La diversité culturelle au Canada : La construction sociale des différences raciales
4. Changements dans la diversité ethnique et raciale
Lorsque la Commission royale de 1963 a nommé les trois éléments de la mosaïque canadienne, il s'agissait, sans aucun doute, d'une mosaïque composée, dans une majorité écrasante, de personnes d'origine européenne. La soi-disant « troisième force » elle-même était surtout formée de personnes d'origine européenne. Par exemple, le recensement du Canada de 1961 effectué seulement deux ans avant la Commission royale de 1963 montre clairement qu'environ 88 pour cent des personnes qui n'étaient pas d'ascendance britannique ou française étaient d'origine européenne (Tableau 3). Cette mosaïque canadienne d'Européens a une histoire qui remonte aussi loin que la fin du XIXe siècle et elle s'est maintenue pendant une bonne partie du XXe. Les changements apparus dans la mosaïque avant les années 1970 ont surtout tendu vers l'accroissement de la diversité européenne au sein de la population canadienne par l'ajout d'immigrants d'ascendance non britannique et non française.
En 1971, les Canadiens d'origine européenne représentaient 96 pour cent d'une population totale de 21,5 millions. La population d'origine européenne dominait toujours au sein de la « troisième force », puisqu'elle constituait 85,5 pour cent des 5,8 millions de personnes se déclarant d'origine non britannique et non française au recensement de 1971 (Tableau 3). Toutefois, en 1981, le pourcentage a baissé, pour représenter 75,8 pour cent de la population qui n'était pas d'ascendance britannique ou française. En 1991, malgré le fait que la population d'origine non britannique et non française atteignait 7,4 millions de personnes, l'élément européen de la « troisième force » avait à nouveau diminué, pour passer à 55,7 pour cent.
Ainsi, entre 1971 et 1991, bien que la population d'ascendance non britannique et non française continue de représenter 26 à 28 pour cent environ de la population canadienne totale,[4] la « troisième force » s'est diversifiée racialement et ethniquement avec l'intégration d'un segment croissant de personnes d'origine non européenne. Par exemple, en 1971, les personnes d'origine asiatique ne formaient que 5 pour cent de la population d'ascendance non britannique et non française. En 1981, la population d'origine asiatique était passée à 11,3 pour cent, et a continué à augmenter, pour atteindre 21,6 pour cent en 1991. De même, la proportion de personnes d'origine africaine, qui formaient moins de 1 pour cent dela population d'origine autre que britannique ou française en 1971, était passée à 3,4 pour cent en 1991.
Au moment où le recensement de 1991 a été effectué, la « troisième force » était toujours composée de 55 pour cent d'Européens, mais environ un quart de ce groupe se composait d'Asiatiques et d'Africains. Ce n'est donc pas tant l'augmentation de la proportion de la « troisième force » au sein de la population totale que la croissance des minorités raciales au sein de la « troisième force » qui a rendu la diversité raciale plus évidente au Canada dans les années 1980. Cet élément ressort clairement dans le recensement de 1996, malgré le nombre substantiel de Canadiens choisissant de se déclarer d' « origines multiples » et d' « origines canadiennes ». En surface, il semblerait que le segment non britannique et non français de la population canadienne ait atteint 49 pour cent en 1996 (Tableau 4). En réalité, environ 20,7 pour cent de la population totale a choisi de se déclarer d' « origines canadiennes ». Ainsi, le segment de la population d'origine non britannique, non française et non canadienne était de 28,5 pour cent en 1996, ce qui correspond à la proportion de non-Britanniques et de non-Français des recensements de 1961 à 1991 (Tableau 3). Même au sein de la catégorie plus large « origines non britannique et non française », les personnes d' « autres origines européennes » et d' « origines canadiennes » représentaient les deux-tiers environ.
La tendance des immigrants récents à s'installer dans les régions métropolitaines donne aussi l'impression que la diversité a subi des transformations radicales. Par exemple, même si, à l'échelle nationale, les minorités visibles formaient 11,2 pour cent de la population canadienne en 1996, ce groupe représentait 32 pour cent de la population de la région métropolitaine de recensement de Toronto et 31 pour cent de celle de Vancouver (Statistique Canada).
Tableau 4 : Composition de la population canadienne selon les origines ethniques, 1996
La croissance des minorités visibles au sein de la « troisième force » donne l'impression que la population canadienne était plus diversifiée culturellement, alors qu'elle continuait à être constituée, très majoritairement, de personnes d'ascendance britannique ou française ou d'autres origines européennes. Il ne fait pas de doute que l'augmentation de l'immigration en provenance des pays du Tiers-monde depuis les années 1970 a contribué à l'accroissement du nombre de membres des minorités visibles asiatiques, africaines et autres au Canada. La tendance des immigrants récents à s'installer dans les régions métropolitaines donne aussi l'impression que la diversité a subi des transformations radicales. Par exemple, même si, à l'échelle nationale, les minorités visibles formaient 11,2 pour cent de la population canadienne en 1996, ce groupe représentait 32 pour cent de la population de la région métropolitaine de recensement de Toronto et 31 pour cent de celle de Vancouver (Statistique Canada, 1998). Ainsi, la présence plus évidente des minorités visibles au sein de la société canadienne, surtout dans les principales agglomérations urbaines, a donné une nouvelle réalité démographique et politique au multiculturalisme canadien.
[4] Les variantes apportées aux questions posées dans les divers recensements compliquent les calculs sur les origines ethniques de la population canadienne. Depuis 1981, les répondants peuvent cocher « origines multiples » parmi les réponses proposées à la question sur leur origine ethnique. Par conséquent, 1 838 615 personnes, soit 7,6 % de la population totale, ont choisi cette réponse (Statistique Canada, 1984). Dans le recensement de 1991, 7 794 250 personnes, soit 28,9 % de la population totale, ont coché « origines multiples »; 88,5 % de ces répondants avaient fait une sélection indiquant une origine britannique ou française et d'autres combinaisons (Statistique Canada, 1993).
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