Changements d’attitudes chez les participants aux Programmes d’intervention auprès des partenaires violents (PIPV) : un projet pilote

3. Résultats (suite)

3. Résultats (suite)

3.2 Les différences entre les attitudes avant le traitement

L'étape suivante a consisté à déterminer si les attitudes des hommes avant l'intervention variaient selon qu'ils y avaient été renvoyés par les services de probation (n = 26), les services d'intervention précoce (n = 7) ou qu'ils s'y étaient portés volontaires (n = 8). Les notes moyennes des hommes à l'égard de tous les types sont présentées à la figure 1. Pour les quatre sous-échelles d'attitudes, les moyennes varient de 1 à 4, les notes de 1 ou 2 indiquant « en accord » généralement avec les points, et les notes de 3 ou 4 indiquant « en désaccord ». Par conséquent, dans tous les cas, les notes moyennes au-dessus de 2 peuvent être considérées problématiques. Pour le déni des difficultés conjugales prévisibles, les valeurs représentent le nombre moyen de points acceptés dont les niveaux varient de 1 (valeur attribuée si les hommes ne donnaient aucune indication de déni) à 10 (valeur attribuée si les hommes reprenaient les neuf points de déni).

Quand on examine les notes des hommes dans l'ensemble, on se rend compte que la plupart des hommes, au début de l'intervention, avaient des attitudes relativement négatives à l'endroit de leur partenaire. La responsabilité personnelle que les hommes prenaient à l'égard de leur comportement violent variait considérablement : les hommes s'étant portés volontaires assumaient en général plus de responsabilité personnelle et les hommes aiguillés par le système de justice, moins de responsabilité personnelle. Tous les hommes avaient tendance à commencer l'intervention avec des attitudes relativement non sexistes envers les femmes et en étant assez réceptifs à l'intervention. En moyenne, les hommes reprenaient près de deux indicateurs de déni : on trouve les niveaux les plus élevés de déni chez les hommes aiguillés par les services de probation et les niveaux les plus bas chez les hommes aiguillés par les services d'intervention précoce(TIP). Cependant, des différences signalées dans les attitudes des hommes s'étant portés volontaires, les hommes aiguillés par les services d'intervention précoce ou par les services de probation n'étaient pas considérablement plus grandes que ce à quoi on pouvait s'attendre par variation fortuite. Par conséquent, peu d'éléments appuyaient l'hypothèse que les hommes aiguillés par des voies différentes avaient, au début de l'intervention, plus ou moins d'attitudes problématiques.

Figure 1. Attitudes avant le traitement selon la source de renvoi

Figure 1. Attitudes avant le traitement selon la source de renvoi
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3.3 Les attitudes envers l'incident ayant conduit au renvoi

En ce qui concerne les vues des hommes de l'incident pour lequel ils ont été aiguillés, la note moyenne pour les hommes sur une échelle de 1 à 4 était 2,08 (n=37, ÉT=0,70), les notes les plus élevées indiquant une absence marquée de responsabilité personnelle à l'égard de l'incident en question et un désaccord marqué avec les sanctions. Quand on procède à une ventilation selon la source de renvoi, les notes moyennes pour les groupes d'hommes s'étant portés volontaires, ayant été aiguillés par les services de probation ou les services d'intervention précoce étaient les suivantes : 1,42 (n=7, ÉT=0,29), 2,30 (n=24, ÉT=0,70) et 1,94 (n=6, ÉT=0,59) (voir la figure 2). Comme prévu, les hommes qui participent au programme Changing Ways sur une base volontaire se disent plus volontiers responsables des incidents violents, et les hommes en probation sont moins nombreux à se sentir responsables de comportements violents qu'ils auraient adoptés. Ces différences ont atteint des niveaux significatifs[7].

Figure 2. Attitudes négatives envers l'incident ayant conduit au renvoi

Figure 2. Attitudes négatives envers l'incident ayant conduit au renvoi
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Des corrélations entre les attitudes des hommes envers l'incident ayant conduit au renvoi et les attitudes générales ont aussi été établies. On a trouvé que la perception des hommes de l'incident ayant conduit au renvoi était en corrélation modérément ou fortement avec toutes les attitudes sauf pour ce qui est de la reconnaissance des difficultés conjugales (avec l'absence de responsabilité personnelle r = 0,64[8]; le blâme attribué à sa partenaire r = 0,58; les attitudes négatives envers le traitement r = 0,64 et les attitudes sexistes envers les femmes r = 0,39). Compte tenu de la force de ces corrélations, on peut conclure que les attitudes des hommes envers l'incident ayant conduit au renvoi correspondent en général à leurs attitudes générales envers leur comportement violent et leur partenaire.

