimentation ou le fait de commettre des délits pour survivre (par exemple, le vol). Les survivantes ressentent le besoin de reprendre le contrôle par des moyens non progressifs et finissent par ne pas pouvoir obtenir cette aide par manque de moyens financiers ou par obligation d’obtenir des soins de base dans un établissement de santé mentale, où elles sont placées sur une liste d’attente de plusieurs mois et où l’aide ne tient pas compte des traumatismes.

Suite à cela, la participante a ajouté ce qui suit :

L’an dernier, j’ai vu une amie faire une surdose. En fait, nous avons été secourues le même jour dans des villes différentes. Elle avait essayé de recevoir de l’aide pour des problèmes de santé mentale qui l’avaient conduite à la toxicomanie, mais elle avait été placée sur une liste d’attente qui l’aura, ultimement, tuée. Elle n’est pas du tout la seule survivante qui finit par mourir en essayant d’apprendre à vivre après avoir été victime de la traite. Elle n’avait pas les moyens d’aller dans un établissement de santé privé et toutes ses tentatives pour obtenir des soins payés par le POSPH ont échoué. […] Comment se fait-il qu’une personne puisse survivre à un traumatisme horrible, mais qu’elle meure ensuite parce qu’elle ne peut pas recevoir de l’aide?

Le fait que les trafiquants ne soient pas punis à juste titre pour leurs crimes ajoute au manque de sécurité et à l’instabilité des survivantes, comme elles l’ont décrit. Par ailleurs, l’une (1) d’elles a souligné les répercussions que cette situation peut avoir sur les survivantes :

J’ai pu constater, par ma propre expérience et celle d’autres personnes, que nos trafiquants ne purgent que de courtes peines, et ce dans les cas où ils purgent des peines. Quelle que soit la raison de leur libération anticipée, l’effet qu’elle a sur leurs victimes est inimaginable. Le fait de savoir que la personne ayant accordé une remise en liberté anticipée n’a pas tenu compte de la sécurité et du bien-être de la survivante, ni de ceux du grand public.

Les travailleurs de première ligne, comme la police, les travailleurs de la santé et les personnes de l’organisation judiciaire – des juges aux agents de libération conditionnelle –, doivent être correctement formés pour comprendre ce qu’est la traite de personnes et ses séquelles sur les victimes. Une (1) participante a déclaré ceci :

La police et les professionnels de la santé ont besoin de plus d’éducation et d’une meilleure formation à la sensibilité au sujet de la traite de personnes. La police m’a souvent vu avec des bleus après avoir été battue, et personne ne m’a aidée.

Une autre participante a déclaré ce qui suit :

On ne peut pas vraiment comprendre toute l’ampleur de la traite de personnes si on ne l’a pas vécue. Elle est omniprésente. Nous vivons avec tellement de honte et de culpabilité, et la plupart du temps, la société amplifie cette honte. C’est une bonne chose que vous commenciez à reconnaître l’incidence de la traite de personnes, mais vous devez continuer à soutenir les victimes et aussi les jeunes qui deviennent des trafiquants.

Les participantes ont souligné l’influence positive importante qu’ont eu sur leur vie les soins tenant compte des traumatismes et le soutien d’une personne ayant vécu une expérience similaire à la leur. Elles souhaitent voir le même degré d’empathie et de préoccupation dans leurs relations avec les forces de l’ordre, l’organisation judiciaire et les fournisseurs de services. À ce propos, une (1) participante a déclaré ce qui suit :

J’aimerais qu’ils sachent que nous avons besoin d’une aide appropriée pour nous rétablir complètement. Aider les gens, c’est bien, mais il faut aussi faire de la prévention dans la société. Il faut aider les gens à s’intégrer dans la société. Les victimes de la traite de personnes ont généralement une histoire à raconter et nous devons nous attaquer aux causes profondes.

En ce qui concerne cette question ouverte, les participantes ont abordé un large éventail de sujets, mais ont surtout parlé de l’importance de la sensibilisation du public et de la prévention de la traite de personnes. Les participantes ont également évoqué le besoin de renforcer le soutien aux survivantes, en particulier sur le plan financier, et la nécessité de protéger et de soutenir les travailleurs du sexe.