Perceptions du public en ce qui concerne la criminalité et la justice au Canada : Examen des sondages d'opinion

5. Sensibilisation de la population et opinions sur les initiatives en matière de réforme législative

5. Sensibilisation de la population et opinions sur les initiatives en matière de réforme législative

5.1 Contrôle des armes à feu

En 1994, avant l'adoption de la loi exigeant l'enregistrement de toutes les armes à feu au Canada auprès du gouvernement fédéral, Gallup a sondé l'opinion des Canadiens sur ce sujet. Le sondage a été répété en 1995 et en 1998. Les résultats montrent une fluctuation de l'appui à un tel registre (tableau 17). En 1994, 83 % des Canadiens étaient en faveur de ce registre. Cette proportion a chuté à 64 % en 1995, pour ensuite remonter à 72 % en 1998. L'opposition à la loi a fluctué parallèlement; 14 % en 1994, 31 % en 1995 et 23 % en 1998. La proportion de répondants n'ayant pas d'opinion a progressé avec le temps, indépendamment du nombre de personnes en faveur ou non. Le pourcentage de Canadiens n'ayant pas d'opinion à ce sujet est passé de 2 % en 1994 à 5 % en 1995, puis à 6 % en 1998.

Question :

Seriez-vous favorable ou défavorable à une loi qui exigerait l'enregistrement de toutes les armes à feu au Canada auprès du gouvernement fédéral?

Tableau 17 : Attitude à l'égard du Registre canadien des armes à feu
Année En faveur S'y opposent Sans opinion
1998 72 % 23 % 6 %
1995 64 31 5
1994 83 14 2

Source : Gallup, 1998.

Des résultats semblables se dégagent d'un sondage Angus Reid réalisé en 1995 sur le même sujet. Les résultats de ce sondage national montrent que dans l'ensemble, 71 % des Canadiens appuient l'idée d'un enregistrement obligatoire des armes à feu, dont 54 % qui appuient vivement cette mesure. Ils sont 28 % à s'y opposer, dont 19 % avec vigueur. Le même sondage Angus Reid portait aussi sur le projet de loi (à ce moment) dans son ensemble; 62 % des Canadiens y étaient favorables, tandis que 32 % s'y opposaient.

Lorsque le sondage Angus Reid a présenté le contrôle des armes comme une façon de réduire la criminalité, une faible majorité (52 %) des répondants ont indiqué que cette loi ne réduirait pas la criminalité. Cette réaction est plus vive chez les personnes qui s'opposaient vigoureusement à cette loi (93 %) et s'y opposaient modérément (85 %). Il est intéressant de constater que 53 % des personnes qui appuient modérément le contrôle des armes à feu ne pensent pas que cette mesure favorisera une baisse de la criminalité, alors que 44 % des répondants de cette même catégorie pensent qu'elle réduira la criminalité. Vingt-trois pour cent des personnes qui appuient fortement la loi sur le contrôle des armes à feu ne pensent pas que cette loi permettra de réduire la criminalité.

En novembre 1998, Gallup a réalisé un autre sondage sur le resserrement de la réglementation des armes à feu en général. Les résultats montrent que 67 % des Canadiens sont en faveur du resserrement de la réglementation de la vente d'armes à feu, en baisse par rapport à 77 % en 1994. Ces deux années-là, 3 % des répondants affirmaient que ces lois devraient être moins sévères. En 1998, 24 % des répondants ont déclaré qu'il faudrait maintenir les lois actuelles, en hausse sur 19 % par rapport à 1994.

Le sondage étudiait aussi, d'une manière plus attentive, l'opinion des gens sur les catégories de personnes qui devraient être autorisées à posséder des armes à feu - le grand public ou les chasseurs et amateurs de tir à la cible. La majorité des Canadiens pensent que les membres de la population en général ne devraient pas être autorisés à posséder une arme à feu, même si le niveau de 1998 (63 %) est inférieur à celui de 1994 (73 %.) En 1998, 34 % des Canadiens étaient en faveur de la possession d'armes à feu par des membres du grand public, contre 25 % en 1994.

5.1.1 Les armes à feu et la population en général

Lorsqu'on demande aux répondants de déterminer les conditions à assortir à la possession légale d'une arme à feu par les membres de la population, la réponse la plus fréquente est la formation sur le maniement des armes à feu (94 %). Le résultat de 1998 est légèrement inférieur à celui de 1994, alors que 96 % des répondants étaient favorables à cette exigence. Pour chacune de ces années, moins de 10 % des répondants s'opposaient à une formation sur les armes à feu. Pour 89 % des répondants, une vérification des antécédents par la police est considérée comme une modalité importante, en baisse par rapport à 93 % en 1994. L'évaluation psychologique obtient un appui solide mais plus faible que les autres conditions. Ainsi, 61 % des répondants préconisent l'évaluation psychologique, tandis que 37 % n'en voient pas la nécessité. En 1994, 63 % des répondants y étaient favorables et 33 % s'y opposaient. La majorité des répondants (87 %) appuient la condition d'âge minimal de 18 ans pour la détention d'une arme à feu. Cette question n'avait pas été posée en 1994.

5.1.2 Les armes à feu et l'usage récréatif

Dans l'ensemble, les Canadiens sont favorables à la détention d'armes à feu par les chasseurs et les amateurs de tir à la cible. En 1994, 81 % des répondants appuyaient cette idée, et cette proportion a augmenté à 84 % en 1998. Un pourcentage plus faible des répondants s'y opposait en 1998 - soit 14 % contre 16 % en 1994. Comme pour les conditions exigées des membres de la population générale, les Canadiens recommandent d'obliger les chasseurs et amateurs de tir à la cible à suivre une formation sur les armes à feu. Cependant, cette formation recueillait 95 % d'appui en 1998, un fléchissement par rapport à 98 % en 1994. Une proportion moins élevée qu'en 1994 (91 % contre 95 %) préconise une vérification des antécédents par la police, même si ces pourcentages demeurent assez élevés. L'option la moins prisée est l'évaluation psychologique, pour laquelle l'appui a chuté de 74 % en 1994 à 67 % en 1998. Quatre-vingt-onze pour cent des répondants appuient la condition d'âge minimal de 18 ans pour la détention d'armes à feu.

Un sondage Environics de 1998 fait ressortir un appui encore plus fort au contrôle des armes à feu pour ce qui est de l'immatriculation et de l'acquisition et la détention d'armes à feu. L'immatriculation de toutes les armes à feu obtient l'appui de 85 % des Canadiens, alors que 14% y sont opposés. Selon ce sondage, l'appui s'est intensifié depuis 1995, au moment du débat entourant le projet de loi C-68.

L'appui à la législation interdisant aux civils de détenir des armes à feu est également très fort parmi les Canadiens (67 %). Cette majorité est inchangée depuis 1994 et la proportion de personnes qui appuient vigoureusement cette législation a augmenté de 46 % en 1994 à 49 % en 1998. L'opposition globale à la législation s'établit à 31 %, et 17 % s'y opposent vigoureusement.

Un sondage CBC/Maclean's de 1999 comparait les valeurs canadiennes et américaines sur une foule de sujets. Pour ce qui est de l'enregistrement des armes à feu, 80 % des Canadiens dans l'ensemble appuient, vigoureusement ou modérément, l'enregistrement obligatoire de toutes les armes à feu, contre 78 % des Américains. De plus, 71 % des Canadiens sont vivement en faveur de l'immatriculation de toutes les armes à feu, contre 68 % des Américains.