3.4 La reconnaissance de la violence et des attributs violents

Comme les programmes PIPV actuels visent à enseigner aux hommes à identifier les comportements violents, on a demandé aux hommes si 22 comportements étaient ou non blessants et contrôlants. Cinq d'entre eux n'étaient pas des comportements violents et servaient principalement à équilibrer le questionnaire. On n'a pas tenu compte de ces points dans les analyses. Tous les points pour cette mesure ont été établis de manière à ce que les réponses des hommes puissent être notées comme étant bonnes ou mauvaises. Les bonnes réponses indiquaient que les hommes étaient en mesure de bien déterminer si un comportement donné était ou non blessant ou contrôlant, tandis que les mauvaises réponses indiquaient que les hommes ne parvenaient pas à reconnaître un comportement blessant ou contrôlant. L'examen des réponses des hommes aux 17 points laissait entendre que plus de 90 % des hommes se présentent à un programme d'intervention en comprenant que les comportements suivants sont blessants ou contrôlants : ignorer sa partenaire ou prendre la fuite quand celle-ci est en train de parler; essayer de faire sentir sa partenaire folle; et crier ou juger en s'adressant à sa partenaire. Les hommes avaient moins tendance à juger que la prise de décisions financières unilatérale, la surveillance des activités et des allées et venues de sa partenaire, l'insistance à taire les difficultés conjugales, ou les menaces étaient des comportements blessants ou contrôlants. En moyenne, les hommes ont mal répondu à 3,68 éléments (n=38, ÉT=3,9), ce qui représente environ 20 %. Quand on procède à une ventilation selon la source de renvoi, les hommes appartenant au groupe des volontaires ont obtenu en moyenne 3,43 (ÉT= 4,39) mauvaises réponses, les hommes ayant été aiguillés par les services de probation, 3,64 (ÉT=3.19) mauvaises réponses, et les hommes ayant été renvoyés par les services d'intervention précoce, 4,17 (ÉT=6,34) mauvaises réponses (voir la figure 3). Les écarts entre les groupes ne différaient pas considérablement de la variation fortuite.

Figure 3. Nombre de mauvaises réponses aux questions concernant les comportements blessants ou contrôlants

Figure 3. Nombre de mauvaises réponses aux questions concernant les comportements blessants ou contrôlants
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Les hommes devaient aussi indiquer si 14 pensées entraîneraient des comportements sains ou blessants. Ici, il semble qu'un point semait la confusion chez les hommes; on l'a omis. En moyenne, les hommes ont mal répondu à 4,29 des 13 autres questions (n=38, ÉT=2,22). Comme pour la mesure ci-dessus, les mauvaises réponses traduisaient une incapacité à identifier si les cognitions visées entraîneraient un comportement sain ou blessant. Pour la plupart, les hommes reconnaissaient la valeur des cognitions liées à l'efficacité, comme « Je n'ai pas à me défendre, je la vois venir » et « Je n'ai pas à gagner sur ce point-là ». Les hommes étaient nettement moins nombreux à reconnaître le danger potentiel des pensées persistantes (p. ex., Je ne peux pas croire que nous en sommes encore là - nous en avons parlé hier »; « Pourquoi ne peut-elle pas laisser tomber ») et des dialogues internes sur l'habilitation (p. ex., « Je n'ai pas à écouter ce genre de critique »). Les groupes de délinquants s'étant portés volontaires, ayant été renvoyés par les services de probation et les services d'intervention précoce ont obtenu en moyenne 3,50 (ÉT=1,64), 4,73 (ÉT=2,38) et 3,17 (ÉT=1,47) mauvaises réponses, respectivement, soit des taux très semblables (Figure 4).

Figure 4. Nombre de mauvaises réponses aux questions sur les comportements sains

Figure 4. Nombre de mauvaises réponses aux questions sur les comportements sains
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